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DIRECTEUR DE LA « LANTERNE

5 juillet 1879.

Cher monsieur,

En lisant dans le Journal officiel le discours de M. Ândrieux, j'aurais encore été plus effrayé que je ne l'ai été en l'entendant, de l'épouvantable complot organisé par la Lanterne contre le Préfet de police, si je ne savais mieux que tout autre à quoi m'en tenir sur les proportions dudit complot.

Ne voulant pas laisser plus longtemps la population parisienne sous le coup de cette terreur, et M. le Préfet de police lui-même en proie à l'effroi de conspirateurs imaginaires, je n'hésite pas à lui dévoiler un secret que la police n'a jamais pu pénétrer à l'aide de ses propres ressources.

Au mois de novembre 1876, je soulevai un coin du voile qui enveloppait la Préfecture de police, en dénonçant Peffroyable système de la police des mœurs. Je fus condamné à six mois de prison.

Dans cette première campagne, je découvris nombre de choses que j'avais pressenties.

Je réunis des documents, et j'attendis jusqu'au mois d'octobre 1878, oh d'inqualifiables arrestations de la police des mœurs éveillèrent de nouveau l'opinion publique. Je cherchai un journal assez hardi, assez sûr de lui-même pour ne pas hésiter à mener la campagne jusqu'au bout. La Lanterne me parut le seul journal dans ces conditions. Un ami commun nous mit en rapport; je vous dis : « Il y aura certainement procès, par conséquent condamnation. Si vrais que puissent être les faits que j'avancerai, il sera peut-être difficile d'en faire la preuve. »

Vous n'avez pas hésité.

Les Révélations de Vex-agent des mœurs, les Lettres â^un médecin amenèrent la chute de M. Lecour. Restaient les autres services de la Préfecture de police : alors parut le Vieux petit employé. 11 dénonça des faits plus monstrueux encore que ceux qui avaient déjà été signalés. n y eut procès, et, grâce à votre énergie, la preuve a pu se produire de la manière la plus éclatante.

Telle est l'histoire vraie substituée à la légende de M. Andrieux. 11 n'y a ni petite ni vieux^ ni employé^ ni BANDE : il y a tout simplement

un publiciste qui, croyant que la garantie de la liberté individuelle est la condition essentielle de la sécurité publique, l'a défendue en attaquant l'institution qui, censée organisée pour la protéger, a trop souvent employé ses forces à la violer.

On a parlé de chantage politique : le mot, certes^ était bien appliqué à un homme qui n'a jamais reçu des gouvernements qui se sont succédé en France que des amendes et de la prison, et qui a pour habitude de cesser de voir ses amis quand ils arrivent au pouvoir.

On a laissé entrevoii' je ne sais quelle menée bonapartiste derrière le journaliste qui demandait, qui demande encore aujourd'hui, l'épuration du personnel bonapartiste de la Préfecture de police. Vraiment cette divagation est celle qu'en médecine aliéniste on appelle la conception délirante, quand elle s'applique au Vieux petit employé qui, aujourd'hui, signe de son vrai nom :

Yves Guyot.

Quelques jours après, je disais dans un banquet à Saint- Maudé*:

« Dans ma partie avec la Préfecture de police, j'ai perdu la première manche : coût six mois de prison.

ce La seconde, je l'ai gagnée: à preuve le départ de MM. de Marcère, Gigot, Ansart, Jacob, Marseille, Lombard, Lecour, de BuUemont...

« Mais leur esprit reste toujours à la Préfecture de police ; et c'est pour cela que je joue ma troisième manche. M. Andrieux a un moyen bien simple de me faire perdre la partie, c'est de réformer les abus qui restent à la Préfecture de police... Il est vrai qu'alors je l'aurai gagnée. (Applaudissements et rires.)

ce Mais il faut bien le dire : prenez le Vieux petit employé ^ asseyez-le dans le fauteuil du préfet de police. Eh bien 1 il pe vaudra pas mieux que les préfets de police passés... présents... et futurs. Il y a des vices inhérents aux institutions : c'est pour cela que les changements de personnel ne suffisent pas : ce sont les institutions qu'il faut détruire. »

C'est la réponse que je fais à certains reporters, dont la

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