CHAPITRE V
Intimi(!ations électorales. — Leur danger pour les gouTernenieiiU(|d y ont recours. — Les petites pièces d'argent. — Distraire TopiM
— Jud et Tropmann. — Les attaques noctarnes. — Journaux è police. — Vlnflexible, — La Révolution sociale. — Procédés de M. Andrieux. — Ma biographie par V Étoile française, — Ln agents de la deuxième brigade. — La pose à l'abjection. — Impodev.
— Le préfet de police. — Accusation contre Clemenceau. — Asmsinat de police. — Le precetto, — Le souvenir du precetto. — Aorelio Saffi. — L'empreinte.
En dehors de ces procédés collectifs, il y a des procédés individuels.
On les emploie à l'égard des électeurs récalcitrants, des hommes politiques ou des journalistes récalcitrants. Noos en donnerons seulement quelques échantillons.
Voici un récit caractéristique que nous empruntons i la Démocratie du Midi de janvier 1869.
On envoie de l'Isle au Démocrate du Midi le récit d'un fait d'intimidation essayé par le commissaire de police de cette ville sur un ouvrier qui avait le tort d'être démocrate.
Nous résumons comme il suit cette correspondance :
Le garde de Vaucluse s'est rendu^ lundi^ 12 du courant^ à l'usine de garance de MM. Joly, Cadet et Julien, usine située sur le territoire de Saumanes. Il a fait appeler le sieur Théodore Chave, chef-ouvrier de cette usine^ et lui a ordonné de se rendre à la mairie de Vaucluse^ où l'attendaient M. le commissaire de police de l'Isle et M. le brigadier de gendarmerie.
M. Théodore Chave« quittant de suite son travail, s'est empressé de se rendre à cette invitation.
■e pIuE singulier Aes interrogatoireB a alors commencé :
Z^e commissaire lie police. — Où avez-vous passé vos soirées de nier-
di et jeudi dernier?
IVi. Chiive. — CoDume d'Iiabitude cbez moi.
tf. lo commissaire de police oi alors adressé à M. Cliave l'admoneG-
— Alil ah! c'est Toas qui êtes le Donimé Tliéodore Cliavel C'est voue i avez gardé l'urne à Saumanes, Maie eavez-vouE bien que vans ave?. mmis le plus grand crime qu'on pnisse commettre t ! I Anel révolumnaire que vous éles, savez vous ce que c'est qu'un révolutiooiiaire ? est un homme cnpable de tout... un aasasiin.,. un eiîcroc.... ui) vonr... an mendiant... Vous éles un gueux^ un misérable, une hËte, un le... Brigadier, empoignez-moi cet homme-lâ ; enfermeE-le I La conversation continue sur ce ton pendant quelque lempi< encore. » magistrat reproche à l'ouvrier do lire le Démocrate du Midi, t celte *lelé >, comme il appelle ce journal, avec cet heureux choix d'ex- (mÎDne pittoresques dont il a l'habitude. Puis aprt^s l'avoir menacr ( le k'ire arrêter, il le relàr.ho en lui disant :
— Vous êtes capabla de tout, et ce o'kbI que par commisération peut Dtr« femme et vos eofanls que je vous laisse tranquille. Coj)endanl ue i Tousl Nk vous mettez iahais sur mon chemin 1 1 1
Il faut multiplier ces faits par des milliers, que dts-je '? es dizaines et des cenlainea de milliers. Ils expliquent le accès du plébiscite et la haine profonde que cachent des lilliona de bulletins «oui". Tout le monde n'est pas «des Ëros ! s On cède, mais on garde une rancune proportion- Ée à la contrainte subie.
Il faut le dire : pendant le 16 mai, la France fut admiible. Les jouroaux anglais disaient euï-mêmes : — En Dgleterre, on n'eût pas résisté à une semblable pression.
Il y a eu là des hêroïsmes obscurs, des gens s'euposant à .ruine, à la faillite, au déshonneur, ce qui est encore pis ne la prison et la dâporlation. Oa a résialé. Cabarets rméa, aubergistes persécutés, petits employés menacéa, 1 est resté debout malgré la formidable pression de gens il jouaient leurva-tout.
Dans les élections du \k octobre, les auteurs du 16 mai iflsent-ils triomphé, quel était, je ne dis pas l'aïenir de
France, mais leur avenir ?
Le jour où l'empire a voulu s'appuyec sur ses millions
de voix plébiscitaires, elles ont fait le vide. Il ne lesayait M) réunies que par contrainte; une fois le lien brisé, ellei|l avaient disparu.
• Un gouvernement qui récolte. des adhésions par Fintimidation et la violence, croit avoir un point d'appui : il ne repose que sur le vide.
En Espagne, c est le sort de tous les gouvernemeatt. Quiconque y a le pouvoir obtient la majorité par des moyens semblables. Un adversaire fait un pronunciamento; et le lendemain, possédant la clé des urnes, il est à son tour maître du suffrage. Gela dure quelques mois ou quelques années, et puis cela recommence.
On ne peut s'imaginer à quels moyens étranges la po» lice politique peut avoir recours. En 1817, tout d'un coup, dans la rue Montesquieu, il y eut une pluie de petites pièces d'argent. La pluie recommença le lendemain, puis le surlendemain et les jours suivants. Chaque jour grande foule pour contempler et profiter si possible du miracle. La police gravement annonçait que toutes ses recherches pour en trouver les auteurs avaient été impuissantes. Gela dura trois semaines et lui coûta 30 000 francs; uniquement pour distraire l'opinion publique.
En 1819, la Préfecture de police fit courir le bruit que des individus piquaient avec un poinçon ou une aiguille, fixée au bout d'une canne, toutes les jeunes femmes qu'ils rencontraient le soir dans les rues. Elle publiait les noms des victimes, donnait le signalement des auteurs de ces méfaits, faisait promener des filles suivies d'ageat» qiii étaient censés chargés d'arrêter l'individu qui les piquerait, entretenait la légende de telle sorte que les femmes n'osaient plus sortir le soir. Au bout d'un mois, il n'en fut plus question. L'effet était produit ^
Certains individus perspicaces sont allés jusqu'à supposer que Jud et Tropmann avaient été inventés par l'empire
1* Gauler, Mémoires, t. I, p. 46.
ir des besoins politiques. C'est aller un peu loin; mais npire n^en a pas voulu à ces deux criminels. Au contraire. A est certain que depuis quatre ans, les attaques nocnes jouent un rôle dans la politique ministérielle. Nous parlerons dans un chapitre spécial.
La police ne calomnie pas seulement dans ses rapports Têts; elle calomnie quelquefois publiquement : mais nme les journaux vivant par eux-mêmes, si hostiles qu'ils issent être à telles ou telles personnalités, ne consentient pas à se faire ses truchements, de temps en temps, e fonde un journal.
La première ligne fait reconnaître son origine. '
On se rappelle l'Inflexible, rédigé contre Rochefort par archal, dit de Bussy, et Stamir. Il prouve que la police ût bien naïve, en croyant qu*elle pourrait lutter contre isprit de Rochefort à Taide des grossièretés calomnieuses » ces misérables. Marchai eut une fin digne de lui ; al- >olisé par Tabsinthe, il creva dans un ruisseau, d'un ao^ « de delirium tremens. Je ne sais ce qu'est devenu tamir.
Au mois de janvier 1881, il s'agissait pour M. Andrieux empêcher les consçiliers municipaux radicaux d'être lélus. C'est ainsi qu'on ne fait plus de candidature offielle ! La police n'est pas inventive. Elle eut recours à ses eux procédés.
Elle avait la Révolution sociale, La pauvre Louise Miiel,dans sa candeur, lui avait prêté son nom. M. Andrieux ivoya son secrétaire s'aboucher avec un de ces journalistes donorables avant que le Vieux petit empZoî/é ne l'eût livré i mépris public ». On recevait ses lettres rue Monthabor. a es recopiait et la Révolution sociale publiait : « Il faut ilayer tous les bourgeois du conseil dans le bac aux ordu- 9. »Les bourgeois, c'étaient Sigismond Lacroix, Delattre, enry Maret; de Hérédia n'était même pas épargné. Il est ai que pas un autoritaire du conseil, aucun de ceux qui »plaudissaient aux bonnes farces de M. Andrieux n'était ême effleuré.
18B LA POLICE ET l'ORDRE PUBLIC.
Quant à moi, j'étais particulièrement soigné, je yais donner quelques échantillons.
« Esprit étroit, obluSj tatillon, envieux, venimeux, inalpropre et puant la suffisance...
« Je ne touche point à votre vie privée. Son lessivage, raconte-l-oQ, exigerait trop de savon. D'où, la majeure partie de votre vie, tirez-vous vos ressources? Je ne veux point le savoir! assez d'onlure!
Et ainsi de suite pendant deux colonnes !
En même temps, un autre journal, VÉloile française^ avait trouvé mieux. Voici ce qu'elle racontait.
Le candidat du quartier Notre-Dame est un Breton de pure race. Né àDinan (Côtes-du-Nord) le 6 septembre 1843, nous le trouvons à Paris, vingt ans plus tard, roulant les caboulots et brasseries à femmes do quartier latin.
C'est là que le futur édile faisait les études physiologiques qui lui ont valu plus tard de briller dans la Lanterne.
Entre temps il flirtait, dit la chronique scandaleuse, avec la vieille dame de la rue de Jérusalem, à laquelle il put rendre certains services fort appréciés, lesquels services, la vieille dame, toujours bienveillante, lui faisait grassement payer par l'intermédiaire de certain Derecq, frère siamois de Lagrange, que chacun connaît.
Infatigable d'ailleurs, Yves Guyot se fit encore commis voyageur pour condamnations politiques.
C'est ainsi que, sous l'œil bénévole du gouvernement impérial, il^e fit condamner, ô bien innocemment le pauvre MOUTON! tantôt à Paris, tantôt à Nîmes, tantôt alias.
Mais il était écrit que l'amour, qui perdit Troie, devait perdre Yves Guyot, et troubler la bonne harmonie qui jusqu'alors n'avait cessé de régner entre ce héros et la vieille bonne dame bienfaisante de la rue de Jérusalem !
C'est la vieille de la rue de Jérusalem qui a commence
Et alors suivait une histoire de femme en carte, à propos de laquelle je m'étais brouillé avec la police. Voici la fin.
Reniant Derecq, Lagrange et tutti quanti^ les alliés naturels de It bonne dame, ce fils pervers et dénaturé n'hésite pas à vouloir tuer cell^ qui l'a nourri, et comblé de prévenances.