Lanterne du 24 avril
La Lanterne, du 4 décembre 1882, publiait la lettre suivante :
Monsieur le directeur,
Employé à la Compagnie du Gaz de la Ville de Paris depuis trois ans comme allumeur, de plus, patenté comme brocanteur depuis cinq ans, je me trouvais avec ma femme et ma sœur rue Croix-Niverl, sar le troltoir en face le numéro 4 ; il était sept heures et demie da soir, lorsque survinrent deux agents qui nous dirent de circuler, ce que nous fîmes.
Je venais de quitter mon travail et, au lieu de ma casquette de service, j'avais une casquette de velours toute neuve.
Après réflexion, les mêmes agents revinrent sur leurs pas ; l'on d'eux me saisit par le bras gauche et me mit une chaînette et me co&- •duisit au poste de police du boulevard de Grenelle, et de là, au oosmissariat de la rue Blomct, ligoté comme un malfaiteur ou un sovteneur, et ma pauvre femme ainsi que ma sœur me suivaient toujours.
Enfin^ j'ai été relâché chez le commissaire de police à la réquisitioD de Mme veuve Sémélé, ma mère, demeurant rue Frémicourt, 38.
Eugène SESiEié, Rue Roussin, 8.
Des arrestations sont libellées, comme suit : — « Voici un homme que nous avons rencontré dans la rue de Rivoli» U s'est refusé à nous faire connaître son domicile et non» a demandé notre numéro matricule. Enfin, il nous a regardé d'un air narquois. »
Au sujet d'une contestation, à propos d'une somme te fr. 50 pour un billet de chemin de fer de ceinture, un sous-brigadier consigne deux personnes au p08t6 jusqu'au lendemain (juillet 1879).
Le 28 mai 1882, avaient lieu, au lac Saint-Fargeau, I0 banquet des tôliers et le banquet des conducteurs-chauf* feurs-mécaniciens.
Les banquets étaient finis, on se préparait aux danses. Tout àcoopi on voit deux gardiens de la paix entraîner un jeune homme en I^ bousculant, le frappant; si bien qu'ils l'avaient déjà déchiré et pr*" que déshabillé. C'était un ouvrier tôlier.
Des camarades interviennent et demandent pourquoi on l'arr^tetliCS
rdieiiB de la paix ne répondent pas, mais redoublent de brutalité. Mayer, directeur de la Lanterne^ insiste pour obtenir des expli-
tions.
Les gardiens de la paix, ne sachant que dire, finissent par lâcher le
une homme, tout en protestant :
•*- On ne peut pas le laisser ici dans cet état.
— Mais c'est vous qui Pavez mis dans cet état !
Alors un des gardiens de la paix, n° 31 du XX» arrondissement, ipond avec aménité à M. Mayer :
— Je vous emm
M. Mayer a pris à témoin M. Yves Guyot et M. Lyon-Alemand, coniili^rs municipaux, de l'urbanité de ce gardien de la paix, nommié insi par antiphrase.
De l'enquête faite ensuite, il résulte qu'il y avait eu une discussion a bal entre ce jeune homme et un autre ; le préposé au bal avait equis les gardiens de la paix qui, sans explications, s'étaient jetés or loi et l'avaient brutalisé comme nous venons de le dire.
II« s'étaient bien gardés d'arrêter l'autre, probablement quelque Abitué de bal public, appartenant à l'honorable corporation des oateneurs.
Si des citoyens énergiques: et devant la qualité desquels les gardiens le la paix ont reculé, n'étaient pas intervenus, ce jeune. homme était nunené au poste, passé à tabac, poursuivi pour outrages et rébellion, ondamné à trois mois de prison^.
La Lanterne du 7 décembre 1882 publiait le récit suiant :
^medi dernier 2 décembre, à 1 heure et demie du matin, s'est ^é le fait suivant, qui nous a tout d'abord paru tellement incroyable, .'^•nous n'avons voulu en parler qu'après une minutieuse enquête.
^ingt forgerons avaient fêté la Saint-Éloi avec leur patron, M. Normand, directeur de l'usine située route de Flandre, 60> à Aubervilliers. l demeure rue de Cambrai, 19; ses ouvriers allèrent le: reconduire à ^^ domicile. Us venaient de le quitter, quand ils furent entourés pur
^H^ents en bourgeois auxquels vinrent se joindre des gardiens de la »ix,
^'uD des ouvriers, un jeune homme nommé Latasse, était resté de ^^Iques pas en arrière. Les agents se jetèrent sur lui et le maltraité- '^i. Il résista; il protesta même par une injure, qu'aucun de ses cama- ^s n'a entendue, mais que les agent» ont entendue ; car c'est là leur '^ére de déplacer toutes les questions ; ils arrêtent quelqu'un sans lotif, ils sont dans leur tort; ils affirment qu'il fi'a pas été content de ^0 arrestation, il est dans son tort et ccAidamné pour n'avoir pas sa,
!• Lanterne du 30 mai 18S2.
en pareille situation, offrir ses remerciements à ces messieurs de la police.
M. Normand et son conlre-maître Colliard accoururent. M. Normand fut accueilli par un coup formidable sur la tôte, qui le fit tomber sor ses genoux. M. Colliard reçut un coup de crosse de revolver, ainsi qu'un coup de plat de sabre sur l'épaule ; un des agents en bourgeois lui mit le canon de son revolver sous le menton, en lui adressant de ces in* jures dont ces messieurs de la police, si susceptibles quand il s*agit de les recevoir, sont si prodigues quand il s'agit de les lancer. Ils devraient cependant prêcher d'exemple.
- Puis, M. Normand est conduit au poste ; ses ouvriers, ainsi attaqués, viennent le réclamer. La police commença à s'apercevoir qu'elle pouvait bien avoir fait une sottise, et le relâcha une demi-heure après.
Le lendemain, M. Normand se rendit au bureau du commissaire de police, M. Aussilloux, rue d'Allemagne, 132. Il venait pour se plaindre. Se plaindre? Mais, il n'y avait pas de rapport fait contre lai? Gela n'étonna pas M. Normand. Contre lui, non ? Mais sur le fait? Pas davantage. Et, avec cette merveilleuse logique qui montre l'état mental dau lequel sont tous les gens de la police, depuis le préfet jusqu'au dernier de ses mouchards, il ajouta que, « par conséquent, il n'avait pasda plainte à recevoir de M. Normand l »
Comme M. Normand insistait, il le mit à la porte en lui disant : — Je suis occupé en. ce moment « avec une personne très bien. » M. Latasse, de son côté, avait été gardé au poste pour insulte agents, envoyé au dépôt, et est naturellement poursuivi pour ou à ces messieurs.
te
Autres agressions de police :
Dans la nuit du 5 au 6 juillet 1881, vers une heure et demie matin, le citoyen Chevry, demeurant rue de la Réunion, 50, entem crier : au secours ! sortit précipitamment de chez lui et se tri
bientôt en face de l'agent Dumoux, portant le numéro 4, et demeo
même rue n"* 54. I ■
Cet agent, en complet état d'ivresse, frappait à coups redoublés malheureux sourd-muet qu'il avait terrassé. Le citoyen Chevry voaiCc s'interposer. A ce momentj deux autres agent survinrent et se raéf4\, sur ce courageux citoyen qu'ils entraînèrent, malgré les énergiqi]^ protestations des passants accourus. Chemin faisant, ils frappèrent citoyen Chevry et lui firent, au-dessus de l'oeil gauche, une blesi" profonde. Il y a tout lieu de croire que cette blessure a été faite moyen d'un canon de revolver. Bref, ce malheureux fut amené au de la mairie du vingtième arrondissement dans un état lamentai couvert d'ecchymoses et do contusions , ses vêtements déchirés, pieds ensanglantés, etc., etc.
Le brigadier de service, en présence de l'état d'ivresse manifeste l'agent Dumoux, relâcha le citoyen Chevry.
On fit avancer une voiture, car le pauvre diable ne pouvait plus aarcher, et on le fit reconduire chez lui.
Le citoyen Chevry est un homme très honorable, père de sept infants, très aimé et très estimé dans son quartier. Aujourd'hui, il est dite et ne peut travailler.
Et Tageut Dumoux ?
Il a été révoqué.
Et puis ?
Et puis, c'est tout.
Les deux agents, ses complices, qui ont frappé et blessé le citoyen Chevry, n'out été nullement inquiétés.
Ils seront probablement portés sur les tableaux d'avancement pour cet exploit mémorable ^
Continuation des agressions de police :
Avant-hier soir , vers sept heures et demie, detfrc pochards, causant da scandale dans son établissement, Mme Y..., marchande de vins, rue des Marais, 20, fit appeler un gardien de la paix pour les expulser.
L'agent sauta sur les deux ivrognes et les entraîna. Comme en se débattant, les deux amis de Bacchus le bousculaient un peu, le sbire, en bon policier, ne trouva rien de mieux à faire que de dégainer et de les frapper à coups redoublés avec son sabre. Tous deux s'affaissèrent; baignés dans leur sang.
Ce sont des ouvriers plombiers, qui travaillaient dans une maison^ »• 6, rue Beaurepaire, nommés Mirotel, demeurant rue de Puebla, 57, et Refort (Eugène), demeurant passage de Lorient. Ce dernier a été atteint au bras droit ; on l'a ramené chez ses parents.
Mirotel a été envoyé d'urgence, par M. le docteur Thévenot, à rhôpital Saint-Louis, salie Saint-Joseph, lit 27. Son état est grave. ■ Une enquête est ouverte, — bien entendu. Mais nous en connaissons fores et déjà le résultat. Les deux pauvres diables, — s'ils guérissent, — recefvront, en sus des coups de sabres, quelques mois de prison, 0t l'agent sera décore pour « avoir accompli son devoir* » !
Et nous sommes au dix-neuvième siècle !
Quelquefois le commissaire même est Tagresseur : le 'simple citoyen est, à la fois, patient et coupable. Le fait , suivant, rapporté par 17n^ra?isi^eanne 5 novembre 1882, en est la preuve :
Avant-hier, vers quatre heures de l'après-midi, un marchand forain, demeurant rue Labat, 61, M. Pérard, se présentait au commissariat des