‹ La policeChapitre 65 sur 139 · Intransigeant du 23 juin · texte numérisé non relu

Intransigeant du 23 juin

Celte scène hideuse devait malheureusement avoir un épilogue non moins odieux.

Ce que nous allons raconter, tîoms Vavona vu de nos propres yeux. Aussi mettons*nous au défi la police de M. Brissaud de le démentir.

La foule s'était rassemblée devant le commissariat, commentant vivement les divers incidents de l'afTaire conjugale en question, lorsque, tout à coup, s'élançant de la maison du commissaire, un individu portant moiistaches et impériale et qu'à sa mise il était aisé de reconnaîtire pour un agent subalterne, se rua sur un ouvrier placé au premier rang de la foule, et, sans aucune provocation, sans aucun motif, le souflleta, par deux fois, à tour de bras.

Un* immense cri d'indignation s'éleva de toutes parts, devant lequel le l&che policier crut prudent de battre en retraite. Il rentra dans la maison.

Mais, presque aussitôt, en sortit un second personnage à face plus ou moins patibulaire, portant uno épaisse barbe noire, et qui prit à l'égard du public une attitude des plus provoquantes. On le hua. Au même instant, se précipitant sur l'ouvrier qui déclarait hautement ne pas vouloir quitter la place avant d'avoir raison de la brutalité dont il avait élé victime, il essaya de l'entraîner dans l'intérieur de la maison.

L'ouvrier se débattit, réclamant du secours. A la vue de cette nouvelle violence, plusieurs personnes s'interposèrent et forcèrent l'inconnu à lâcher l'ouvrier qui, à son tour, prenant par le bras son agresseur, lui dit : « Vous allez venir avec moi au poste. Là, on saura qui vous êtes. »

L'homme barbu parut ne pas trop mal goûter cette invitation, et se mit en marche avec l'ouvrier qui le tenait toujours parle bras. La foule ^^ suivit.

Les deux hommes arrivaient, par la rue de la Lune, au perron qui conduit au poste du b(|||levard Bonne-Nouvelle, quand, d'un mouvement l>ru8que, le policier se dégagea de l'étreinte de l'ouvrier et appela à son ^de les gardiens de la paix. Alors la scène changea, en un clin d'œil <lu tout au tout.

Appréhendé au corps par son adversaire, le malheureux ouvrier fut littéralement enlevé par les gardiens de la paix et, à coups de pied et ^e poing, introduit dans le poste où, pendant plus de deux minutes, se ^ent entendre ses cris déchirants.

Inutile .d'ajouter qu'il a été consigné à la disposition du commissaire ^e police du quartier. Il a dû môme y passer la nuit et il ne nous semi>ierait pas impossible que M. Brissaud ne poussât le comble jusqu'à le faire poursuivre en police correctionnelle sous l'inculpation de rébellion onvers les agents.

Nous croyons, toutefois^ prévenir ce digne fonctionnaire de M. Camescasse que l'inqualiliable brutalité de ses agents a eu pour témoins dfiux cents personnes parmi lesquelles il ne sera pas bien difficile d'en trouver au besoin pour confirmer la parfaite exactitude des faits inouit? que nous venons de raconter.

Les journaux du 30 juin 1883 ont raconté le fait suivant, qui prouve que Taménité des agents ne varie pas.

Hier soir^ vers huit heures^ un jeune homme, paraissant âgé de dixhuit à vingt ans, se jetait dans le canal Saint-Martin, à la hauteur da pont du faubourg du Temple.

C'était précisément l'heure de la sortie des ouvriers. Aussi se format-il immédiatement un rassemblement considérable sur le quai Jemmapes.

Plusieurs citoyens se précipitèrent au secours du. désespéré, mais ce n'est qu'à huit heures et demie qu'ils le retirèrent de l'eau. On transporta le cadavre au poste de secours de l'Ecluse.

La foule suivait paisiblement.

Tout à coup, six argousins sortirent du poste et se précipitèrent sor les curieux inofiensifs, prodiguant les coups de poing, frappant les femmes et les enfants, et faisant plusieurs arrestations. Comme la fouie protestait, ces dignes policiers tirèrent leurs sabres et chargèrent la foule. Deux d'entre eux se firent remarquer par leur férocité et nous les signalons à la bienveillance de l'assommeur en chef, Ils portent les numéros 115 et 70 du dixième arrondissement.

Le premier a frappé un ciloyeil d'un coup de sabre sur le bras, et en a poursuivi un autre jusqu'à la place de la République sabre nu.}Ës en arrestation, ce dernier put si bien prouver son innocence qu'il fol relâché immédiatement,

Plusieurs citoyens ont été blessés, entre autres M. Lemoine, demeorant rue Sambre-et-Meuse, 56, et qui a la figure ecchymosée, à la suite de coups de poing.

Nous recevons, au sujet de ce scandale, la protestation suivante :

Les citoyens soussignés protestent contre le procédé inqualifiable des gardiens de la paix de service hier, 28 juin 1883, à huit heures et demie du soir, et qui se sont précipités sans motifs sur la foule amassée, près de la passerelle du quai Jemmapes, pour voir un noyé. Sans avertissement aucun, sans provocation de la part du public, les agents, au nombre de six environ, sont tombés à coups de poing et ont tous chargé à coups de sabre un public qui n'avait commis que le crime de curiosité.

Voici, citoyen rédacteur, les faits dans leur plus grande simplicité que les citoyens soussignés livrent à l'appréciation du public :

On signé :

A. Leyy, 14, rue Rambuteau; Longuet (Eugène), papetier, rue de Nemours, 33 ; Adolphe Romon, graveur sur nacres, rue Jouy-Rouve, 14; Atary Lemoine, rue Sambre-et-Meuse, 56.

- Ici absence de lout prélexte. Les agents sb ! une sicaple fantaisie.

Aménités de la police.

M. Wolk-Vdinati, un jeune peintre polonais, se trouvait a,

Oùiapagnie du M. Lang, professeur à Saint-Cjr et aii lycée Loais-le- i Uruadj devant un café ailué à l'angle de la rue Lacùpâde et de la n

Les deux coneommaEeuru traduisaient paisiblement un passage de I LesÛDg, lorsqu'un sergent Je ville, auquel ila no prenaient aucune garde, «aiait violemment M. Wulk, et le traîna à terra avec des injures et d menaces.

Toutes les personnes présentes sur la terrasse, ont Iminédiateinent \ prolesti contre cette înqualIliaLle agression.

M. Lang a envoyé le lendemain, k la Préfecture de polke, lignée de sept léaioins.

Cela prouve qu'il esl bien naïf.

Pudeur de la police ;

En 1879, une femme arrêtée tombe ea convulsions au poste Necker. Elle est complètement déshabillée et doucbée énergique ment avec trois ou quatre seaux d'eau par le , sous-brigadier lui-mêma.

Extrait du Times de ISâû.

H. Grisewood, sujet anglais, s'est trouvé lundi devant l'église Saint- Ausustin le jour de l'anniversaire de Lacordaire.

11 a vu des agtnta saisir une vieille femme par les épaules pour lure circuler. M. Grisewoud, rempli d'indignation, s'est précipité 'aviiOt au secuurs de la femme, en chercliant à repousser la polici âraite et à gauche. Aucun homme de cœur n'aurait pu s'i^mpi^ciier d'exprimer son indignation au moins en paroles, mais M. Grisetvuod nesacbant pas le français ne pouvait employer des représentalions orales. Les agents leBaisirent violemment et l'en traînèrent chez le commissaire. Il n'y aurait pas eu grand mat si on l'avait relAclié après expiicalioD, mais il n'en fut pas ainsi. Âpres deux heures, M. Grisewood fut amené devant l«Mmmiasnire, qui élait A déjeuner. Cclui<ci Ut une instruction sommaire, MHS avoir égnrd è. sa demande J'écrire k l'ambassade d'Angleterre, ou du moins d'avoir un interprète, il lut Qt signer las minutes malgré son îneaiiacilâ d« répondre ou de lire le document qu'il devait signer. ~ AtniaboureB et demie, il fut aliéné rue d'AaiEterdam devant un autre

edu iS août |i

commissaire de police, et le soir à travers la ville, comme un mal&ileur jusqu'au dépôt de la Préfecture de police M. Grisewood y passa la nuit; on lui enleva tout ce qu'il avait sur lui, sauf une trentaine de francs. 11 resta jusqu'au mardi malin sans dormir ni manger. A dix heures du matin il fut, avec les pires vagabonds, placé sur un banc de bois où il attendit deux heures, jusqu'au moment où il fut interrogé par le magistrat du petit parquet. Le magistrat, qui semble avoir rivalisé de brutalité avec les commissaires et les agents, refusa également un interprète au prisonnier. Un homme en uniforme entra et s'adressa grossièrement à M. Grisewood. Levez-vous, Venez ici. Que voulez-vous"? Le tout en mauvais anglais que M. Grisewood comprit à peine. Quel fut Tétonnement de M. Grisewood d'apprendre que cet homme était son interprète: il déclara alors qu'il voulait un interprète anglais. Le magistrat dit à M. Grisewood, avec colère, qu'il faisait semblant de ne pas comprendre l'interprète, et après avoir'consulté un monceau de documents^ il le fît réintégrer dans sa cellule.

Enûn, Mme Grisewood arriva au petit parquet : sachant bien le français, elle donna au magistrat toutes les explications nécessaires et le magistrat annonça que M. Grisewood serait relâché dans vingt minutes. Cependant plusieurs heures se passèrent encore, quoique la femme dont M. Grisewood avait pris la défense eût été relâchée la veille.

Mme Grisewood ayant fait remarquer ce dernier fait, on lui répondit : — C'est parce que votre mari est étranger.

Enûn, après trente heures de mauvais tiaitements, M. Grisewood fiit relâché le mardi, à six heures du soir.

Certains commissaires et même de simples inspecteurs de police, considérant que le Gode pénal et les magistrats ne sont pas assez sévères, croient qu'ils doivent corriger cette mansuétude en commençant par mettre les gens en pénitence.

Un négociant de la rue Monlorgueil a là un magasin payant 5000 francs de loyer, et, dans une autre rue, un autre magasin payant près de 3000 francs ; 8000 en tout.

Il paraît que ces magasins ne lui suffisent pas. Rue Montorgueil, il encombre la voie publique ; soit. Le 11 juillet 1879, un gardien de la paix passe et lui dit : — Désencombrez 1 Le négociant ne désencombre pas.

Le gardien de la paix repasse une heure après, et lui dit :

— Vous n'avez pas désencombré ; vous êtes en contravention.

Le négociant, très occupé, très bousculé, a la parole vive. Il envoie, convenons-en, le gardien de la paix se promener.

Le sergent de ville constate le fait; mais sachant conserver son sangfroid, il se borne à faire son rapport. Le gardien de la paix savait bien, parbleu ! qu'il retrouverait toujours facilement un négociant qui paye 8000 francs de loyer.

-GmI se paœait II une heure de l'aprËa-mîdi. Le lendemain, à deui j heures, le négocinnt est appelé devant le commissaire de polio qaarlier Saint-Deni^. Il y va IranquiUement et il trouve là. ua coni lairo, M. Ilofourmantel, — un nouveau, — qui lui dit ;

— Je vous arpMe. Au dépflt I Et il l'y envoie. Le négociant jreslo vingt- 1

quatre heures, au bout desquelles il coniparail devant un Juge d'ÎDS- I

IrutAion qui le fait aossitût remettre en liberté. Il passe ensuite devant ]

le tribunal de police correctionnelle qai, malgré toutes ses sympathies j

poar la police, le coadamne seulement à 100 francs d'amendu. Pas de 1

Cea feits nr>us montrent l'applicatinn, sous sou plus beau jour, de la 1 théorie que M. Aniirii'iiK a Tait adopter b la police, laquelle ne demandait pas mieux que de la reprendre. Un individu, palcnté, calé, facile ï retrouver, commet un conlravontion. Un sergent de ville la conslale arec des larmes plus ou moins amènes. Le justiciable fai( dos objectione pluB ou moins vives. Le eergenl de ville dit : — Oulragefl I

11 empoigne, il mène au poste, on envoie au dépût un individu qui n'eet passible que d'une simple amende. Flagrant délit, srlicle lOG 1 susceptible pour la poiii^c d'une dilatation étonuanle.

Hais ici, c'est bien plus grave. Le gardien de la paix n'a pas arrêté pour flagrant délit, il s'est borné à rédiger un rapport plus ou moins cotsé : le lendemain, le commissaire de [lotice prend ce monsieur (|ui D'antait certainement pas pria le Irain de Bruxelles pour se soustraire aux conséquences de son altercation avec le gardien de la paix : il l'envoie au dèpût.

Sons quel prétexte ?

Àvouans-le. Le commissaire de police s'est tenu le petit suivant :

— Simple contravention I ce négociant aura une petite amende. Outriges aux gardiens de la paix l Hum I un mot un peu vil, en admet* tant que le sergent de ville n'ait pas exagéra ; il aura une autre pelitS' amende, ce n'est pas une aiTiiire pour lui. Eh bien, je vais lui apprendre à respecter la police eu commençant par l'envoyer passer quelque traipa au d^Ût, en le faisant voyager dans le panier à salade. Je v^' • le mettre en pénitence •. M. Andrieuxa dit que l'iu'ticle 106 nous dOK-'J naît le droit de mettre en pénitence les gens qui nous déplaisaient. Celui-là me déplaît, je l'envoie en prison, je l'embéle, et quand le juge d'instruction le relécliera, il ne pourra pas lui rendre sa prison ce-sera autant de gagné.

Le juge d'instruction l'a en elfi^l rcl&ché, et, h ta rigueur, le commissaire de police n'a peul-Étre pas violé abaolument ta lettre do la loi. Il s'est borné 6, en violer l'esprit pour en faire aux dépens d'un justi-

Seulement est-ce \h le rdie d'un coromisEaire de police ? - Messieurs, n'approfondissons pas le débat L a dit M. Andrieuï'

nunicipal du 29 juillet 1879.

Quelquefois ces arrestations et ces consignations ont des dénouements tragiques.

Les journaux ont publié le récit suivant :

Le 21 décembre 1879 à deux heures de l'après-midi, rue de la Grange- Batelière, une journalière nommée Mme Ninus, et domiciliée, 9, rue des Bluets, causait avec la marchande de journaux dont Téchoppe se trouve au coin du passage JouiTroy.

Elle tenait par la main Tun de ses enfants, une petite fille âgée de six ans.

Signalée par un agent en bourgeois qui — sans preuves aucunes — l'accusait de mendicité, elle fut arrêtée par un gardien de la paix, en dépit de ses protestations les plus énergiques.

Le gardien la conduisit, avec sa famille, au poste de la rue Drouot, où elle fut interrogée sommairement et très brutalement par le chef du poste.

Insultée, traitée de mendiante et de menteuse, elle se défendit de son mieux, mais inutilement.

Après cette première » formalité »,' tout à fait dépourvue de formes, on la mena au commissariat de police de la rue Grange-Batelière.

Là elle demanda à parler au commissaire de police lui-même ; l'inspecteur se refusa absolument à lui laisser voir le magistrat, disant > que c'était inutile, qu'il voyait bien ce qu'elle était, qu'elle irait au panier • à salade >.

De là on la ramena au poste, — toujours avec sa petite fille, — pour y attendre le passage de la voiture cellulaire, qui arriva enfin et la transporta au dépôt.

Elle y demeura trois jours et ne fut délivrée qu'après que l'idée lui fut venue d'écrire une lettre au directeur du Dépôt.

Par suite de cette lettre, elle fut interrogée par un chef de bureau,, qui la fit mettre en liberté après lui avoir fait offrande de 30 centimes.

Or, Mme Ninus, femme d'un maçon, avait quatre enfants, dont le plus jeune, qu'elle nourrissait, était malade, et qui, privé du sein de sa mère, est mort !

Ce récit est complet.

1° Un agent qui dit plus brutalement que le procureur de Paul-Louis : — Empoignez !

2° Cette femme est arrêtée. Naturellement on l'insulte. C'est ainsi que se comporte la police dans TAthènes moderne. Si un Persan jugeait nos mœurs d'après celles de certains employés de bureaux, brigadiers et sous-brigadiers de la police, il ' pourrait conclure que la police

occidentale ne diffère pas sensiblement de la police orientale.

3" La femme arrêtée no peut voir le commissaire de po- | lice; mais on la met li'&s proprement en voiture cellulaire, f Uest vrai qu'on lui laisse sa petite lille.

4° Puis elle est mise au dépôt. Le dépôt, je voua dirai ■ ce que c'est.

5" Mme Ninua reste trois jours aa dépôt, à deux pas du procureur de la République, des juges d'instruction, et n'est délivrée que parce qu'elle écrit une lettre au directeur du dèpôl.

6' On la met en liberté et on reconnaît qu'elle a droit à I une indemnité. On lui offre 30 centimes, le prix de l'omnibus!

7° Mme Ninus nourrissait. Quand elle revient, son enfant est mon.

L'abbé du Chayla, qui dirigeait les dragonnades ( Gévennes, avait inventé le supplice suivant : il altachait une 1 mère qui allailait à un arbre et l'enfant à un autre. Tandis que le sein se gonflait et crevait, l'enfant mourait.

Ces choses se passent encore à Paris au dix-neuvième J siècle; la femme est emprisonnée, l'enfant. laissé chez lui. Le mode d'opiirer diffère, les prétextes aussi : pour lee patients, le supplice est le même.

Mais un enfant mort, ça a une valeur? maïs une femme qu'on emprisonne, ça vaut quelque chose? Sa liberté, son temps, son droit? ce sont des choses qui doivent se payer, 1 L'affaire provoque do l'émotion. Peu de gens se donnent | la peine d'examiner théoriquement à quelles conséquences peut conduire la violation de certains principes abstraits. Cela a'iutéresse pas le grand nombre. Ils n'en comprennent pas l'importance. Un ignorant des procédés de l'algèbre regardera une équation, comme une sorte de logogriphe et haussera les épaules de pitié, en pensant aux gens qui perdent leur temps à s'amuser à tracer sur le tableau ces signes et lettres bizarres. Seulement, si la vio- Ulioa de cette équation se traduit brutalement par L'écrou-

lement d'un pont ou un accident de machine, il seratrès frappé. De même, qu'il y ait certains principes do droit, dégagés par les penseurs ; qu e quelques uns de ces principes soient même inscrits dans nôtre droit public fe't dans nos codes, cela est indifférent. Mais qu'en violalioix de ces principes, un enfant meure ; alors, ces gens, qui no se sont jamais donné la peine de réfléchir à la genèse d©s événements, sont émus et sans rechercher la cause abstraite de cet accident, ils sont secoués de leur apathie et obligés de se demander si tout est pour le mieux dans la meilleure des polices.

Le National^ qui était fort bien avec M. Andrieux, publia la note suivante :

Les reporters, que les nécessités de leur profession amènent quotidiennement au cabinet du Préfet, furent convoqués pour une communication importante^ qui se résuma en ceci :

« Il est exact que la femme Ninus a été arrêtée par erreur, détenoe pendant trois jours sans être interrogée; il est également exact que l'enfant de cette femme soit mort pendant Pemprisonnement — emprisonnement illégal — de sa mère. Mais le journal qui a révélé cette véridique histoire a commis une erreur, en ajoutant que cet enfant était mort d'inanition, c'est-à-dire parce que, pendant (rois jours, sa mère n'avait pu lui donner le sein. Un médecin, commis par TadministratioD, nous affirme que l'enfanta succombé à une atteinte de variole, et que la présence de sa mère n'aurait ni empêché ni môme retardé sa mort Aa surplus, nous savons à quoi nous en tenir sur la femme Ninus : elle n'est en aucune façon intéressante. »

Voilà tout ce que trouve à dire la Préfecture de police.

Le fait n'est pas contesté : une femme est arrêtée par erreur, détenue pendant trois jours sans être interrogée.

Eh bien, oui, c'est vrai. Et il est évident que la préfecture de police sous-entend dans cet aveu :

— Où est le mal? Pourquoi faire tant d'embarras à propos d'un fait de ce genre? Est-ce la première fois que ça arrive? Vraiment les journaux qui se mêlent des affaires de la police sont d'un bégueulisme! Pour une petite entorse à la loi, pour la détention d'une femme, ils font de

ilarras! on en a vu bien d'autres! Est-ce qu'on en ait autrefois? Maintenant, s'il faut faire attention, le ier deviendra impossible !

©ilà évidemment le monologue auquel s'est livré l'au- * de la communication aux reporters, lais les journaux ont encore dit autre chose; ils ont dit cette femme allaitait un enfant et que cet enfant était *t pendant les trois jours d'emprisonnement arbitraire a mère. La Préfecture de police ne nie pas!

— C'est vrai! l'enfant est mort; mais il n'est pas mort lanition; mais il n'est pas mort parce que sa mère n'a lui donner le sein pendant trois jours. « Un médecin, imis par l'administration », a affirmé le contraire à la ►dite administration; car c'est évidemment un fait tout à l normal et habituel que les mères qui allaitent leurs ants les laissent trois jours sans leur donner le sein ; ' c'est un fait tout à fait normal que les enfants soient vés à ce régime d'allaitement intermittent !

Ze médecin, commis par l'administration, qui dit cela 5c cette tranquillité, aurait bien du également dire son tn.

:< Ce médecin, commis par l'administration, » ce médei de faveur, ce médecin de police a trouvé que l'enfant ivait pas souffert de ce sevrage brutal : il est mort de la riole. a La présence de la mère n'aurait empêché ni ême retardé sa mort! » Il manque un petit mot pour que soit complet : elle l'aurait même hâtée.

Puis vient Tinsinuation finale : « Au surplus »! mais i, « au surplus », nous sommes bien bons de donner des plications sur ces détails. « La femme Ninus » savezus ce que c'est? — Non. — Eh bien, « elle n'est pas téressante. » C'est bien fait si elle a été arrêtée, et si son fant est mort. Qu'on nous laisse tranquilles! Dans la séance du 13 janvier 1880, au Conseil municiil, M. Andrieux parla de ce fait avec la plus charmante isinvolture. Il eut des mots piquants au sujet de la mort I cet enfant.

Notre regretté ami, le D' Coudcreau, releva dans une note publiée par la Justice, l'étrange théorie du médecin de l'administration.

Le D' Goudereau était médecin adjoint dans le service de protection des enfants du premier âge. M. Andrieux répondit à cette note par un arrêté furibond dont le dernier considérant donnera une idée :

Mais considérant que M. Goudereau, s'est livré à des attaques inconsidérées soit contre un de ses confrères, soit contre la préfecture de police, attaques qu'il cherche en vain à expliquer par les susceptibilités de la dignité professionnelle ;

Par ces motifs :

Arrête :

Article l*'^ — M. Goudereau, sus-qualiûé, est révoqué.

La Lanterne du 11 avril 1882 publie le fait suivant:

Nous recevons de deux citoyens, dont l'honorabilité nous est spécialement garantie par un certificat de leurs patrons, dûment légalisé, une lettre démontrant une fois de plus que, plus les préfets de police changent.... plus c'est la même chose.

Jeudi dernier, 6 avril, vers cinq heures du soir, les signataires delà lettre en question, MM. Rettler (Jean-François) et Pellou (Léon), employés chez MM. Trapppier-Desbois, entrepreneurs de transports, rue de Bondy, 90, regagnaient, leur journée faite, leur domicile, situé passage d'Allemagne, 14, lorsqu'à 6 heures moins le quart environ, à l'angle des rues Grange-aux- Belles et Glaude- Ville- faulx, ils firent la rencontre d'un de leuis amis, M. Marchai (Alexandre), avec lequel ils s'acheminèrent vers leur domicile.

Entre parenthèse, disons que M. Marchai, qui nous certifie également l'authenticité des faits que nous allons raconter, est un ancien soldat, pensionné de l'État.

Arrivés à l'angle des rues d'Allemagne et Bauret, les trois amis furent soudain assaillis par plusieurs individus qui, sans explication, m sur leur identité, ni sur les motifs de leur agression, les appréhendèrent au collet, les garotérent et les firent conduire par les gardiensde la paix au poste de la rue de Tanger, Inutile d'ajouter que, suivant U coutume, aux justes réclamations de leurs victimes, les agents se bornèrent à opposer des menaces ou des invectives pouvant faire prendre à la foule qui assistait à cette déplorable scène les malheureux ouTfiers pour des criminels de la pire espèce.

Apr^s êlre demeuras environs une demi-heure au poslc 9rB furent Iraneporl^B en liacre au Dépi^l.

11b 7 (ëjournèreat 19 heures, dans des conditions qu'on peut aisément figurer, puis rurcnl. purement et simplement remis en liberlé, lire forme de procèa, sans même avoir comparu devant qui q t, et, bien entendu. Eana qu'aucune nouvelle de leur arrestation eût 6 transmise à leurs ramilles, doi^t on devina lea angoisses. Lft veille, M. Retller avait perdu son frère ; on loucliait à l'échéance 1 terme, toujours si lourde pour l'ouvrier ; en outre, mal renseignée ir le bit en question, la maison Trappicr-Desliois a cru devoir remacer dans leur emploi MM. tielller et Pellou, — ce qu'elle regi'otte isnrément aujourd'hui.

Certains agesta de police comprennent d'une si étrange ^ lanière la solidarité, que le fait suivant, raconté pai' 'Intransigeant du 30 juillet 1883, n'a rien d'éton-

Une bonnâte femme a été arrêtée et maltraitée, presque sous les yeux e son mari, par un individu sur ta profession duquel nous désirerions lie complètement édîQé.

Nous avons cliercbé à avoir le Un mot de cette scandaleuse histoire, t dtna re but, nous nous sommes rendu hier cbezie mari de celte ame, M. Culmels, pharmacien, li, rue Victor-Cousin.

M. Calmels était absent, et c'est à la victime de l'agression ells- Dfane que imus devons le récit do TnlTaire :

— M. Calmels et mut, nous dit-elle, avions été passer la soirée d'hier I ïnj, comme nous le faisons souvent. A'ous en sommes revenus â IBM heures par l'omnibus qui va de la porte d'tvry aux Halles, et Mat descendions le boulevard Saint-Michel. A un moment. M. Calmels ichï mon bras et entra dans un urinuir. Je m'arrélaî à quelques pas.

Tout il coup un individu A mine suspecte, accompagné d'un autre ■■dlyidu à mine plus suspecte encore, qui venaient de traverser la «Us^, t'approchaient de moi et le premiei', m'adros^ant quelques . "rôles que je n'enlendia pas, voulut ma snisir le bras. Je reculai, le "luit de passer saroule. Mais alors, cet individu m'arracha mou para- ■falie, me le brisa et me iai\i;s, un coup de poing au visage. ^Tout cfU s'était passa ïi vile, j'étais tellement abasourdie que je '■Vois pu prononcer une parole.

'Ace moment, M. Calmels vit la scène, se précipita sur le misérable, ~ tandis que son acol jle prenait la fuite, — et lui administra la curreo OQ qo'il méritait. Puis, il le remit aux mains de deux gardiens de ' pain, qui le conduisirent au poste.

Pendant la roule, ce gredin paraissait très sur de lui-même.

An poste il fut Iras insolent avec moi, et m'insulta de la façon la plua

infâme. Il déclara se nommer Victor G..., agent de la sûreté. Mais, se reprenant aussitôt : « de la sûreté... commerciale, p ajouta-t-il.

On comprend quelle fut notre stupéfaction.

Après quelques explications, le chef de poste nous pria de passer hier matin au commissariat, et l'individu resta au poste.

Nous nous rendîmes hier au commissariat. Après avoir attenda très longtemps, nous fûmes enfin introduits auprès du secrétaire da commissaire de police qui, — à notre nouvel étonnement, — s'étendit surtous les inconvénients des, suites d'une plainte,et nous engagea à ne paspoarsuivre.

La Lanterne du 17 août 1883 publiait un récit qui prouve, en même temps que la perspicacité de la police, son ignorance des langues étrangères.

Une famille américaine, composée de M. Heine, de sa femme et d'un ami, est installée à Thôtel Mars, rue du Croissant, depuis quelques jours.

Hier, à midi, M. Heine, malade, marchant avec peine à l'aide de béquilles, est sorti pour acheter des cigares. Depuis on ne Ta pas revu, malgré toutes les recherches faites par sa famille.

M. Théodore Heine parle anglais seulement ; il avait sur loi OM montre en or et une cinquantaine de francs. On se perd en conjectures sur les causes de cette disparition.

Maintenant, M. Heine a été retrouvé devinez où ?A Tasile Sainte- Anne I

Ne parlant pas français, M. Heine, son acquisition faite, s'était égaré, et, croyant toujours retrouver son chemin, avait fini par arriver i l'avenue de Saint-Ouen.

Là, exténué de fatigue, il essaya de demander des renseignements i un passant qui ne comprit pas et poursuivit sa route. Une seconde une troisième tentative n'eurent pour résultat que de grouper aulotf de lui un cercle de badauds, riant et se moquant du malheureax;^ bien que les gardiens de la paix, attirés par le rassemblement, cniieot avoir affaire à un fou et l'emmenèrent au poste.

Et de là, M. Heine fut conduit à la Préfecture; puis à Sainte-Anne. — Toujours comme fou I....

Pendant ce temps, son ami, M. Leymann, l'avait réclamé à la Préfecture. Mais on cherchait au Dépôt, dans les postes, dans les hôtels, dans les hôpitaux.... En désespoir de cause on a fini par regardera liste des aliénés, et on a trouvé M. Heine.

Le plus curieux, c'est qu'à cause de l'heure avancée et du dinonche, jour où les bureaux sont fermés, M. Heine quoique reconna sais d'esprit, n'a pu être rendu qu'hier lundi à sa famille.

Voilà un homme emmené d'abord au posle. Pas un jardien ne le comprend. Donc, il doit filro fou. Brigadier, fOQS avez raison!

Le commisaaire de police ne s'en inquiète pas. Il le met dans le panier à salade. Au Dépôt. C'est simple.

An Dépôl, il y a lin directeur, des agonis. Personne ne s'inquiète de la langue que parle ce prisonnier. Pas la moindre idée de demander un interpvËto.

— il doit être fou!

On le met dans une cellule. Il y a des médecins de la priSieeture de police, entre autres l'illustre Legrand du Siulle. Ils n'hésitent pas. Il est fou. Bon pour Sainte-Anne,

Cet Américain ne parle pas le chinois oti le coréen, langues qu'il est permis d'ignorer. Il parle anglais. Au milieu du tout ce monde enire les mains de qui il passe, personne ne s'en doute; on ne le comprend pas. Il faut qu'il eoii bu. Puissante et rassurante logique des aliénistes du

Enfin, on le relrouïe à Sainte-Anne; mais là, au lien de ï'ampresaer de lui faire des excuses, de lui offrir des dédommagemcnls, on le garde : la forme ! Ces messieurs du bureau ne sont pas là. On ne peut les déranger.

Cet Américain s'en ira évidemment avec une haute idée de cette civilisatioa supérieure que nous voulons aller importer dans tous les coins du globe. La police s'est mon- Irte à la haulenr intellectuelle de M. Camescasse. Tel prifet, tels agents.

Au mois d'août 1883, a éclaté l'affaire (iénin qui a de plus prouvé une fois la viSracitê de mus critiques.

Le 3 août 18811, vers sept Usures dti soir, Mme Gil-ain se Irouvait <l«vial la «tatue de la Hiïpulilicjiie quaiicl alla vit le gsnie Ju oiMclié Kl» Oeurs buuHcuiler un enfaiit i;riiii|jé sur le plédetUf.

HmeGéaiQ s'émut, prit lait et cause pour l'enrnnt mallrailé, qu'ellu ae ctaniiiaMit pax. Aux observations <le In passantn, le gardien répondit Olnti Dément. Brer, ou en vint ari\ gros ijidIs, et Mme lliinin dit a son Bdveraaira : — Voua lHes un bi'ulol. Si vous aviez dus eofaols, voua ne Iraïlaries pas celui-ci de la sortie.

Une altercation eut lieu^ au cours de laquelle elle aurait adressé une injure à l'agent. Aussitôt elle fut conduite au poste.

Le commissaire de police constata le délit d'outrage à un agent et envoya Mme Génin au dépôt. La malheureuse femme y resta cinq jours sans pouvoir recevoir la visite de son mari qui^ durant quarantehuit heures^ l'avait crue morte.

Ce n'est que mardi dernier que Mme Génin a été conduite chez le juge d'instruction. Celui-ci pensa sans doute que Mme Génin avait assez expié un mot malheureux par une si longue détention, et il signa une ordonnance de non-lieu.

Les journaux qui racontent ce fait s'étonnent. Ils ont bien tort. Cela arrive tous les jours. On a produit au conseil municipal on tableau.

J'emprunte la confirmation de ces renseignements à un journal qu'on n'accusera pas d'hostilité de parti pris contre la Préfecture de police, au 802V :

Il est de toute exactitude que Mme Génin a été conduite au violon^ où elle a couché, à la suite d'une querelle avec le gardien chargé de surveiller le monument élevé place du Château-d'Ëau; dans cette diseossion, tous les torts sont du côté du gardien, qui a apostrophé grossièrement Mme Génin.

C'est seulement le lendemain, à deux heures de l'après-midi, qu'après trois heures d'attente sur une banquette, Mme Génin a été mise es présence d'un commissaire de police ou de son secrétaire.

A ce moment, elle était affolée, implorant sa grâce, demandant qu'on avisât son mari, qu'on lui portât les clefs de la maison. « Mes paorres enfants, s'écriait-elle, que vont-ils devenir? »  ces cris d'angoisses, i ces supplications, il ne fut répondu que par ces paroles brutales : «C'éal leur affaire, qu'ils s'arrangent ! » Pui«, ordre fut doni)é de coùduire MflM Génin au dépôt. Il importe de constater que cette mesure a été pritt sans qu'aucun renseignement ait été demandé au commissaire de poliœ du quartier, habité par la malheureuse femme, sans qu'on ait môme reconnu son identité. Aucun agent ne s'est présenté ni chez les voisins ni chez la concierge. Or, les époux Génin jouissent de la considératioo la plus entière.

Ce sont de jeunes ouvrjers aisés, laborieux, qui n'ont jamais donné lieu à aucun reproche. La maison qu'ils habitent rue Laitier, tout près de l'avenue Trudaine, est de très bonne apparence, et leur nid est perché au sixième. Il consiste en une belle pièce, bien meublée, avec lit ^ commode en acajou. Aux murailles, proprement tapissées, sont suspendus quelques dessins. Sur la cheminée, il y a une lampe, des bibelots* On devine dans l'arrangement le goût et la coquetterie d'une femoici Quand je me suis présenté chez Mme Génin, elle était absente; 1^ mari, qui est un jeune homme charmant, ne parle de cet accident

'avec la plus vive émotion, et ses yeux sont encore rouges des larmes 'il a versées.

Pendant quarante-huit heures mortelles, il a cru sa femme assassie. Il a passé ainsi la nuit du samedi et du dimanche sans sommeil, ec son enfant âgé de neuf ans, qui ne cessait d'appeler sa mère, land à prendre de la nourriture, il n*y fallait pas songer. Son gosier serrait, et tout ce qu'il pouvait faire c'était de fumer sans interrupton. tintement lugubre des heures venait de temps à autre raviver sa oleur et accroître ses sombres pressentiments. Le dimanche matin, il eut à la Morgue un moment d'épouvantable Teur. Dans la nuit, le cadavre d'une femme noyée avait été décourt, je ne sais oîi, et le signalement répondant à celui de Mme Génin, eut une longue attaque de nerfs. Ce n'est que lorsqu'il fut revenu à i qu'on put constater la méprise.

Mais il n'en ignorait pas moins encore le sort de sa femme. Au petit rquet, ni le lundi, ni le mardi, on ne put lui donner aucune indition.

Son mari se lamentait et, pour le consoler, on l'invita brutalement à oe pas faire tant de pétard. » Et comme il continuait à protester, un ribe ajouta : « Votre femme doit être retenue pour mœurs. » On ^e de l'indignation nouvelle que provoqua cette remarque, faite d'un * goguenai'd.

Enfin, le mardi, M. Génin découvrit sa femme, mais sans pouvoir re admis à causer avec elle ni connaître la cause de sa détention. La ilheureuse se lamentait aussi de son côté et repoussait les aliments 'on lui ofirait.

Comme je l'avais dit, elle a été fouillée, visitée et jetée dans la salle mmune, oii se trouve le rebut de la société féminine. Cependant, elleait obtenu de garder ses boucles d'oreilles ; mais il lui fallut coucher r une paillasse, se livrer à la vermine pendant cinq mortelles imées.

Enfin, le mercredi elle fut mise en présence d'un magistrat. Pans l'après-midi, elle quittait anéantie, brisée, la Préfecture de •lice, et depuis ce temps son état de santé est devenu presque alarant; elle ressent de violentes douleurs cérébrales. Elle a été obligée cesser tout travail, et son mari, de son côté, a perdu les occupations l'il avait.

Selon son habitude, la Préfecture de police, après avoir »mmencé par calomnier la victime, a essayé de calomnier parquet, en rejetant sa faute sur la magistrature. Cette is, celle-ci s'est défendue.

La Gazette des Tribunaux a répondu :

^ femme Génin a bien été arrêtée le 4 ; le parquet de M. le pro-

cureur de la République n'a été avisé de son arrestation et n*a reçu le procès-verbal, dressé par le commissaire de police, que le 9 août. En effet, ce n'est que dans l'après-midi du 9 que le parquet a reçu les pièces de l'affaire et ce n'est qu'à ce même moment qu'on lui a feil . savoir qu'il y avait depuis cinq jours au dépôt de la préfecture de police une femme nommée Génin.

Aussitôt que les pièces furent remises au parquet, un substitut interrogea la femme Génin, et quelques instants après, elle était mise en liberté.

Le 1®"^ septembre 1883, Mlle Glairiot a adressé la lettre suivante au procureur de la République :

Monsieur,

Je viens, monsieur le procureur, vous soumettre une plainte au sujet d'une arrestation dont j'ai été l'objet, le 31 août dernier.

Voici les faits :

Le 31 août, à six heures du soir, je revenais de mon travail lorsque, sur la route parallèle qui longe le fort neuf, près du petit chalet, je fus assaillie par trois individus qui, sans aucune question, me saisirent à bras-le-corps, à deux reprises différentes, me jetèrent sur le sol et, malgré mes cris et mes appels, ne voulurent pas me lâcher et tentèrent de m'entraîner dans le bois.

Les ouvriers et ouvrières, mes camarades, qui sortent en même teùips que moi de la cartoucherie, protestèrent de l'odieuse façon dont j'étais traitée ; ce que voyant, mes trois agresseurs se jetèrent sur eux et, avec lin bâton dont ils étaient pourvus chacun, frappèrent à qui mieux mieux.

Ce fut une mêlée générale. C'est en ce moment que cinq messieurs ont séparé les combattants et ont emmené deux de mes agresseurs chez le commissaire de police, où j'appris seulement que j'avais en affaire à des agents des mœurs.

Pour garantie de ce qui est cité plus haut, je joins à ma demande, une protestation signée de quarante et un témoins.

Je me permettrai aussi de vous faire remarquer que si cet étal de choses continue, il ne sera plus possible aux ouvrières de quitter leur travail sans courir le risque de se faire arrêter comme moi. Ce que je ne comprends pas surtout, c'est qu'ils aient voulu m'entraîner dans le bois au lieu de me conduire au commissariat de Vincennes^ comme je voulais qu'ils lissent.

Voilà, monsieur le procureur, les faits tels qu'ils se sont passés.

J'ai la conviction que vous voudrez bien prendre ma plainte en considération et empêcher le retour de pareils faits.

Valentine Clairiot, Rue du Terrier, IG, Vincennes.

Les soussignés protestent contre l'arrestation arbitraire de la nommée Ciairiot (Valentine) , et contre les actes de brutalité dont cette jeune ûlie a été victime r

Dufour, rue de riIôtel-dc-Ville, 25 ; Dordé, rue du Terrier, 1 ; Merley, rue de Paris, 10 ; L. Vollon, rue du Terrier, 7 ; Perronnet, rue du Terrier, 12 ; Tessier rue de Paris, 10 ; Labarlhe, rue du Terrier, 7 ; Protin, rue du Terrier, 10 : A. Thièvre, rue de Bagnolet, 10 ; Lacroix, rue du Terrier, 36 ; Longat, rue de la Paix, 39 ; Gœtschy, rnedu Terrier, 15 bis ; Leguillier, rue du Terrier, 46; Ileller, rue du Terrier, 1 Ois; Bondoux, rue du TeiTier, 20 ; Guigny, rue Alexis-Pesnrn, 79 j Perrier, rue du Terrier, 7 ; Barras, rue du Terrier, 20 ; Richard, rue d'Avron, 147 ; Destin, rue de Fontenay, 50 ; H. Martin, rue du Terrier, 42 ; Duchenois, rue de Paris, 45 ; Mme Froment, boulevard Voltaire, 221 ; Morcretle, place Bémult, 3 ; Klématous, villa Saint-Joseph, 2 ; Blandin, rue du Levant, 8 ; Gustave Cabuch, rue de Paris, 92 ; Legroux, rue du Moulin, 30 ; Morin (Constant), rue de Varennes, 8 ; Laffite, rue du Levant, 30 ; Mozard, rue de Fontenay, 18 ; Peyramaure, rue de Paris 83 : 51ercier, rue de Paris, 1 bis ; Champault, rue Léjemptel ; Evanno, rue du Terrier, 13 ; Michelin, rue des Carrières, 76 ; Heitz, rue du Midi, 44 ; Lamy, rue des Longs-Murs, 6 ; Schneiberger, rue de Vincennes, 8 (Montreuil) ; Charbinot, avenue Auber, 34 ; A. Perrier, rue de Neuilly, 43*.

Les commissaires de police vont jusqu'à consigner des témoins dont la déclaration leur paraît importante^.

Un ouvrier, nommé Wurtz, va à 10 heures du soir au commissariat de police pour dénoncer Lipps, qui avait assassiné une veuve. M. Denis, commissaire de police, sans plus de cérémonie, dit : « Consignez-le et amenez-le moi à 10 heures demain matin. » Il expliqua ce sansfaçon en disant que ce n'était point pour son utilité personnelle qu'il avait pris cette mesure, mais pour celle des agents de la sûreté qui devaient seulement venir le lendemain matin à 9 heures.

Voici une Jettre qui prouve d'une façon pittoresque qu'entre témoins et inculpés, la police ne fait pas de distinction quand il s'agit d'arrêter :

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