‹ La policeChapitre 94 sur 139 · Le Figaro · texte numérisé non relu

Le Figaro

Au mois de mai 1879, le comité radical du VII* arrondissement m'invita à faire une conférence sur la Préfecture de police ; je dis un certain nombre de vérités. Sigismond Lacroix devait faire quelque temps après une conférence sur le même sujet. La réunion fut interdite. On voulait envelopper de silence cette administration. Le ministre de l'intérieur, M. Lepère, prit sa défense « contre les attaques injustes » que j'avais dirigées contre elle; et cependant il avait assisté aux séances de la commission d'enquête; de sous-secrétaire d'État, il n'était devenu ministre que parce que M. de Marcère avait été obligé de lâcher son I portefeuille !

M. Andrieux avait remplacé M. Gigot, Il lançait, à droite et à gauche, des circulaires dont quelques-unes obtinrent un vif succès d'hilarité ; il continua par des communiqués. Mais ce préfet épistolaire ne voulait pas permettre à d'autres d'écrire une ligne sur son administration . La Lanterne, ayant eu le malheur de parler de Tarrestation de Mlle Bernage, fut saisie, par ordre du préfet de police, le 28 j.uin, « sous l'inculpation de fausses nouvelles, » quoique le fait fût absolument vrai. Cette « mesure parut injustifiable », même à Isl République française, qui constata que « M. Andrieux manquait de sang-froid ».

Une interpellation eut lieu le 1" juillet. On pouvait croire que M. Andrieux allait tomber sous la réprobation unanime de la Chambre. Il n'en fut rien. La Chambre était indignée que le même journal, à quatre mois d'intervalle, fît échec à deux préfets de police. Ne cherchant qu'un moyen de le sauver, elle approuva les théories de M. Andrieux, sur l'usage qu'il entendait faire de l'article 10 du code d'instruction criminelle ; et nous avons vu jusqu'à quel point, fort de cette approbation, il l'avait poussé dans la suite. Elle approuva ses déclarations sur l'honorabilité du mouchard compromise par une presse qui se donnait un but de « démoralisation » et contre laquelle son devoir était de le défendre. Elle fut terrifiée

«faand il représenta la Préfecture de poli par <( une bande de bonapartistes «, qui avait cependant eu le machiavélisme d'en faire expulser les bonapartistes les plus acharnés. Il eut cause gagnée, quand, couvert par sa double immunité de député et de préfet de police, il vint, avec l'appui de M. Obristofle, lancer du haut de la tribune des calomnies tout aussi logiques, sous le haut patronage de M. Gambetta, alors président de la Chambre, qui érigea en principe qu'il avait le droit de se servir comme moyen de défense, sans contrôle, sans même communiquer les pièces, des renseignements si sûrs dfl ses mouchards si probes.

M. Andrieux, parlant de la Lanterne, venait de dire :

3 journal; on sait quel argent esl

On demande des explications.

M. Gambetta répond, d'après le Journal offîdel :

U. le Président. — M. le préfet de poiici «Dxqaellos il a 1d droit de faire allusion tout

H eut cause gagnée, car tout le monde trembla souB cette menace de chantage parlementaire : chacun n'a-t-il pas son dossier? et quel est l'homme, si pur est-il, qui soit pour lui-même, soit dans sa famille, chez ses proches, cousins, beaux-pères, beaux-frères, belles-sœurs, grandspères ou grand'mères, n'a point souvenir de quelque peccadille, de quelque prétexte à calomnie, qui, habilement exploité, mis en scène, travesti par l'imagination de la police, peut faire rire à ses dépens, sinon entacher : honneur, le livrer à la pâture de certains journaux qui

vont puiser dans cette administration leurs sujets de great attraction ?

Mais les députés qui absolvent les- préfets de police, quelques méfaits qu'il aient commis, se placent dans une très fâcheuse situation; car immédiatement les gens désintéressés se disent: — « Pour qu'ils répudient ainsi tous les principes du droit public, fondé par la Révolution, pour qu'ils s'aplatissent devant de pareils personnages, il faut qu^ils aient un motif personnel bien puissant. » De là, les déductions, fausses ou vraies; mais M. Gambetta leur a ouvert la porte.

D'après la théorie du président de la Chambre, le Préfet de police peut se borner à user de l'insinuation calomnieuse, car il est bien plus difficile de répondre à une insinuation qu'à un fait précis. A ce moment-là même, la tribune retentissait d'actes d'accusation contre les procédés des jésuites; il n'était peut-être pas très logique de les leur emprunter.

M. Andrieux, fort de ce précédent, ne se gêne plus. Après ses frasques avec le conseil municipal, une interpellation devait lui être adressée le 11 avril. La Presse^ . disait :

Aussi M. Andrieux déclare-t-il tout haut que si le ministre ne parle pas de lui avec éloge et ne le couvre pas complètement, il montera à la tribune et déshabillera en public un peu tout le monde.

Chose étrange ! Cette menace, colportée dans les couloirs parlementaires, bâillonne bien des bouches. M. Andrieux aurait-il des dossiers compromettants et serait-il homme à en abuser ? •

D'un autre côté, V Express annonçait que M. Andrieux aurait dit à oa de ses amis que si, par aventure, le ministère avait eu la pensée de 1* « lâcher », il aurait pu lui en coûter.

Dans l'affaire Eyben, M. Andrieux non seulement falsifia à la tribune les rapports de ses agents, mais

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