Séance du 19 février
Le 26 avril 1880, la Lanterne publiait le récit suivant:
Il Y a un mois, un Russe^ M; Dimitri K..., fils d'un des plas riehti négociants de Moscou^ se promenait sur le boulevard.
Arrivé à la hauteur de la rue de la Ghaussée-d'Antin, il est acoritt par deux femmes dont il repousse les propositions. Elles dirent alon:
— Tiens ! la chatte blonde qui ne fait pas ses afTaires ce soir! fiel de mauvaise humeur I
Aussitôt doux agents des mœurs se précipitent sur lui, rarrèteoLl proteste. On le bouscule. II est conduit au poste de l'Opéra. Là,iltk malheur de dire :
— Je me plaindrai à la Lanterne !
Les agents l'accablent de coups de poing, sachant bien qu'en agii*
sant ainsi, ils ne sauraient être qu'agréables à M. Andrieuxetà HU rouge.
On l'enferme au violon. Le lendemain matin^ il comparait dvnil M. Taylor. On l'expédie au dépôt. Il y reste du vendredi au dimanck On l'envoie à Mazas.
Les honnêtes agents des mœurs avaient, dans leur rapport, décbiè qu'il s'était livré à plus de vingt provocations en leur présence 1 11 0t vrai qu'ils ne produisaient pas un témoin. Mais c'est leur habitude. Lev rapport fait foi.
M. Dimitri K..., au bout de plusieurs jours de détention, voit arriver le docteur Voisin, qui se livre sur lui à l'examen médical le plus minatieux. Cet examen médical démontre l'insanité du rapport des ageols.
Au bout de vingt-quatre jours de détention, on veut bien mellie M. Dimitri K..., en liberté.
Mais les agents? ont-ils été révoqués?
Ce fait ne démontre-t-il pas une fois de plus que tout homme est à la discrétion des agents de la bande Rabasse?
Ils peuvent, par une accusation de germinisme, lancée comme ils veulent, déshonorer qui bon leur semble. Ces quelques êtres ténébreux sont passés maîtres de Paris.
La Préfecture de police, loin de faire des excuses \ M, Dimitri Kouskine, et de révoquer les agents Sébas tiani, Follet et Biott qui s'étaient livrés à cette jolie espié glerie et avaient si étrangement corsé leur rapport, s'em pressa de le menacer et deTinjurier, du moment qu'il avai l'audace de se plaindre. M. Dimitri Kouskine était asses naïf pour s'étonner de ces procédés dans la lettre suivante, adressée à M. Eugène Mayer, directeur de la Lanterne»
Paris, le 29 avril 1880.
Monsieur le directeur,
Yons avez été un de ceux qui ont parlé de moi avec sympathie, à iropos de l'agression inqualiGable dont j'ai été la victime^ gr&ce à mesieurs les agents des mœurs.
Voulez-vous me permettre de m'adressera vous encore une fois?...
Ne voulant pas se contenter d'avoir arrêté un innocent et de l'avoir oartyrisé pendant vingt -quatre jours, la Préfecture de police a eu Tauace de dire — probablement pour se disculper — que j'étais signalé lepois longtemps (par qui? encore par des filles publiques?!) et qu'elle vait l'œil sur moi.
Eh bien, je défie la Préfecture de police de prouver ce qu'elle avance, les assertions sont aussi fausses et arbitraires que' mon arrestation. ^ai vécu toujours au grand soleil du jour, et ma conduite a été jusqu'à trésent sans tache; du reste, elle le sera jusqu'à la fin de mes joura, Ten déplaise à messieurs les agents secrets. J'insiste, dans mon intérêt x»uime dans l'intérêt de ceux qui pourraient se trouver dans les mêmes ^ndilions que moi.
Agréez monsieur le directeur, etc.
Dimitri Kousckine^ dit Armand Dimitri.
M. Dimitri Kouskine, fort de son bon droit, ne se démoralisa pas et résista; malheureusement cette année, un malheureux n'a pas eu la même force de résistance, comme le prouve le douloureux récit publié par les journaux du 21 avril.
Un suicide à Mazas, — Un suicide vient d'avoir lieu à Mazas, amené, ^%ratt-il, par des causes absolument déplorables. Il y a quelques deux ■Elois, on arrêtait un individu pour attentat à la pudeur et, après une Hquéte sommaire, un deuxième personnage était également mis en Ut d'arrestation, comme complice du premier. Cet homme nia énergi- [Uement les faits qui lui étaient reprochés ; il jura qu'il était innocent, lais les charges qui semblaient s'élever contre lui étaient telles que *on n'ajouta pas foi à son diie.
Cependant, après suixanle jturs, on reconnut que rien ne prouvait sa ulpabililé et ordre fut donné de le mettre en liberté. Le malheureux, omme bien on pense, était en proie, dans sa prison, au plus violent •ésespoir; or, précisément, vaincu par le chagrin, il s'était pendu une
heure avant la levée de l'écrou. Le gardien venu pour lui annoacc rheureuse nouvelle, Ta trouvé mort.
Quand la police a tort, loin de s'excuser, elle menace •
M. Lemaire, employé de l'octroi, est arrêté sans motif, malme*^^' Une fois conduit au poste de la rue Cuvier, le brigadier comprend (X*^ *' doit le relâcher immédiatement : seulement il a le soin, pour luiîtti" poser silence, de lui déclarer « qu'il ferait un rapport à l'administrât îor à laquelle il appartient*.» M. Lemaire est employé à l'octroi, et tel 1^ est la confiance de la police dans la platitude de toutes les administra.tions devant elle qu'elle croit qu'elle peut faire révoquer ceux qu'ell*-' malmène et arrête.
Je ne cite pas toutes les arrestations commises par erreiur- Les agents de police prennent un homme inoffensif pon-^** un grand criminel. Ils l'arrêtent, malgré ses dénégation^ - Je les excuse dans une certaine mesure. Toutefois, le cha^-^ seur qui, dans sa précipitation, tue un chat pour unlapiiv- ^ est condamné à des dommages intérêts et considéré comia.^ responsable de son erreur. Comme il n'en est pas de mènB. ^ pour les agents de police, ils n'y regardent pas de siprè^. Lapin ou chat? c'est toujours du gibier, et ça fait nombre.