F AUTRES MOYENS
^tfl Vieux pelit empîoijé assouvissaiL ■ Ce qu'il TatUit d^monlrer.
Les deux articles parurent le mardi 4 janvier. Cette coïncidence était tout à fait naturelle. Le soir, il y avait, salle Rivoli, une grande réuniou publique. Là, se trouvaient une quinzaine d'agents régulièrement embrigadés de la deuxième brigade, ia brigade de M. Girard, sans compter les indicateurs. Ils distribuaient la Révolution sociale et VÈloile française, avec commentaires. Ils étaient là pour &îre du boucan. J'avais eu soin de prendre mes précaulions. Si l'un d'eux avait eu le malheur de monter à la Iriliune, je le confiais aux soins du bureau jusqu'à ce qu'il eût indiqué nettement son domicile et qu'on l'eût vérifié. Us s'en méfièrent et se contentèrent de pousser des hurlejnenlB qu'étouffèrent les applaudissements f[uand je traitai £ommc ils le méritaient ces procédés de police. h Cependant ils ne se découragèrent pas; et pendant toute J& période électorale, dans le quartier Notre-Dame, se l'irouvaient apostés des vendeurs de la Révobilion sociale !'el de VÈloile française qui, du matin au soir, criaient ; ' — La vérité sur Yves Guï/o£/ Comme ils ne vendaient pas deux numéros par jour et ne faisaient pas uniquement ce métier pour leur plaisir, il fallait qu'ils fussent payés par quelqu'un. Personne n'en douta, si bien qu'ils produisirent nn effet absolument opposé à celui qu'avait espéré M. Andrieux.
Au bout de quelques jours de cet exercice, ils ne pouvaient plue paraître dans l'ile Saint-Louis sans s'exposer à être reçus à coupa de manches à balai.
Voici le dénouement : La Lanterne dénonça hautement la Révolution sociale, avec des détails tellement précis que toute dénégation était impossible.
La Préfecture de police abandonne impitoyablement ses agents brûlés, tle journal avait pour gérant un malheu-
de la police politique, partit pour Florence, avec son inspecteur principal Joanny, et les agents secrets Sauret, Tabouret, Vigne, Madrassi, Moulin, Benoît et Alessandri, dans le but avoué d'assassiner Mazzini ; mais celui-ci averti put heureusement se mettre à Tabri *.
On a dit que Camerata, Tamoureux de l'impératrice, s'était suicidé; on a cru généralement qu'on l'avait suicidé.
Le mystère continue à entourer la disparition de miss Howard, l'ancienne maîtresse et la créancière de l'empereur.
La police politique la plus remarquable du monde a été évidemment la police italienne sous la domination de l'Autriche et des ducs.
L'agent de police en Italie était un sbirro ou un sglierro^ mots dont la traduction exacte est difficile en français, qui cependant a les mots mouchard et agent provocateur.
Quand la police jetait des soupçons sur quelqu'un et voulait le soumettre à son entière domination, elle employait le precetto.
Le precetto était une prescription tantôt verbale, tantôt écrite, qui faisait connaître à une personne quelconque ce qui lui était permis et ce qui lui était défendu. C'étaient les défenses qui dominaient : défense de sortir avant midi, d'aller au spectacle, de rentrer le soleil couché, d'^er an café, de passer par certaines rues, de se montrer dans les promenades publiques, de parler à telle ou telle personne, 1 de jouer aux cartes, au billard, de manger au restaurant, || d'écrire par la poste et de recevoir .des lettres. Ajouter encore à ces prescriptions quelques autres : tout le reste était permis. Le precetto n'était jamais motivé. Si ^info^ tuné qui y était soumis s'avisait de manquer à - une de ces prescriptions, il était condamné aux arrêts, à l'emprisonnement, à la mise au secret, à l'exiL II pouvait même
1. De Kératry, Le 4 Septembre et le Gouvernement de la Défau \\ annexes 10 et 12, interrogatoire d'Alcssandri et Madrassi.
n'y pas manquer: ùae fantaisie de police, d'un chef ou d'un agent auflisait.
Nous nouB indignons. Nous avons pent-ètre tort. La majorité des Français trouvent tout simples les règlements auxquels sont soumises les lillea en carte. Ils ne sont cependant qu'une des formes du precello.
L'omnipotence de la police a laissé de tels souvenirs es Italie, que voici le fait dont j'ai été témoin à ûênes au mois de septembre 1861.
Anglais, Italiens, Suisses, Français, au nombre d'una douzaine, nous avions dtnÊ, en famille, chez Daoino, l'ami fidèle et dévoué de Mazzini. Après le dîner, nous causions dans son salon particulier quand nous vîmes, tout à coup, M. Aurelio Saffi, l'ancien triumvir de la République romaine, assis sur lo canapé, entre deux messieurs qui ne faisaient pas partie de notre réunion. Tous les trois causaient à voix basse. Mme Aurelio Safiî, assise de l'autre atHé da la pièce, sembla prise d'une agitation qu'elle ne put plus longtemps contenir. Elle nous dit ;
— Ce sont deux agents de police, que peuvent-ils vouloir à mon mari?
— Gomment! des agents de police peuvent ainsi, en ■Italie, entrer dans un salon, s'y installer et parler avec cette familiarité à un homme tel que M. Aurelio Sai'fiî
— Oui, il en est encore ainsi ; ne restons pas plus longtemps ici, La présence de ces hommes empeste cette atmosphère.
Mme Saffi parlait avec tant d'assurance que nous ne pouvions douter. Nous pensions que la police italienne avait hérité des habitudes et des privilèges de la police autrichienne. Mme Danino, consultée, ne savait quels étaient ces messieurs, et le fait ne lui parut pas impossible. A d'autres Italiens qui se trouvaient là, le fait parut vraisemblable. Fendant que nous nous agitions, Anglais et Français, el parlions de groupe en groupe, la conversation continuait, pressée, entre M. Aurelio SafS et ses deux
194 LA POLICE ET l'ORDRE PUBUC.
interlôcutenrs. Nbas sortîmes, avec Mme Aurelio SafS, dévorée d'inquiétude, et gagnâmes notre salon de Thôtol •Issota. Nous y trouvâmes d'autres Itdiens qui ne parurent pas surpris du procédé. Garibaldi était arrivé le matin 1 •Gênes. Nul doute que ce ne fût sa présence qui eût provoqué cet incident. Tous craignaient l'arrestatioii d'AurêHp SafQ. On était dans cette angoisse, quand on le vit apparaître tranquillement. Mme Aurelio SailS se jeta dans ses bras.
— Eh bien! que te voulaient donc ces deux agents^ ^police?
— Quels agents?
— Allons, ne me dissimule rien. Tu sais que je suis jassez forte...
— Mais quels agents? Je ne comprends pas.
L'expression d'étonnement de M. Aurelio SafiS était telle
•qu'il n'y avait pas à se méprendre sur notre méprise.
— Mais ces deux messieurs qui causaient avec toi?
— Ce sont deux députés au Parlement, MM. X. et T. qui venaient me demander...-
On juge d3 l'éclat de rire; seulement ce qu*il y a de si^ rieux dans cette aventure, c'est que l'empreinte laissée sur l'Italie par les polices de l'Autriche, des petits ducs, du roi Bomba, est telle^ que, même sous la monarchie ccmsti* tutionnelle du roi Humbert, ce procédé, si extraordinaiit^ avait semblé très simple à des Italiens qui se trouvaient avec nous et qui étaient loin d'être les premiers venus!
Od peut meBurer le iegré de liborlô d'nn payi
ses fonds secrets.
Lea dépenses secrètes, de 1823 à 1853, se sont élevées à la somme de 64 millions; sous la Restauration , elles étaient, par an, de 2 millions; en 1830, elles lurent réduites t L million 500 mille francs, mais on y ajouta les fonds Beerels extraordinaires; en 1831, ces fonds secrets turent de 3 millions; en 1832, de k millions. Gisquet dit qu'il ttcevait 270000 francs.
Actuellement les tonds secrets votés pour le ministre da l'intÉrieur sont de 2 millions sur lesquels le préfet de ^liee touche 600 000 francs. L'un et l'autre ne doivent Compte de l'emploi de ces fonds r|u'au Président de la Hépublique. Jamais on n'a vu de reliquats de fonds secrets. Généralement on suppose que ministres et préfets de police s'attribuent une commission plus ou moins élevée sur leuE «atpiot. Les ministres de l'intérieur qui entrent sans un son au pouvoir, et, huit jours après leur sortie,, ttonlent largement leur maison et roulent carrasse justifient cette hypothèse. Aucun préfet de police ne passe pour. s'être appauvri à la Préfecture.
Les chefs de la police oui un grand intérêt à multiplier les agents secrets. On comprend que la comptabilité qui.
les concerne est entourée d^une certaine obscurité. Les agents secrets les accusent de prélever 50 pour lôO.
Qn voit des officiers de paix qui, eux» ne touchent aux fonds secrets que de troisième main, avoir 6000 francs d'appointements, mener des trains princiers et se retirer atec 300 000 ou 400 000 francs. Gomme Tofficier de la Dotne Blanche^ ils achètent des châteaux sur leurs écono* mies.
M. Pech de Cadel a acciisé M. Beynaguet, commissaire de police, d'avoir partagé avec lui les 10 000 francs que M. Gamescasse avait eu la naïveté de lui donner. Je sais bien que ce n'ost pa^ une. autorité.
Après la débâcle de la Préfecture de police, j'ai entendu juger ainsi la sortie de quelques-uns de ses chefs :
— - Qu'est-ce que cela fait ? il a toujours ce qu'il a pris, et cela lui profite maintenant. .
Cette phrase donne une idée de la manière dont on comprend le désintéressement dans cette honorable administration.
Voici comment, l'année dernière, était organisé le burean» de la rue de La Harpe ] , sous la direction de M. Ludovio' Fourgues.
Tous les samedis, le cabinet mandatait des avances surles^ émoluments mensuels : le mercredi, acompte de semaine; le samedi, nouvel acompte proportionnel; les 1«', S, 3 oit 4 au plus tard de chaque mois, règlement général avec gratifications spéciales, s'il y avait lieu. Les déplacements étaient solides 24 heures après.
Il ne faudrait pas supposer que ces sommes soient énormes. Un agent ordinaire qui gagne 200 francs: par mois est un nabab. On n*a pas tous les jours la chance d*inventer un beau complot. Cependant les agents « tirent toutes les carottes possibles » à leur administration; Sf fabriqueront des fausses pièces au besoin pour toucher une prime ; s'ils font partie de la même afEaire, et s'ils sont supposés ne pas se connaître, ils s'entendent entre eox pour faire « cracher au bassinet ».