Temps du 17 mars
Dimanche 8 octobre 1882, vers 11 heures du soir, je revenais de chez un de mes parents en ce moment bien malade et qui demeure rue d'Allemagne, pour me rendre à mon domicile à Pantin, route de Flandre 16; lorsqu'en passant, rue de Flandre à Paris, je remarque un rassemblement y comme tout curieux, je m'en approche, et je vois une femme arrêtée soi-disant pour vol; elle était déjà aux étreintes de deux agents, mais me reconnaissant elle se mita crier. — Tenez voici une personne qui me connaît; n'est-ce pas M. Gonuet, que je ne suis pas une voleuse? Connaissant cette personne, .je répondis : Je ne vous connais pas pour une voleuse ; aussitôt les deux agents demandent si je veax bien les accompagner jusqu'au poste pour faire ma déclaration et tout cela d'une façon polie. En regardant ma montre et voyant qu'il était 11 heures 20, je réponds : Oui, mais que l'on veuille bien activer le pas, car j'avais hâte de rentrer chez moi. Une fois arrivé au poste de la rue de Tanger, les choses ont changé, on commença par prendre mon état-civil et adresse, puis vint le tour de la dame et on la mit au violon sans plus d'explications; voyant cela, je demande à un agent s'il n'y avait pas un Commissaire de police de nuit; il me répond, « Non. » — Cependant, lui dis-je, je crois me rappeler avoir lu dans les journaux, qu'un Commissaire de police serait de service la nuit pour interroger les personnes arrêtées de façon à relaxer celles reconnues non coupables et justifiant d'un domicile, l'on me répond encore: « Je vous dis qu'il n'y en a pas > , et aussi brutalement que possible. Bien, dis-je, nous verrons cela demain matin ; mais le sous-brigadier qui, jusqu'alors, n'avait pas eu ses nerfs, me demande d'un ton brusqae et bourru. — Qu'est-ce que vous dites? — Je dis, Monsieur, que nous verrons cela demain. Alors, ce dernier pris d'un accès de fièvre de vengeance, commande :
— Mettez-moi cet homme au clou, immédiatement.
— Trois agents se jettent sur moi comme des animaux carnassiers s'élancent sur une proie, m'enlèvent ma montre, ma cravate et mon porte-monnaie contenant 57 fr. 95. Voyant cela, je leur dis.
— Mais Messieurs, je ne suis pas un voleur, voici mon adresse. Possédant sur moi une carte de ma profession et une lettre de la Société de secours mutuels de Pantin, je les leur présente. On me rejette tous ces papiers avec dédain. Je leur dis également que j'étais capitaine des pompiers de Pantin, on me rit au nez et on me jette brutalement au clou (encore heureux de ne pas avoir été passé à tabac). Je me trouve donc enfermé avec cinq individus dont deux voleurs et cela jusqu'au lendemain matin, neuf heures, où je suis emmené chez le Commissaire de police, rue de Tanger : ce fonctionnaire, après un interrogatoire très courtois, a bien voulu me mettre en liberté; il eut même l'obligeance de trouver cette arrestation arbitraire et je fis sur place une prolc^^^ tion contre cet acte. On me rendit mes objets et mon porte-ut^i^' naie.
Ce qu'il y a de plus fâcheux encore, c'est que en rentrant chez m-ijune dépêche m'attendait ainsi conçue : Paris numéro 1718, 6 h. 45 soir.
Joindre à nous pour assister aux funérailles colonel Froideveaux, grande tenue, réunion 1 1 heures, place du Chatelet.
Signé ; Olivier-Leroux.
Je n^ai donc pu accomplir ce devoir et rendre les derniers honneurs à notre Colonel, mort victime du devoir.
GONNET,
Tonnelier 16, route de Flandre, Capitaine commandant les Sapeurs-pompiers de Pantin.
Non seulement les commissaires de police consignent, mais un simple inspecteur, comme le prouve le fait raconté par la Lanterne du 26 décembre 1880.
La femme Séchepé a été arrêtée devant la grille des Invalides et condoîte au poste par l'inspecteur Yignon qui, à cet effet, avait requis un gardien de la paix : l'inspecteur Lelièvre, de service au commissariat, consigna et détînt cette femme deux heures durant. Quant au motif de cette arrestation, car il y en a un, quel qu'il soit, la femme Séchepé avait eu Pavant-veille une légère discussion avec la femme du concierge des Invalides. M. Mazuère, Or, celui-ci est au mieux avec l'inspecteur Yignon.
Pour plus amples renseignements, veut-on le libellé de l'ordre d'écrou ? Le voici :
c Consignons au poste, jusqu'à ce soir neuf heures, la femme Séchepé, pour scandale sur la voie publique, d
Elle avait été mise en pénitence.
La Lanterne du 17 avril 1882, raconte :
Jeudi dernier vers neuf heures et demie du soir, M. Vasseur, professeur d'escrime, âgé d'environ soixante ans, domicilié 60, boulevard Montparnasse, passait sur le boulevard Saint-Germain. lorsquMl fut tout à coup apostrophé de la manière la plus grossière par les époux C...., qui lui réclamèrent brutalement le montant d'une petite dette.
M. Vasseur leur fit avec raison observer que l'heure, le lieu et le tangage étaient mal choisis pour une pareille demande et voulut s'étoigner. Mais aussitôt l'homme et la femme se mirent en devoir de le Suivre, vociférant, ameutant les passants, injuriant M. Vasseur et ce, jusqu'à la rue Bac.
À cet endroit se trouvaient deux gardiens de la paix. Le couple les t^quit d'arrêter M. Vasseur et les agents obéirent.
îl.
Le vieux maîlre d'armes fut conduit au poste de la rue du Bac et là tandis qu'il suffisait aux époux C...., de décliner leurs noms pour se retirer, M. Vasseur fut interrogé, fouillé, traité comme le dernier des misérables et finalement mis en cellule.
En vain, réclama-t-il énergiquement l'intervention du commissaire de police ou, à son défaut de l'officier de paix ; en vain, prodoisU-il toutes les pièces nécessaires pour établir son identité ou sa parfaite honorabilité : sa carte d'électeur, un permis de chasse, des quittances de loyer, etc., rien n'y fit, le chef du poste maintint l'arrestation et M. Vasseur dut passer la nuit au poste.
Le lendemain malin, il fut conduit au commissariat de police, 30, roe de Varennes.
Là, il fut reçu par un petit bonhomme paraissant fort affairé, fort pénétré de sa minime importance, mais surtout fort impertinent, ayant enfin tout ce qu'il faut pour représenter fort mal le magistrat qu'il re présentait.
Ce personnage, secrétaire du commissaire de police, après avoir rédigé un procès-verbal absolument fantaisiste des circonstances dans lesquelles M. Vasseur avait été arrêté, s'était absolument mis entête de le lui faire signer. Mais le vieux maître d'armes réussit enfin à démontrer à ce jeune employé qu'il est des papiers de police au bas defr quels ne figure pas la signature d'un honnête homme.
M. Vasseur fit appel à l'intervention dn commissaire de police.
Le commissaire, M. Guénin, parut, se fit expliquer les choses et remit M. Vasseur en liberté.
Calomnies de police.
Au mois de février 1880, les journaux racontèrent le fait suivant :
Mme Auguste Lecomte, demeurant boulevard Voltaire, 269, non» adresse une lettre dans laquelle elle se plaint d'avoir subi des mauvais traitements, d'un agent de police et d'avoir été arrêtée sans raison dans les circonstances suivantes :
Mercredi dennier, vers quatre heures de l'après-midi, en passa»* devant la station de voitures de place située boulevard Picpufi, en fe» du bureau des tramways, elle fut interpellée par un employé de la station qui lui demanda, bien qu'elle ne le connût pas, des nouvelles de SA petite fille.
Mme Lecomte, qui est une femme estimable et bien élevée, d'apr^ les renseignements que nous avons obtenus de la Société Alsace-LorniiA et des personnes qui la connaissent, répondit poliment à cet homme, 0* c'est alors qu'un gardien de la paix, la saisissant par le bras , lui adresiK les paroles les plus déplacées, les propos les plus grossiers en 111ÔÀ6 temps que les plus incohérents, et l'entraîna au commissariat de Yv»*
,e du Bel-Air. Le bureau étant fermé, Mme Lecomte fut conduite au «te de police, rue du Rendez -Vous, et y passa deux heures, jusqu'à ce l'on ait pu s'assurer de son identité. Au poste, elle eut à endurer de >aveau le supplice de s'entendre adresser les épithètes choisies dont .▼ait gratiûée déjà le premier agent.
S'étant trouvée mal et ayant demandé un verre d'eau, on lui prénta une gamelle malpropre, et comme elle refusait de boire, on voulut f contraindre en la menaçant de lui — f... ladite gamelle à la figure. Mme Lecomte a élé relâchée, il est vrai ; c'est une preuve qu'on avait rien à lui reprocher.
Je venais de rentrer au conseil municipal. Après enquête, > posai une question au Préfet de police qui était alors I. Andrieux *.
Voici sa réponse :
« Il s'agit non pas d'une dame Lecomte, mais d'une demoiselle ecomte...
MM. Sigismond Lacroix et Lafont protestent.
M, le Préfet de police , — Je n'insiste pas. Voici comment les faits B sont passés. La demoiselle Lecomte se présente au guichet d'un iosque d'un gardien de la paix préposé à une station de voitures. L'agent approche et lui demande ce qu'elle veut. La demoiselle Lecomte répliae que cela ne le regarde pas et le traite de grossier personnage.
Il est évident que ce récit est tout à fait vraisemblable, ^ne dame s'approche d'un kiosque, et, sans motifs, traite agent de grossier personnage. Mais pour provoquer celte pithète, l'agent n'avait-il point commencé par être grosier ? Naturellement, c'est une question que M. Andrieux c se serait jamais posée. Puis il conclut :
n y avait injure à un agent, par conséquent, délit... A la rigueur, on lirait pu la poursuivre corrrectionnellement.
J'ai parlé dans la Prostitution des dangers que faisait ourir la bande Rabasse aux plus honnêtes gens. En voici ti exemple.