‹ La policeChapitre 99 sur 139 · Extrait du Droit · texte numérisé non relu

Extrait du Droit

Nouveau genre d'égalité : c'est l'égalité devant le cassetête.

Sans doute, c'est là ce qu'il entendait en disant :

Il y a eu dans le régime de la police de réelles améliorations par les hauts fonctionnaires qui l'ont dirigée dans les derniers temps.

Sur la foi de M. Camescasse, M. Groblet émettait ainsi une série d'assertions : le jour même, chacune de ces assertions recevait un démenti au tribunal. M. Goblet félicitait la police ; le tribunal la condamnait.

Telle est la foi des ministres dans les préfets de police qu'il n'est pas venu à l'idée de M. Goblet de jeter, le lendemain, un coup d'oeil sur les débats du procès dans la Gazette des Tribimaux et le Droit, Il était probablement si occupé avec les 85 autres préfets de France qu'il n'a pas eu le temps de lire même le jugement, autrement il fût monté à la tribune, et il eût dit à la Chambre :

— Messieurs, sur la foi de M. le Préfet de police, j'ai nié le guet-apens, j'ai nié les réverbères éteints, j'ai nié les casse-tête, j'ai nié les sabres dégainés, j'ai nié les agressions de la police, j'ai diffamé des victimes et des témoins, je viens vous faire mes très humbles excuses et flétrir le Préfet de police qui avait eu l'impudence de me faire apporter devant vous de pareils mensonges 1

Non seulement M. Camescasse eût été chassé de son poste, comme un imposteur, mais il eût été poursuivi ainsi que M. Cuche pour attentat contre des citoyens paisibles.

M. Cuche fut nommé chevalier de la légion d'honneur, le 14 juillet ; prime et encouragement évident aux officiers de paix disposés à manger du Parisien !

M. Camescasse est toujours préfet de police ; M. Goblet tombait du ministère six semaines après.

3kk LES COMPLICES.

Quand les préfets de police ont compromis le gouvernement, il faut que les ministres de l'intérieur et de la justice se jettent à Peau pour les sauver. Depuis 1879, ils sont devenus leurs terre-neuve. En voulant les repêcher, ils se sont quelquefois noyés eux-mêmes, comme M. de Marcère, comme M. Lepère, qui rattrapa M. Andrieux, mais de l'effort tomba, comme M. Gonslans qui^ présentant un projet de loi spécial pour sauver M. Andrieux, fut écrasé sous le poids, comme M. Gazot qui, prenant la défense de Tirresponsabilité de M. Andrieux, se compromit, comme M. Goblet qui, servant à la Chambre, et prenant pour siens les mensonges de M. Gamescasse, culbuta après sous la pichenette de M. Blancsubé et ébranla si bien le ministère Freycinet qu'il croula au premier choc.

Les ministres tiennent à leurs préfets de police comme à des porte -veine. Ils n'ont peut-être pas tort de les considérer comme tels ; mais les préfets de police ont le droit de répondre : — La preuve que c'est une calomnie, c'est que nous sommes toujours, pour eux, des porte-malheur.

D'après l'article 1" de l'arrêté du 13 messidor an VIII, le préfet de police exerce ses fonctions sous l'autorité immédiate des ministres ; il serait peut-être plus exact de dire que ceux-ci exercent leurs fonctions avec sa tolérance.

Depuis longtemps, même, il a pris l'habitude de conférer avec le chef de l'État, ce qui est inadmissible dans un gouvernement constitutionnel.

M. Léon Renault avait acquis une grande influence aur le maréchal de Mac-Mahon, qui disait :

— Il est étonnant, ce Renault, il sait tout !

M. Voisin conserva le même prestige : le maréchal répétait :

LE GOUVERNEMENT ET LA, POLICE. i

— li est élonnant, ce Voisin, ilaail tout !

Dans son opinion, les préfets de police étaient beaucoup plus forts que les ministres, et, pour lui, l'homme et la fonction étaient si intimement liés qu'il ne distinguait pas entre eux. Je ne auis pas bien sûr que M. Jules Grévy n'ait pas conservé nn peu la mémo illusion.

Le préfet do police parait un être tellement irresponsable, qu'après le 16mai,lacommis9Îoad'enquêlequi aboutit su rapport BrissDD, demandant la mise en accusation des ministres, envoya des dépulés dans les divers déparlomeuts : elle n'oublia qu'une chose, faire l'cnquèle auprès de la Préfecture de police ; comme si ce n'éiait pas de là qu'en 1851 était sorti le coup d'Etat ; comme si elle avait subi de grandes transformations, s'était épurée^ comme si de citadella de la léaction, elle était devenue une citadelle de la République !

En 18â9, l'Empire avait commencé une enquête adminialrative, sans publicité. Au bout de quelques semaines, on laju^ca tellement dangereuse qu'elle fut interrompue. Les procès-verhauï doivent se trouver chez M. D..., qui en était secrétaire et qui, actuellement, est employé au minisle™ de l'inlÉrieur. On se gardera bien do les publier, pas plus qu'on n'a publié tes procès-verbaux de la commission d'enquête de l^ld. Le gouvernement nu demande qu'une chose : qu'on ne parle pas de la police.

Le lendemain du jour où je déclarai que j'étais le Vieux petit employé, le premier mouvement du Conseil des ministres fut de ma mettre en prison. On ne pouvait plus me poursuivre pour les articles publiés par lu Lanterne. On examina alors s'il n'y avait pas moyen d'échafauder une accusation pour corruption et embauchage d'agents. Seulement, malgré tous ses eSorts pour trouver un comroencemeutde preuves, le ministère fut obligé de renoncer k ce projet.

de demander à la Chambre un bill d'indemnité. » Cette opinion ne fut pas isolée ^

Je trouve que M. Antonin Proust n'a pas poussé sa thèse jusqu'à ses dernières conséquences. Expulser le prince Napoléon n'était pas plus une solution que l'emprisonner. Louis-Napoléon Bonaparte, le comte de Chambord, les princes d'Orléans ont prouvé que l'exil ne débarrasse pas un pays de ses prétendants. La suppression est le seul remède vraiment radical. En vertu de la théorie exposée ci-dessus, le gouvernement eût dû exécuter tout simplement, le matin même, le prince Napoléon, en vertu de son droit de hairte police, et venir ensuite demander un bill d'indemnité à la Chambre des députés.

Mais ce droit de haute police, où se trouve-t-il inscrit dans notre droit public? dans nos codes? N'est-ce pas tout simplement une nouvelle dénomination de cette chose qu'on a appelée la raison d'État, le salut public, et qui ne mérité qu'un nom : le bon plaisir, l'arbitraire du pouvoir, que ce pouvoir soit celui d'un roi, d'une Convention ou d'un empereur?

Les traditions de l'ancien régime, de la loi de Prairial, du premier Empire, du régime des délateurs, les coups d'État, les révolutions, les réactions, les proscriptions, les entreprises de toute nature qui ont déchiré la France; notre absence de principes dans notre conduite politique; son organisation, Tétendue illimitée de so^^pouvoir et de sa compétence, ont assuré à la Préfecture de police dans l'État, à l'égard de tous les pouvoirs publics, une situation prépondérante, admissible dans une autocratie, où la puissance du souverain n'est limitée que par le risque qes conspirations, comme la Russie, mais incompatible avec un gouvernement qui, basé sur une constitution, a un pouvoir limité par la loi, et qui ne doit avoir qu'un moyen de pression : la discussion ; qu'un point d'appui; l'opinion.

1. Compte rendu de la séance des bureaux. Rappel du 23 janvier

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