‹ La policeChapitre 62 sur 139 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

accusation contre la police. — Négation. — » Quelques extraits de on dossier. — M. Bonnefons. — Le seul aveu de la police. — Hippolyte iffeis. — Le stratagème de Louis Désiré. — Ne pas jeter des lettres la poste la nuit. — Arrestation par amabilité. — N'appelez jamais

gardien de la paix. — Dangers d'une casquette de velours. — up narquois. -^ Urbanité. — Danger de fêter Saint-Eloi. — . Ne fez pas sourd et muet. — Coups de sabre. — Un commissaire ns l'exercice de ses fonctions. » — Prenez garde aux hommes bar- 8. Ne pas regarder les noyés. — Ne pas traduire Lessing. — deur de la police. —Un Anglais malavisé. — Mettre les gens en péence. — La loi modifiée par la police. — M"" Ninus. — Bienfait de laitement intermittent. — Dangers de se promener sur la voie pu- ({ue. — Solidarité de certains agents et des gardiens de la paix. — rt d'un Américain de ne pas savoir le français. — Ne pas défendre ' enfants brutalisés par les agents de l'autorité. — Mme Génin. —

parquet attaqué par la police. — Riposte. — Agents galants. — Iq Clairiot. — Manière de s'assurer des témoins. — Le capitaine de tupiers de Pantin. — a Consignons t » — Calomnies de la polic9t -^ plications vraisemblables de M. Andrieux. *~ Les dangers de la ûde Rabasse. — M. Dimitri Kouskine. •— Un suicide à Mazas. — pin ou chat?

lous yenokis de voir comment la police maintient l'ordre )lic : nous allons voir maintenant comment elle mainit a la liberté^ la propriété, la sûreté individuelle »

Dans les lettres du Vieux petit employé^ j'ayais accuMl la police de violer tous les jours les principes qui garantissent la liberté individuelle en France, par des arresta* tions illégales; — de se livrer à des brutalités si habitudki que, dans son argot, elles avaient reçu les appellations ]è>( toresques de « ligoter » et de « passer à tabac »; qninl} elle s'était mise dans son tort, de calomnier ensuite Mij victimes — et, à défaut de délit initial pour justifier ««1 actes, de créer, après coup, le délit d* outrage et derébeM) lion. I'

La police niait : le procès démontra la valeur d dénégations.

La police continue à violer tous les principes de no législation, en matière d'instruction criminelle, ku mettre des brutalités, à accuser ensuite ses victimes cl*( trages et de rébellion, et à les calomnier.

J'ouvre mon dossier à partir de 1879, après le procèsi la Lanterne, Parmi les centaines de faits qu'il contiei j'en choisis quelques-uns de caractéristiques que je sans commentaires.

En juin 1879, les journaux racontèrent le fait suivant:

M. Bonnefons, apprôteur de neuf; demeurant 26, rue des Grands-Âv* gustins, a adopté une nièce âgée de 14 ans et 'un neveu âgé de 17 v^ le frère et la sœur, deux orphelins qu'il aime comme ses propres enfants.

Il y a quelques jours^ après avoir assisté à la course des vélocipèdes place du Carrousel, il emmena, à 9 heures du soir, sa fille adoptivese promener autour de la tour Saint-Jacques.

La petite iiile but une groseille au uink-hall. Elle était à côté de M. Bonnefons, qui marche difficilement, étant atteint de la fièvre des marais. Tout à coup elle dit à ce dernier :

— Regarde, petit père, ce gardien de la paix qui s'est arrêté en face de nous et semble nous examiner fixement.

A peine avait-elle dit ces mots, que l'agent s'approcha, et frappanl M. Bonnefons sur l'épaule, lui dit :

Vous connaissez cette fille?

— De quel droit me demandez-vous cela ? répondit M. Bonnefons. .^Si je vous le demande, c'est qu'apparemment j'en ai le droit

Répondez.

— C'est ma nièce.

LA rOlGNË UE LA POUCE, 217

—Ce n'est pas vrai.

— Jq voua dis que c'eet la vcrité.

— Eb bien I vuus allez me suivre nu po«le, répliqua l'agent, en entralikanl M. IkiDnefong et sa nièce CIsra, an poste de police de la mairie dn qualrièiue aiToniliâsement.

L'agent, qni se nomme Leroy, rédigea son rapport, et c'est an vain que M- Bonnefons insista pour connaître les motifs de cette arrestation arbitraire. i

— Je Euis un bonorable commert^nt, dit H. Bannefons; voici mon nom et mon adresse, faites prendre des renseigoementa.

Od ne voulut rien icouter; on refusa même de faire prévenir Unne Bonncfons, dont on peut comprendre l'inquiétude, ne voyant rentrer ni son mari ni «a nifco.

Malgré les protestations de M. Bonnefons et les larmes de la pauvre onfitBt, les prisonniers durent passer la nuit au poste.

Ce n'est que lu lendemain, 6 neuf heurea du niatin, quo le commis- ■atre de police, k la suite d'un interrogatoire, les mît en liberlé.

Noua n'avons pas besoin de qualilier cet acte dont la gravilË est pleinemeDl dËmuatrce. Il est vrai que, comme compensation, un agent autorisé de la préfecture de police s'est présenté cliez M. Bonnefona. à qui il 3 promis la revocation du gardien de la paix Leroy, lui recoinmandant le silence le plus absolu sur cette màlbeurcuse alfaire.

M. Andrieux C( d'impartialité cnv h note suivante :

rlà, voiilut se donner une apparence .e ptiblic, et l'A'jeiice Ilavas publia

journaux se sont émus d'une arrestation récente faite pu un agent trop ïûlé et sur des présomptions insuffisantes.

Le Préfet de pntice a partagé leur émotion. L'agent qui avait procédiï ll'arrealation est déuiissionnaire ,- il loi a été tenu compte de son in- ' CDalcatable bonne foi. pour ne pas le révoquer.

I Quant au «ou s -brigadier, qui aurait gardé jusqu'au tnalin les deut I pmoanes arrétéea, en itcceptant trop légèrement dos allégations dé- 1 UHitréea inexacles, il a été cassé de son grads.

C'est peut-être la seule fois, que la Préfecture de po- ''ce ait reconnu publiquement qu'un de ses agents pou- ^t avoir commis quelque erreur ou un abus de pouvoir ^vers un particulier.

va avec l'agent. Un attroupement considérable \a le passage des Petites-Ecuries, l'agent dit i

du soir, stationnait dans le faubourg Saint -Denis, entonré d'acheteurs, lorsque le gardien de la paix portant le n° 227 lui dit :

— Eh bien faignan, voilà deux heures que tu es couché sor ta voiture, dépôche-toi de f.,,le camp,

— Monsieur, soyez au moins poli, répondit Breffoill, à tort je le reconnais, car Tadministration française a toujours placé parmi ses droits indiscutables celui de l'impolitesse.

Fort de ce droit, l'agent répond :

-^ Rendez votre médaille.

L'autre a encore le grand tort de répondre : . -- Je ne suis pas en défaut ; j'ai du monde à ma voiture, je vends et reste à vendre.

— Rendez votre médaille, répète Tagent.

— Eh bien, allons devant le commissaire de police ! Le jeune BrefTeils s'en

s'était formé. Arrivé dans Breififeils :

— Eh bien, non, ce n'est pas chez le commissaire de police quenoos allons, c'est au poste I

Et il l'empoigna. Un autre agent arrive ; il empoigne BrefTeils de soa côté et on le traîne au poste.

Le commissaire de police, M. Barrail, l'envoie au Dépôt.

Le lendemain il fut relâché, grâce aux démarches de sa mère et de ses amis. Il reprit innocemment son métier. La police ne l'entend pas ainsi. Un agent a tort. C'est le marchand des quatre-saisons qoi est coupable.

Le 24, au moment où il entrait dans le faubourg, on lui a pris f» médaille pour le punir.

La Lanterne racontait le fait suivant :

Jeudi dernier, 19 juin 1879, vers midi, Louis Désiré, marchand des quatre saisons, se trouvait au coin de. la rue d'Arcole et de la rue Qor noinesse. C'est un vieillard de près de 75 ans, et quoiqu'il exerce A profession depuis quarante-deux ans, il a encore une voix formidable. Le sieur Jannin, sous- br^adier du quatrième arrondissement, survient tout à coup et lui dit :

— Vous n'avez donc pas flni de gueuler?

— Il faut bien que je crie ma marchandise pour la vendre, répondit le père Désiré.

Le bonhomme continue son chemin, le sous-brigadier continue de l'apostropher. Arrivé au n» 17, le père Désiré met sa charrette dansoa renfoncement et se prépare à aller déjeuner chez M. Miramont, reatanrateur, où il a l'habitude de prendre ses repas.

Alors le sous-brigadier se jette sur lui avec une telle brutalité qa^ tous les deux tombent par terre. Ils se débattent. Le sang' coule du otf du père Désiré. Un agent vient à passer; il prête main-forte À son M

ommence naturellement par donner un formidable coup de poing à

ieillard : passage b tabac préalable.

1 relève le vieillara pour le conduire, avec bourrades, au bureau

ommissaire de police, M. Lechartier, quai de Béthune, 34.

) père Désiré était avec sa femme et sa petite fille, âgée de treize

Le 'sous-brigadier empoigna la petite ûlle en même temps que lo

] poste, on les reçut avec la même aménité que le sous-brigadier agent avaient déjà déployée : on administra à la petite fille quelques ^hes, destinées sans doute à lui inculquer dès l'enfance le respecJL autorité. Ces faits se, seraient renouvelés, paraît-il, devant le secré- 3 du commissaire de police, chargé de dresser procès- verbal^ sans estation de sa pàrL

nsi édifiée, on mit la petite fille en liberté ; mais on garda le père oste; puis on l'envoya au dépôt, où il fut gai'dé jusqu'au samedi ain. Et de quel droit cette arrestation préventive? iturellement Louis Désiré et sa femme passèrent devant la police ectionnelle, le 9 juillet. Les témoins constatèrent que l'agent avait uté ce vieillard de soixante-quinze ans. L^agent Géuin prétendit que s Désiré « s'était couché sur le dos pour l'entraîner ! » Louis Désîré naturellement condamné pour avoir eu recours à un semblable agème. ' .'

ja Lanterne du 26 ayril 1880 raconte :

ant-hier soir, vendredi, à huit heures, Mme B femme d'un em-

S de magasin, attendait son mari au coin de la riie Jean-Jacquesseau et de la rue de Sartine, en compagni&de Mme L...

i individu s'approche de Mme L et la prend par le bras.

Ile-ci se dégage par un brusque mouvement, et Mme B lui dit :

Ne faites pas attention, c'est un homme ivre. Âh I je suis un homme ivre, riposta l'agresseur ; vous, vous [êtes )rostiluée, vous allez me suivre.

l'appui de celte observation, il tira de sa poche une carte blanche rme rectangulaire.

dame B...., sans se laisser intimider, lui donna un soufûet^ . ndividu voulut la saisir de nouveau.

le moment, un sergent de ville de plantonàcet endroit s'é9t appro- )our s'enquérir de la cause du ressemblement provoqué par cette

porteur de la carte, en présence du sergent de ville, voulut, arrô-

icore Mme B Mme B qui est une fenmie énergique^ lui ré-

it par un nouveau soufflet, et cria à l'agent :

Si vous avez des mouchards, qu'ils fassent leur service comme ils

(nt le faire» et qu'ils n'arrêtent pas d'honnêtes femmes.

gent <ie8 mœurs, vrai ou faux, comprit alors qu'il avait peut-être

lis un excès de zèle.

.- Le sergent de ville ne fit pas un geste pour arrêter Tagresseur. Bien plus, se retournant vers Mme B...., il lui dit :

— Si vous ne circulez pas, je vais vous conduire chez le commissaire de police.

C'est toujours la même chose. Quiconque résiste à l'arbitraire est dans son tort.

Mme B s'en alla.

î^ Voici un échantillon des nombreuses lettres que reçoit la Lanterne,

Vendredi dernier, 11 juin 1881, je rentrai chez moi, il était minuit.

J'allais me mettre au lit, lorsque je m'aperçus que je rapportais dans ma poche une lettre que j'aurais dû mettre à la poste.

Je redescendis donc en négligé et j'allai à la gare du Nord la jeter à la boîte, de manière qu'elle partît le matin à la première levée daos la direction du nord.

Après l'avoir mise à la boîte^ comme il pleuvait à torrents^ je m'abrite un insbant sous l'auvent.

A ce moment, arrivent deux agents de police qui me demandent ce que je fais et me signifient de partir de suite.

Je leur réponds la vérité, que je pensais être bien libre de descendre de chez moi à telle heure qu'il me plaît pour mettre une lettre à U boîte, et qu'aussitôt que la pluie serait un peu diminuée je partirais» Là-dessus ils m'arrêtent et m'obligent à aller au poste, malgré les papiers que je leur montre, prouvant mon identité et mon domicile.

Le lendemain, je suis conduit chez le commissaire, qui me renvoie, bien entendu, aussitôt.

Villeneuve, Représentant de commerce, 54, rue de Chabrol.

Arrestation par amabilité :

M. G... se promène le soir sur la place de la Concorde. Il voit ai couple, masculin et féminin, qui se glisse le long des massifs. M. G..> est curieux, et à trente pas de distance le suit. Le couple paraît cou* trarié. Alors il va au Palais de l'industrie et, en passant auprès du poste, le monsieur donne l'ordre d'arrêter M. C...

Quant celui-ci arrive à la hauteur du poste, il est appréhendé as corps.

II demande de quoi il est coupable. Le brigadier lui répond que le monsieur lui a donné l'ordre de l'arrêter î

— De quel droit?

— De quel droit? Vous m'insultez.

Un agent qui avait couru après le monsieur pour savoir au moins son nom, rapporte une carte. Alors le brigadier s'écrie :

— Vous ne savez pas que vous vous êtes permis de suivre un comte, — un comte qui est avec sa femme, — c'est le comte de Lespinasse (?). Le connaissez-vous?

Sur qe, on met M. C... au violon. Il n'avait commis aucun délit. Le brigadier prétend qu'il l'a injurié. C'est toujours le prétexte à Taide duquel les agents couvrent toutes leurs illégalités.

Il reste enfermé jusqu'au lendemain à neuf heures et demie. Il est conduit devant le commissaire de police qui ne peut qu'enregistrer le rapport des agents. A onze heures, il est mis en liberté ; et l'on ajoute :

— II est probable que vous ne serez pas poursuivi *.

Le 10 juin 1880, deux indicateurs arrêtèrent deux personnes demeurant aux Prés-Saint-&ervais, M. D et

Mme M..... qui passaient boulevard Montmartre; pour opérer cette arrestation, ils prirent le titre d'inpecteurs de police.

Les deux personnes arrêtées, après avoir couché au poste de police de la rue Drouot, furent conduites le lendemain au bureau de la sûreté.

Après un interrogatoire que leur fit subir l'inspecteur principal de service, elles furent remises en liberté.

Le Soir du 12 juillet 1882 publiait le fait suivant :

Vers le commencement de la semaine dernière, M. Paul C...., prenait une voiture sur l'avenue des Ternes, et disait de le conduire rue Chariot, 72.

Le cocher, trouvant que la course était trop longue, refusa de marcher ; M. Paul C...., insista, comme c'était son droiL Refus formel de Pautomédon, et finalement, intervention d'un gardien de la paix, qui voulut absolument forcer M. C...., à quitter la voiture, ce à quoi ce dernier se refusa évidemment.

Le gardien de la paix le saisit alors au collet et le tira violemment hors de la voiture.

Cet acte étonnant de brutalité provoqua nécessairement, et avec \uste raison, les protestations de la victime, qui fut alors entraînée au poste, puis au commissariat de police du quartier.

Le magistrat, M. de Mauny, envoya M. Paul C..., au Dépôl, sous l'inculpation de rébellion à un agent de la force publique.

Ce n'est qu'au bout de cinq jours, sans avoir été interrogé par un juge d'instruction, que M. Paul C...., qui avait pu justifier d'un domicile, a été mis en liberté sur la demande d'une autre personne.

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