‹ La policeChapitre 98 sur 139 · Affaire Jacquol. Extraits du Droit · texte numérisé non relu

Affaire Jacquol. Extraits du Droit

27 mai, la rue Soufllot était occupée par les agents, et elle était presque déserte^ sauf dans certains établissements, et notamment au «^Cercle des étudiants ]>. Nous avons vu les agents 'conduire leurs prisonniersà coups de pied dans le dos : on les a hués ; ils ont paru d'abord n'y pas prendre garde j puis ils sont tout à coup revenus en groupe, aaga* lop; et se sont précipités chez moi, où ils ont fait des arrestations aa hasard et ont tout cassé.

4*» Dufour, rédacteur au Panthéon de Vtndustrie y confirme ce fait et ajoute que plusieurs agents venaient successivement ouvrir les guichets des cellules et criaient aux prisonniers : « Tas de crevés ! tas de cochons ! » Un de nos amis, étant tombé en syncope, par suite d'oa coup reçu à la tète, dit le témoin, ses camarades n'ont pu obtenir de Teau pour le panser qu'au bout d'une demi-heure.

J'affirme, en outre, avoir vu les agents dégainer.

5*» Catoire, négociant, cinquante ans, chapelier, rue de Rivoli. — Ce témoin déclare avoir vu les agents se précipiter sabre au poing sur les consommateurs. A un moment, continue-t-il, je dis à ma femme: c Ne dirait-on pas qu'ils vont arrêter une bande de malfaiteurs? »Ace mot de malfaiteurs, qu'ils ont pris pour eux, ils se sont précipités sur moi; et m'ont conduit au poste tout en courant. L'agent qui me tenait le bras droit s'est écrié : « Si tu bouges, je prends mon revolver et je te brûle la gueule ! » (Murmures prolongés.)

6° Charles Merlaufem, vingt-trois ans, étudiant en droit. — Ce témoin comparaît la tête enveloppée d'un foulard, car il a reçu à la tête un coup de sabre. — Je n'ai vu que le commencement des faits do 27 mai, car j'ai été frappé dès le début de la scène.

 la hauteur de la rue Monsieur-le-Prince , une forte escouade d'agents a barré le boulevard. La foule s'est arrêtée, interdite, ne sachant que faire ; el, subitement, les agents se sont précipités sur elle avec des casse-tête; j'ai vu un individu, en civil, frapper sur des civils, avec une canne plombée. Les agents avaient également des sabres, et il eA est facile de voir que j'ai été leur victime.

J'ai vu une femme violemment frappée, foulée aux pieds. J'allais foir, mais, à ce moment, un agent me prit par les deux poings, et j'ai encore la trace de ses ongles sur les poignets. En même temps un agent me prenait par derrière, m'enlevait mon chapeau, me frappait d'un yiolent coup de sabre sur le crâne, me remettait mon chapeau et m'envoyait rouler d'un coup de poing. (Sensation prolongée.)

M. Goblet intercale sa théorie sur les attroupements et les sommations ; puis, revenant au fait, M. Goblet s'écriait :

Que nous apporte M. de Lanessan ? des dépositions 1 Mais qu'est-ce que des dépositions? Ce sont des déclarations faites en justice sous la foi du sei-mentj^

Et M. Goblet? Qu'apportait-il? Les affirmations de M. le Préfet de police.

Or, toujours au même instant, des dépositions telles que les définissait M. Goblet se produisaient en justice et frappaient d'un démenti chacune des affirmations que faisait le ministre sur la foi du Préfet de police.

M. Goblet s'écriait :

On a cité la déclaration d'un M. Jacquot; répétiteur dans un des lycées de Paris ! Eh bien^ M. Jacquot était un des plus violents^ parait-il, parmi les jeunes gens^ et il est en ce moment poursuivi pour port d'armes prohibées.

Comment une déclaration de M. Jacquot^ qui va être poursuivi en justice, pourrait-elle être considérée comme un témoignage probant par la Chambre?

A la même minute, voici comment étaient confirmées les déclarations de M. Goblet.

M. Oidelj cinquante-cinq ans, proviseur du lycée Louis-le-Grand, vient déclarer que le prévenu est un excellent homme, et qu'il serait tout à fait hors de ses habitudes de frapper qui que ce soit. Il ajoute que le prévenu, retenu chaque jour au lycée par ses fonctions, n'a jamais pris part aux précédentes manifestations.

Ernest Jacquot, vingt et un ans, maître répétiteur au lycée Louisle-Grand.

D. Vous êtes prévenu de violences et d'outrages envers les agents ; TOUS auriez crié : « A bas les sergots et l^s assassins l » — R. C'est inexact; j'ai été assailli subitement par un agent et je porte encore la trace d'un coup de casse-tôte.

D. Est-ce un agent qui vous a porté ce coup? — R. Oui; car en me le donnant, il m'a dit : « Tiens, cochon, tu en es aussi, toi ! » .L'agent conteste absolument les déclarations du prévenu et le traite expressément de menteur. « C'est le prévenu, dit-il, qui m'a frappé d'un coup de nerf de bœuf qu'il avait acheté, la veille, pour nous frapper. » (Murmures.)

• M. le substitut Jacoby fait observer au témoin qu'il ne devrait pas apporter à la barre de pareilles allégations.

M* Trarieux. — 11 y a un an qu'il possède celte canne 1 Dans tous les cas, mon client porte au sommet de la tête la trace d'un coup violent. Où a-t-il reçu ce coup?

L'agent, — Est-ce que je sais, moi ?

M' Trarieux, — Pardon, vous avez déclaré dans votre rapport que vous le saviez, et que c'était en se frappant contre un arbre.

M. Rollin, maître-répétiteur au lycée Henri IV, affirme que AL Jacquoi possède depuis plus d'un an la canne qu'il portait le soir de son arrestation.

M. Trarieux produit en outre un certificat médical duquel il résulte que ce belliqueux jeune homme a reçu un coup de sabre sur la tête, et le tribunal l'acquitte, — en dépit des appréciations de M. Goblet. — « Attendu qu'il reconnaît avoir levé sa canne surTagent Dautrampuis,inai8 qu'il résulte d'un certificat de médecin qu'il avait reçu un coup sur la tête, sans qu'il soit établi que ce coup ait été porté par l'agent Dautrampuis, — et qu'il affirme ayoir levé sa canne par suite d'un mouvement instinctif de défense... »

M, Goblet faisait de M. Gatoire, qu'il écrivait « Catouait», un homme dangereux qui devait être poursuivi.

Il ajoutait :

En effet; il y a eu quelques blessures assez sérieuses; il y a celle de M. Aubry. Je dois ajouter que, d'après le témoignage de M. le préfet de police, M. Âubry a été pansé dans le poste même et ensuite coDdait à THôtel-Dieu. M. Aubry ne conservera aucune trace de la bessure qu'il a reçue.

Si M. Aubry se plaint, après cela, il faut avouer qu'il a bien mauvais caractère!

Puis, M. Goblet reprend :

Et du côté des agents? Je vous ai dit que quatre-vingts agents étaient engagés; savez-vous combien ont été blessés? 11 y a eu vingt agents blessés, dont six par des instruments tranchants.

Par malheur, on n'en a exhibé qu'un seul en police correctionnelle : et encore .celui-là était-il impliqué dans l'affaire Margery.

M. Goblet continue :

Sur 34 jeunes gens arrêtés les 26 et 27 mai, il y avait 14 étudiants; te reste sont des jeunes gens qui n'appartiennent pas aux écoles.

Il y a eu 34 arrestations, il n'y a eu que 18 inculpés en olice correctionnelle, sur lesquels 3 seulement n'apparteaientpas à la jeunesse des écoles.

Le ministre, emballé, s'écrie :

Parmi ces jeunes gens, il y a des élrangers ; il y en a un qui a porté in coup de couteau catalan sur la main d'un sergent de ville; arrêté; 1 a commencé par donner un faux nom.

C'est dans ces termes qu'il parle d'un officier de l'armée oumaine, le neveu du Ministre de l'intérieur de Roumanie. 1 y avait dans le dossier deux rapports constatant que e jeune homme avait été arrêté deux fois dans la même oirée, à un quart d'heure d'intervalle. — La déclaration lu gardien de la paix blessé a été reconnue inexacte, et il a té acquitté du chef de coup de couteau à l'agent de police.

On va voir la certitude des renseignements fournis par a police à M. Goblet. Il veut bien concéder l'affaire Mar jery, et il s'écrie :

Je connais l'histoire de M. Margery. Pourquoi la punition n'est-elle >as intervenue ?

Nous avons demandé l'adresse de M. Margery, que nous avons fait rechercher. Le lendemain de ces faits, M. Margery avait passé son dernier examen de doctorat, et il avait quitté Paris pour faire un voyage de vacances; on ne sait où il est en ce moment.

Au moment où M, Groblet faisait, de la part de la police, cette déclaration solennelle, M. Margery déposait devant le tribunal correctionnel :

Margery, vingt-trois ans, docteur en médecine. — J'ai été saisi H arrêté, et l'on m'a conduit au poste du Panthéon avec beaucoup ^'autres personnes. On nous avait mis douze ou quinze prisonniers ^ans une cellule, où nous étouffions tellement que nous étions obligés ie nous mettre à tour de rôle au guichet pour respirer. Quand ce fut ■ïion tour de respirer, un agent me cracha au visage. (Murmures.)

D. Avez-vous pu prendre son nom?— R. Non, on m'avait cassé

mon lorgnon, en sorte que, comme je suis myope, je n'ai pu voir qui c'était.

Un jeune homme de l'auditoire se lève alors et déclare avoir été témoin de la souillure infligée lâchement à M. Margery*.

M. Goblet prenait, sous sa responsabilité, cette déclaration :

La police, d'une façon générale, a fait son devoir. . .

Au moment où le ministre de rintérieur, au milieu des ce très bien I très bien I de la gauche et du centre », approuvait ainsi la police, le tribunal de police correctionnelle, qui c ependant réserve plutôt ses faveurs à la police qu^aux simples citoyens, rendait un jugement dans lequel on trouve l'attendu suivant :

R Attendu qu'une surexcitation assez vive s'est manifestée, soitda côté des agents de la force publique, — surexcitation qui s'expliqw par la persistance des manifestations qui n'ont cessé de troubler le quartier depuis un certain temps, — soit du c6té des personnes coiDposant les rassemblements;

« Attendu que, d'un autre côté, certains agents paraissent avoir manqué de modération dans l'exécution des ordres qui leur avaient été donnés, et que certaines personnes ont été blessées ;

Et le tribunal condamnait un seul inculpé à une simple amende.

M. Goblet voulait donner un cachet démocratique à ce» assommades :

Nous faisons respecter l'ordre par les ouvriers que peuvent troabkr et entraîner leurs intérêts; nous le ferons respecter par les fils de hovS' geois, pour qui il ne peut pas y avoir de privilège... (Très biei très bien I)

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