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CHAPITRE VII

Contradiction. — Besoin d'informations. — Suppression des sources d'information. — Le général Malet et Savary. — Contre-polices. — Polices multiples.

La police politique est toujours en pays conquis. Elle considère que tous les citoyens sont ses ennemis. Ils ne sauraient avoir que de mauvaises intentions. S'ils ne les manifestent pas tout haut, c^est qu'ils les cachent: donc, il faut les leur arracher, à Taide de Tespionnage et de la délation. S'ils sont, au contraire, tentés de les manifester spontanément, ouvertement, de leur plein gré, soit par 1* plume, soit par la parole, alors ils sont coupables de n'avoir pas attendu les sollicitations de la police : et comme tels, ils doivent être punis. C'est ce qu'on appelle le délit de parole ou de presse.

Le despote ayant supprimé tous moyens d'information, parlant seul dans les journaux, interdisant les réunions^ voudrait cependant tout savoir. Il n'a alors qu'un moyen d'information : la police.

Tout gouvernement autocratique est le règne du mouchard.

La violente horreur de celui-ci contre la liberté n'est que l'instinct de la conservation. En la combattant, il lutte pour l'existence. Il ne veut pas mourir. Avec elle, il n'a plus de raison d'être. Il perd son prestige, son influence, et son

gne-^nïn, si les gens ont la liberté de sa dénoncer eux* (mes, en disant tout ce qui leur passe parla tête. Son idéal, c'est le gouTOrncment russe. Aussi n'est-il pas >nnant(jue M. Andrieux se fût mis à son service. Dans la. Monarchie constitulionelle selon la charte, lateaubriand déclara qu'un ministère de la police ne Bauit exister sous un pareil régime, « La police générale est le police politique; elle tend à étouffer l'opinion ou à Itérer, elle frappe donc au cœur le gouvernement reésentatif. »

Tous les gouvernements, pourrait-on dire.

I.a première condition de toute action politique pour un Wivernement, c'est d'être exactement renseigné.

Le renseignement donnû par quelques obscurs et miséliles mouchards ne peut pas valoir le renseignement onné au gi-and jour par tout le monde.

Tout gouvernement de police marche dans les lénèbrea.

Plus la police est forte, plus les conspirations sont lérieuses,

A cela plusieurs raisons. Dans les pays de liberté, ^que homme dépense ses forces à parler, écrire, im- "imer, propager ses idées en essayant de porter chez les "'tes la conviction et la persuasion. Dana les pays de ^ence, l'énergie se concentre et agit. La force d'explosion '* en raison de la compression.

L'impuissance de la police politique n'a d'égale cpie 'ïifamie de ses moyens.

£'ouchË est resté le type du policier; ministre de la *lice pour défendre la constitution, il la laissa violer le B-brumaire; ministre de la police en 1814, il conspirait ï-chute do Napoléon qu'il était chargé de défendre. A-t-il 'Bapèché l'explosion de la machine infernale ? il ne sut que tresser des listes de proscription d'innocents.

Dans l'empire, il n'y a qu'un pouvoir : celui de la police ; Il presse est muette; l'empereur seul a la parole; pas de réunions; c'est le silence; l'ordre règne; la police gouverne; itS&vary, duc do Rovigo, ministre de la police et Pasquier,

préfet de police, se laissent arrêter et enfermer à Is^F<ffee par ordte du général Malet.

■ Les Bourbons sont rétablis. Napoléon' prépare son.ieldur de l'île d'Elbe ; les frères Lallemand préparent leur o<hbplot orléaniste, l'usurpateur débarque à Cannes i la police est la dernière informée.

Sous la Restauration, des paysans s'arment, se formait en corps, marchent contre une ville. La police PignorOk

Je. pourrais continuer indéfiniment. Tandis que la police fait des complots pour rire, elle n'empêche ni l'attentat de Fieschi, ni l'attentat d'Orsini, sérieux ceux-là.

Hier encore, le manifeste du prince Napoléon était affiché, connu de tout le monde, et la police n'en savait rien! En Russie, la troisième section de la chancellerie est de toutes les parties du gouvernement la plus importante. La Russie est l'idéal d'un gouvernement de police. Elle y a tout pouvoir, rien ne se fait sans elle, que par elle. On a vu comment elle avait protégé l'empereur Alexandre* Elle aurait encouragé les nihilistes au lieu de les poursuivre, qu'ils n'auraient pas si bien réussi I

Le despote au profit de qui la police est faite n'a pas de confiance dans sa police. Il est payé pour cela. Pour contrôler sa police, ilfait une contre-police, qui, elle n^ème, provoque de nouvelles contre-polices, pour la contrôler, ou pour la surveiller. Chaque personnage de l'Ëtat se sentant menacé par cette police, veut avoir sa police à lui pour la contre-miner ; et ainsi, peu à peu, le gouvernement ne se compose plus que d'une série de policiers; les fonctionnaires ne sont plus que des mouchards : il n'y a plus qu'un moyen d'avancement : la délation ; qu'un ressort : l'espionnage.

Bonaparte ne comprenait le gouvenement à l'intérieur que par la police ^ Sous le Consulat, il y avait diverses polices qui s'épiaient les unes les autres : il y avait la poUce de Fouché, la police de Régnier, la police de Murât, la

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