Séance du 18 juillet
[ avait rintention de troubler cet ordre qu'il est chargé de sauverder. Là-dessus^ M. B... est appréhendé au corps et traidé au poste. Son cas était extraordinairement simple. Aussi le commissaire de lice se montre peu disposé à donner raison à l'agent. Celui-ci ne se odonte pas pour si peu^ et il déclare que M. B... Ta traité de « canaille de Prussien >. On se demanderait ce que TAllemagne venait faire en
débat, si Ton ne savait pas que les agents n'ont pas l'esprit très rentif, et qu'ils possèdent une nomenclature aussi restreinte que sté- )typée d'injures qui servent uniformément dans tous les procès mtrages.
Néanmoins, le commissaire de police^ M. Baynaget^ prend le parti de lâcher M. B...
Le Oatt^ois ajoute que le lendemain M. Gaubet donnait raison à Fagent
tort au commissaire, en obligeant celui-ci à mander de nouveau devant i le a; délinquant » pour l'interroger.
J'engage Pangloss, convaincu que tout est pour le mieux ans la meilleure des polices possibles, d'aller passer quelnes journées à lapolice correctionnelle. Il verra défiler les élits d'outrages et de rébellion contre les agents.
— Quel délit? .
— Outrage aux agents.
— Voilà, je voulais l'arrêter, dit l'agent.
— Pourquoi?
— Pour rien. Il m'a résisté et m'a dit...
Qu'a-t-il dit? en d'autres termes, en quoi consiste l'ouage aux agents?
M. Reygeal, dans la séance du Conseil municipal, du 13 >vembre 1882, disait :
M. Nicolas aurait menacé l'agent de le faire révoquer par le Conseil ^OQicipal. G^est cette menace qui aurait causé le maintien de son arres- ^^OQ. Il est certain, en efl'et, que si nous vivions dans un pays de liberté, ^ conseiller municipal pourrait avoir le droit de faire révoquer un agent invaincu d'ivrognerie, et c'est le cas de l'agent qui a arrêté M. Nicolas.
A Boi^on ville, un incendie se déclare. Une vieille femme 1 apporte un seau d'eau; mais trop faible, elle ne peut pas dler à la cbaîns. Le commissaire de police la malmène, la )0U8se ce avec une telle violence qu'elle serait tombée à erre si un des assistants ne l'eût retenue. » Son fils,
indigné, accourt et frappe le commissaire. Traduit en police correctionnelle, il fut acquitté, considérant « qu'il ne savait pas probablement que c'était un fonctionnaire dans Texercice de ses fonctions qu'il frappait. »
D'où il résulte que Texercice des fonctions des commissaires de police consiste à jeter les vieilles femmes à terre et que si leur fils prend leur défense, ils sont dans leur tort.
Ceci au nom du « respect dû à Tautorité ». — Noua protestons timidement au nom du respect dû aux citoyens.
Edmond About, dans sa Question romaine, faisant, avec infiniment d'esprit, Tapologie de la douceur du gouvernement papal, dit :
« Le duc Sforza Cesarini assassine à bout portant un de ses domestiques qui lui parlait sans assez de respect. Le pape le condamne à un mois de retraite dans un couvent pour l'exemple.
« Ah I si on touchait à l'arche sainte, si Ton tuait un prêtre, si l'on menaçait un cardinal, il n'y aurait ni asile, ni galères, ni clémence, ni délai. 11 y a trente ans la justice a découpé en morceaux, sur la place du peuple, le meurtrier d'un prêtre. Il y a moins longtemps qu'on a décapité l'homme qui avait montré sa fourchette au cardinal Anlonelli^ ».
En France, on peut dire à peu près ses vérités à tout le monde, depuis le prêtre jusqu'au Président de la République, sauf à l'agent de police. Celui-là est sacré. N'y touchez pas. Ne lui parlez pas ! S'il vous passe à tabac, empressez-vous de dire : merci!
Et encore non. Ce serait imprudent, il pourrait prendre ce mot pour de l'ironie; et l'ironie constitue un outrage.
Ne dites rien : et encore vous ne serez pas sûr d'échapper à la police correctionnelle; car, pour qu'il y ait outrage, il n'est pas besoin que vous ayez parlé ; il suffit qu'il dise que vous avez parlé. Son affirmation est un article de foi.
J'ai entendu certaines vieilles femmes, pour affirmer la réalité de quelque récit, dire : — parole d'évangile! Les magistrats remplacent cette locution par celle-ci : — parole de policier !
L'une et l'autre ont la même valeur.
Des gens, sachant qu'un individu ne doit jamais résister à un agent de police par crainte de ligotage et de condamnation pour outrages aux agents, se font passer pour des employés de la Préfecture. Habituellement, ils se présentent comme agents des mœurs, sachant bien qu'une femme, mise en contact avec un de ces êtres, n'a qu'une chose à faire : le corrompre pour échapper à ses griffes. Quelquefois ils s'adressent à des hommes qu'ils accusent de pédérastie, parce qu'ils sont entrés dans un urinoir. Il faut se méfier des urinoirs, ce sont des guets-apens pour l'honorable bande Rabasse. D'autres, trouvant le jeu trop vieux, essayent de le renouveler en se faisant passer pour agents de la sûreté. Quelquefois, parmi ceux-ci, il y a des complices. Au mois de juillet 1883, la Préfecture de police a elle-même constaté que des agents de la sûreté faisaient commerce de leurs cartes.