‹ La policeChapitre 60 sur 139 · CHAPITRE Vni · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vni

La République et la police. — La poliee n'est pas râpabKnÎM..— Les journaux aimés k la Préfeclure de police- — Le mouchard da oh lonel Gorbin. — M. Ansart. — Ses palinodies. — La baine del^aris.' — La question politique dans le procès de la Lanterne, — > Dëposiv lions. — Les protections utiles à la Préfeeturede poHet. -^ Leaén» tour! — Le Deroulôde de l'Empire. — C'est de là faute à la Ré^ blique. — Conspiration permanente contre la République.

Autrefois le parti républicain avait la prétention de VQU* l^r faire autrement que les gouvernements qu'il combttF* tait; maintenant il semble avoir pour idéal de les calqaer, sans s'apercevoir qu'on peut alors lui répondre par le refrain : — Ge n'était pas la peine de changer de gouvenftr ment.

Tous ont eu des mouchards et une police politique. I4 République doit donc en avoir. M. AndrieuxTa déclaré hautement, au nom des gens pratiques^ et a fulminé contré ceux qui avaient l'indiscrétion de démasquer les agents secretff, de « livrer au mépris des hommes auparavant honorables » et qui poussaient Taudace jusqu'à ne pas dire aui mouchards, envoyés à leurs trousses : — Ne craignez rien, je vous promets le secret !

La République a donc une police politique, elle a donc des mouchards, elle a donc des agents provocateurs, elle fait des émeutes de police, elle fait des complots : et elle est convaincue qu'elle se défend !

INCOMPATIBILITE D HUMEUR.

Mathe !i re usera en t, pour que la police défendit la Republî(jue, il faudrait qu'elle fût républicaine. Or, vous ferez tout ce que vous voudrez de la police, excepté de lui donner l'esprit républicain. Prenez des républicains, raettez-les à la police : le lendemain, ils pourront se croire toujours républicains, mais ils seront deveuus les adversaires de toutes les conditions d'existence d'une république démocratique et libérale.

Instinctivement, les chefs de la police sentent bien que lenr situation, leurs privilèges sont incompatibles avec elle, et ils ont toujours haï et poursuivi avec acharneraeot les TÉpublicaina. Sous Louis-Philippe, la police les traquait, tandis qu'elle ménageait les chefs des chouans et laissât fuir M. de la Rochejacquelein'.

On sait avec quel enthousiasme la Préfecture de police collabora au coup d'ËIat de 1851.

Pendant le 16 mai, la plupart des aeenls de la Préfectnre de police à tous les dogrés flairaient un nouveau coup d'État, comme le chien flaire la partie de chasse. Ils gambadaient et donnaient de ta gueule, croyant assister déjà à l'hallali de la République

Dans les lettres du Viettx petit employé j'avais osé iMinugr que le personnel de la police municipale n'était pas dévoué à la République : je cite les passages.

H f n des agents même qui font du ztXe uniquement pour faire haïr B Rsput)li((ac. Ils no se gênent (las pour dire :

— Allez donc réclamer auprès de vos conBclllorG municipaux ou de '"m dÉputéa I NôuB noua en f,.... pas mal ! Ah I vous êtes en llépublique. Eb bien, tians voua montrerons ce que c'est que la République I nous m» en ferons manger de votre llépublique 1

Demandez au prnmier agent venu des brigades centrales :

— Quels sont les journaux qu'on vous permet de lire dans les postes?

— Le Pa^js, X'Ordre, le Figai-o, la Patrie, le Petit Moniteur.

— Et les journaux républicains?

— U nous est expressément interdit d'en apporter. le préfet de police se donne la peine de se renseigner s\

manière dont s'est opéré Tavancement dans les dernières années.; il verra que tous les avantages ont été donnés aux bonapartistes. M. Brissaud lui fera-t-il la réponse qu'il a déjà faite une fols :

— C'est parce que je trouve plus de garantie chez les bonapartistei que chez les républicains.

M. Rouher n'a pas tort quand il se flatte d'être mieux servi, par U Préfecture de police, que le ministre de l'intérieur.

J'ouvre une parenthèse dans mon étude sur la Préfecture de police, à propos du fait relevé par M. Cunin-Gridaine à la tribune. Il vous proih vora qu'au ministère de la guerre, au lieu de surveiller les malversa^ tionS; on surveille les républicains.

Je vous avais dit qu'un des agents chargés de vous suivre était Â...Z» dit le mouchard du colonel Corbin.

Voici ce qui lui a valu ce surnom.

Il y a six mois à peu près, le colonel Corbin, chef de cabinet du mi? nistre de la guerre, demanda qu'on mît à sa disposition on inspecteur de police pour surveiller certains employés du ministère qui étaient soupçonnés de fournir des renseignements à la presse. i

M. Ansart fit demander à M. Brissaud, officier de paix, de lui désigner un inspecteur.

Naturellement, il lui recommanda de choisir cet inspecteur parmi les bonapartistes. La recommandation était inutile, car M. Brissaud ne l'aurait pas choisi ailleurs.

11 désigna donc l'inspecteur A..., qui se mit en rapport avec le colonel Corbin.

Après une conversation, dans laquelle celui-ci l'avait tàté, le colonel Corbin lui tendit la main en lui disant :

— Je vois que vous êtes des nôtres et que je puis compter sur votre discrétion.

— Mon colonel, répondit l'inspecteur A..., je suis un ancien officier et j'ai servi l'Empire pendant vingt ans.

— C'est bien, monsieur, répondit le colonel ; je suis parfaitement fixé sur votre compte ; aussi je n'hésite pas à vous faire part des 8e^ vices que j'attends de vous.

Il lui présenta alors un état sur lequel figuraient une quarantaine de noms.

— Tous ces individus-là, ajouta-t-il, m'ont été signalés comme républicains, et vous comprenez qu'il n'en faut pas icil Mais nous ne pouvons pas les chasser sans motifs ; ils ne manqueraient pas de se plaindre dans les journaux, et il faut éviter le bruit à tout prix. Voos allez chercher des prétextes suffisants pour les renvoyer. Tâchez devpitf lier avec quelques-uns d'entre eux. Ce sera difficile. D'ailleurs voos savez que le ministère de la guerre est tout un monde, et vous poorrex, à l'occasion, vous dire employé d'un des bureaux de notre adminiiUition.

Puis il ajouta : Vos dépenses vous seront remboursées largementl Ne soyez jamais arrêté par la question d'argent ; dépensez 5, 10, 20 000 fr., si vous voulez, mais fournissez-nous les moyens d'extirper d'ici tooi les

INCOMPATIBILITÉ d'hUMEUR. 205

radicaux ! Si l'Empire revient^ je vous promets de vous faire obtenir^ comme ancien officier, la croix de la Légion d'honneur.

L'inspecteur A..; commença son service dès le lendemain^ et il le continue encore aujourd'hui. Quand il veut 01er quelqu'un, il le fait ûler par sa femme.

Voilà à quoi sert la police dirigée par des bonapartistes et mise à la disposition des administrations qui ont toujours à leur tête des bonapartistes.

Hiep^ je vous disais que jamais les républicains n'y avaient été aussi persécutés que depuis le 14 décembre.

Vous allez en comprendre la raison.

Avant le 16 mai, on faisait son service. Les journaux seuls tolérés dans les postes et les buraux étaient les journaux antirépublicains. Les autres étaient proscrits.

Mais les républicains ne disaient rien et attendaient des temps meilleurs, pensant qu'on arriverait sans secousse à un gouvernement sincèrement et solidement lépublicaîn.

Le 16 mai, la lettre du maréchal tombe sur la tète de M. Jules Simon. C'est une tuile qui atteint tous les républicains. Celte manière facile d'interpréter la constitution étonne. On sent dans l'air comme une odeur de coup d Etat.

Alors, pendant les longs mois qu'a duré la lutte, les passions se sont exaltées. Tous les jours, les inspecteurs, les gardiens républicains entendaient leurs officiers de paix, surtout des brigades centrales, plagiant M. Ansart, s'écrier :

— Eh bien! quand en aura-t-on donc fini?..

Mais si M. Ansart joue un double jeu à l'égard de M. Albert Gigot, celui-ci pourrait bien jouer aussi un double jeu à son égard, et c'est probablement pour lui jouer un mauvais tour qu'il s'est porté garant de « son dévouement aux institutions républicaines »j et qu'il vous a poursuivi pour l'affaire des plis cachetés distribués aux officiers de paix avant le 14 décembre.

Je pourrais citer tel officier de paix qui, pendant la période précédant ce jour, avait toujours deux revolvers sur sa table, prêt à marcher, morbleu !

On a fait, à ce moment, nettoyer tous les revolvers des gardiens delà paix; mesure de propreté, soit, mais d'une coïncidence singulière.

Que signifie la concentration au Palais de l'industrie, dans la nuit du 11 au 12 décembre, de gardiens de la paix en bourgeois? Tous avaient tto revolver daus la poche, et ils avaient été choisis avec soin parmii ceux qui n'étaient point soupçonnés de républicanisme.

Qu'on ouvre l'enquête sur [es Actes du gouverement, du 4 septembre et sur V Insurrection du 18 mars^ on verra les sentiments de MM. de la police.

206 LA POUCE ET l'ordre MORAL.

La Préfecture de police, ébranlée le 4 septembre, a été réorgani^ ée par M. Cresson. C'est lui qui s'en vante. Il remit en place 22 des commissaires de police de l'Empire. 11 s'inspira de MxM. Ânsart, Marseille, Baube, Lecour.

Comment peut-on croire au républicanisme d'un homme comme M. Ansart qui, sous TEmpirc, était le second de M. Nusse?

Les dépositions devant la Commission d'enquête du 18 mars et do 4 septembre, témoignent d'un état psychologique incompatible avec le programme républicain. Chez tous, il y a le regret de l'Empire et la haine, le mépris de Paris.

M. Ansart déplore que le « principe d'autorité » ait été ébranlé par ]^ révolution du 4 septembre.

M. Marseille vante le bonheur du pays «jusqu'en 1860 », c'est-à-dire pendant la période dictatoriale de l'Empire. Tous se plaignent de la liberté de réunion, de la liberté de la presse.

Je le comprends. Les oiseaux de nuit n'aiment pas la lumière, et la Lanterne n'est point destinée à leur faire changer d'opinion.

Tous, en même temps, ont la haine de Paris. « Les maires de iParis? » M. Ansart ne saurait assez témoigner son mépris pour eux. La garde nationale ? « Ces gens-là,^ des hommes de désordre. » M. Blacé dit : Elle ne valait pas grand'chose.

On sent chez ces hommes qu'ils se trouvent placés au milieu de Paris comme des ennemis ) ils haïssent la population qu'ils sont chargés de protéger.

Et, chose grave ! après M. Ansart, chef de la police municipale, on voit comme commissaire de police aux délégations judiciaires ; M. Clément, « l'agent de M. Lagrange » sous l'Empire, l'instigateur du procès de Blois. Un faiseur de complots 1 Belle garantie de sécurité^ à coup sûr !

On voit encore M. Macé. C'est lui qui a trouvé les bombes du complot susdit dans le canal Saint-Ouen. Mais lui-môme avouait qu'il ne savait pas qui les y avait mises.

C'est lui qui a peuplé les pontons après la commune. Il a été décoré pour ce haut fait.

M. Gigot dans son discours du premier de Tan 1879 prétendit que j'avais calomnié le personnel de la police municipale, pour Tavoir accusé d'hostilité à Tégard. du parti républicain.

Maladroitement, dans le procès, M. Ansart fit poser la question politique. Voici les réponses des témoins interrogés sur ce point :

Déposition de M, Cousin, inspecteur de police,

D. — Le lémoin sait-il s'il y a des républicains qui montent en ^ade?

R. — Ce sont les lecteurs du Figaro qui ont l'avancement.

Déposition de M, Petit, inspecteur de police, \

Appelé chez son chef; M. Brissaud, ce dernier lui a dit : Vous avez; des opinions avancées, cela vous fera du tort. Je vous engage à les modifier si vous voulez avoir de Tavancement^ ou demandez votre retraite.

Déposition de M. Wuillay/me, inspecteur de police.

II a été mal vu parce qu'il a été recommandé par un député républicain, M. Tassin.

Déposition de M. Tard, inspecteur de police^

En ce qui concerne l'avancement, le témoin déclare qu*il était toujours donné aux bonapartistes.

D. — A quoi reconnaissez-vous les bonapartistes ?

R. — Ils parlent toujours du retour prochain de Napoléon IV.

D. — Quel était leur langage au retour de l'enterrement de M. Thiers?

R. — Quelques-uns ont tenu des propos grossiers que je n'ose répéter.

Déposition de M. Soudais, inspecteur de police, M. Ansart ne fait jamais monter en grade que des bonapartistes.

Déposition de M. Renard, charbonnier^ ancien inspecteur de police.

Ce témoin dit qu'on forçait les agents républicains à se retirer, par des provocations journalières, par toutes sortes de misères; quand il arrivait à un agent de prendre la défense de députés qu'on traitait de communards, on le qualifiait d'assassin, de voyou.

M, le Président, — Vous ôtes-vous plaint directement à M. Ansart?

R. — Oui, et il m'a changé de brigade. Je ne me plains que des agents qui sont sous ses ordres, qui me signalaient au mépris des gens da quartier où j'exerçais mes fonctions.

J'ai dit à M. Ansart qu'un sous-brigadier avait dit que M. Thiers n'était qu'une crapule, et^ un peu plus tard, cet agent a reçu 75 francs de gratification.

208 LA POLICE ET l'ORDRE PUBLIC.

Déposition de M. Poiréy inspecteur de police,

M^ Delattre, — Le témoin n*a-t-il pas été chargé de surveiller \^^ casernes pour connaître l'esprit des soldats en vue d'un coup d'État?

M. le Président. — Les articles ne parlent pas de cela.

M" Delattre, — Je me soumets, monsieur le président, mais... je wkt me démets pas (rire).

M. Seigneury^ ancien employé à la préfecture de police^ déclare que M. Ânsart ne protégeait pas les républicains , qu'il ne leur donnait aucun grade.

Le 21 avril 1877, je fus demandé, dit-il, par M.Brissaud, qui me dit: Vous allez partir pour la Savoie, aGn d'y combattre la candidature de M. Parent. Je lui répondis que j'étais malade, et il appela un autre agent. Plus tard je fus encore appelé par M. Brissaud, qui me prévint que j'allais avoir ma retraite, parce que j'avais refusé de voyager. Ma femme alla alors voir la mère de M. Franck-Chauveau, qui intercéda pour moi auprès du préfet de police.

M. le préfet répondit que j'étais un honnête homme et qu'il s'occuperait de moi; mais, le 26 avril, M. Brissaud me dit : « Vous avez cm m'intimider en écrivant au préfet; eh bieni vous allez être mis à la retraite tout de même ; c'est la lutte du pot de terre contre le pot de fer. »

Puis M. Ânsard me fit appeler et me demanda si je voulais garder ane place dans l'administration, de lui rendre mes galons et de dire qoe mes capacités ne me permettaient pas de conserver la situation de brigadier.

M'' Delattre, — La première chose que lui a demandé M. Brissaud a été de suivre M. Parent...

M. le Substitut. — De combattre la candidature.

M* Delattre. — J'aime mieux cela. Seigneury avait-il la réputation d'avoir des opinions républicaines ?

R. — Oui.

Pendant le 16 mai, tous les officiers de paix, imitant M. Ansart, répétaient que tous les républicains étaient des bandits que le maréchal aurait dû fusiller et déporter.

M® Delattre avait le droit de conclure après ces témoignages :

« Et vous doutez d'un complot perpétuel, incessant contre les républicains? Écoutez encore d'autres témoins. Nous sommes à la veille des élections, M. Brissaud fait venir ses sous-chefs; ceux-ci reçoivent ses instructions, qu'ils

INCOMPATIBILITÉ d'hUMEUR. 209

vont rapporter chacun dans son escouade : Messieurs, disent-ils, il faut voter hardiment; vous placerez sur votre bulletin de vote les noms de Rouher, Haussmann, Paul de Gassagnac, etc.

« Cela ne vous suffit pas. Rappelez-vous encore les autres témoinis qui vous ont affirmé que, dans tous les postes, on ne parle, on ne cause que de l'Empire ; on ne fait des vœux que pour l'arrivée de Napoléon IV. »

Quelque temps après le procès de la Lanterne^ quelques bonnes gens vinrent me demander mon appui pour obtenir quelque chose que je ne précise pas, de peur de leur nuire. Leur naïveté me fit pitié. Je dis à Tun :

— Tenez! allez trouver M. Lombard...

— Mais il n'est plus à la préfecture de police I

— Cane fait rien. Son esprit et son neveu y sont; allez ! vous pouvez être certain qu'il pourra vous donner un bon coup d'épaule.

A l'autre, je dis :

— Allez trouver l'abbé B... Quoi qu'il y ait un francmaçon à la tète de la police municipale, le clergé y règne toujours.

Je donnai un conseil analogue au troisième. Je ne puis dire qu'une chose : mon expérience a réussi pleinement.

Pour beaucoup de gens, à la Préfecture de police, il n'y a qu'un sénateur en France et au monde : c'est M. Piétri.

— Le senatour ! disent-ils.

Ces faits n'empêchaient pas M. Andrieux de s'écrier dans son discours du premier de l'an de 1880, au personnel de la Préfecture de police :

Je sais bien que vos détracteurs mettent en doute la sincérité de mes déclarations quand je me porte caution de votre dévouement à la Rép ubiique, mais ceux-là sont les ennemis de tout gouvernement comme de tout ordre social.

Comprendra qui voudra la logique de cette phrase. Elle ressemble à la conduite de M. Andrieux, En môme

210 LA POLICE ET l'oRDRE PUBLIC.

temps qu'il affirmait que les ennemis de tout ordre social pouvaient seuls douter du républicanisme d'anciens agents et complices de Lagrange, Piétri et tutti quanti^ on a vu qu'il déclarait au Conseil municipal que tout agent républicain était impossible, parce qu'il n'avait pas l'esprit d'obéissance. Mais si tout agent républicain était forcément un mauvais agent et si, de parti pris, il ne recratait ses agents que parmi les adversaires de la République, comment voulait-il que les adversaires de la République devinssent tout d'un coup les sincères partisans de cette forme de gouvernement?

Par la force des choses, il est bien entré cependant, à la Préfecture de police, des républicains et de très bons, très dévoués. J'estime leur nombre à un tiers à peu près de l'effectif actuel ; mais ils n'osent rien dire, mais ils sout suspects parce qu'ils sont presque partout commandés par des adversaires de la République.

Qu'on prenne n'importe quel service, on est sûr d'y trouver, dans une situation importante, un homme qui, par ses attaches, relève de l'Empire. Je n'en excepte pas le Préfet de police actuel. Ce n'est pas impunément qu'on a eu un père, collaborateur du coup d'État.

Je cite, au hasard, des noms. Voici le chef du matériel, M. Placide Couly. Son enthousiasme pour l'Empire débordait dans les Impériales^ épisodes d un grand règne, poésies publiées en 1860. On y trouve une cantate, musique de M. Jessy, chantée au cirque impérial le 16 mars 1856: V Enfant de France; V Occidentale^ chant de guerre officia de l'armée d'Orient, chanté au cirque le 27 mars 1854. En dépit de son prénom, M. Placide Couly était le Déroulède de l'empire, ce qui ne l'empêchait point, avec Tadmi' rable logique qui distingue les poètes en général et les poètes officiels en particulier, de crier :

Chantez ! chantez ! — l'empire, c'est la paix !

U appelait cela le Vœu de Napoléon III. Dans l'adfltt-

iristradon du matdriel de la prÉfecture de police, je me demande s'il apporte la même perspicacilé.

M. Gaulier de Noyelles, ancien secrétaire de M, Duverper, et marié à une ancienne dame d'honnenr de l'impératrice, protégé de M. Marseille, offre-t-il des garanties à la République?

Tout ce qui arrive de mal, c'est de la faute au Conseil municipal et à la République : tout ce qui ost bien, c'est grâce à l'Empire. 'En 1878, les gardiens de la paix furent augmentés de 200 francs, sur l'initiative du Con- BcU municipal, quoique M. de Bullemont eiil affirmé qu'il ne voyait nullement la nécessité de cette dépense. On déclarait aux gardiens do la paix que celle idée avait été soufflée au Conseil municipal par l'Empire. Comment? Peu importait. Il fallait en reporter toute la reconnaiBsance sur Napoléon III et continuer à haïr et accuser le Conseil municipal, comme par-devant.

Le manifeste et l'emprisonnement du prince Napoléon auraient dû prouver aux agents bonapartistes que l'Empire était enterré à jamais. Pas du tout. Ils crurent à ce moment que !e prince Napoléon ne sortirait de la Conciergerie que pour monter sur le triJno, et ils redoublèrent d'insolence. Selon leur coutume, les républicains n'osaient rien dire et se contentaient de se ronger les poings. Ils Savent par expérience que le républicanisme est toujours mal vu à la Préfecture de police.

Dana les couloirs, dans les salles, les chefs parlent du bustede la République, comme d'une « saleté u.

Il ne peut en être auiremenl, le recrutement de la Préfecture de police se faisant, autant que possible, en dehors des républicains, comme l'a nettement affirmé M. Andricux, et une partie du haut personnel restant bonapartiste.

Les adversaires de la République ne gênent en rien un préfet de police comme M. Andrieux, ou comme M. Games- GOBBe. On a vu que ces messieurs ont des manières de concevoir l'organisation sociale, l'ordre, qui s'accommode- .

212 LA POLICE ET l'oRDRE PUBLIC.

raient non pas seulement avec une monarchie quelconqd^. mais fort Lien avec un régime prétorien.

Cependant les hauts chefs de la police politique espéreraient encore mieux d'un ministère de la police. L'un d'&xix, en apprenant que M. Waldeck-Rousseau avait le désir de le constituer, s'écria: — Ah! on va pouvoir travailler maintenant !

— Pour la République ?

On parle de conspirations , de complots : eh ! bien, la conspiration permanente contre la République, je vais dire où en est le siège : il est à la Préfecture de police. On parle de complots : c'est là que s'élabore un complot perpétuel contre la liberté, contre la démocratie ; et si jamais laRépuplique doit s'absorber dans une dictature ou dans une monarchie, ce sera la Préfecture de police qui l'y poussera avec le plus de passion et d'acharnement.

M. Mangin, sous la Restauration, fut nommé préfet de police par le ministère Polignac, parce que dans un réquisitoire, il avait demandé la mise en accusation de tous les di* ] pûtes de la gauche pour complicité morale. Maupas arrêta les députés que lui désigna Louis-Napoléon sans la moindre vergogne. On a vu le cas que faisaient des députés MM. Ma^ seille, Ansart, Lombart. Leurs successeurs mettraient la main au collet des députés sans plus de souci, en disant: — Nous voilà donc débarrassés de ces braillards qui se sont quelquefois occupés de nos affaires.

La police politique est un danger pour la République.

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