PRÉPARATION DU SÉRUM ANTIPOLIOMYÉLITE AU MOYEN D'ANIMAUX
Actuellement, la thérapeutique de la poliomyélite devrait comprendre deux temps : un traitement d'assaut avec le sérum simiesque, à pouvoir immunisant élevé, dont la production est, de tous points, comparable au point de vue de la physiologie pathologique à celle du sérum de convalescent; ultérieurement un traitement par du sérum équin rigou-
reusement titré. La méthode idéale consisterait à n’admi- nistrer aux poliomyélitiques que du sérum à très haut pou-
voir immunisant. Malheureusement, je ne puis produire
qu'une quantité infime de sérum simiesque, qui est très bien supporté par l'organisme humain.
Deux espèces animales servent à préparer le sérum antipoliomyélite : le cheval et le singe. Le sérum d’origine équine est obtenu en inoculant un cheval avec du virus poliomyélitique. Au bout de trois mois environ, le sérum est soumis à un titrage. Les seuls chevaux fournissant un sérum immunisant sont retenus pour la récolte du produit médicamenteux. En effet, administrer du sérum de cheval dont le pouvoir immunisant n’est pas établi, ce n’est pas faire de la sérothérapie, mais de la protéinothérapie ou de la thérapeutique de choc. On ne saurait prétendre à faire de la sérothérapie antitoxique à moins d’avoir établi que le sérum employé renferme des substances immunisantes (immunisines, antitoxines).
Il n’y a pas d’autres obstacles à préparer, en quantité quelconque, du sérum antipoliomyélite de cheval, que des difficultés matérielles.
Pour obtenir ce produit, il faut des chevaux et du virus provenant du singe.
On peut facilement calculer ce que coûtent l’achat et l’entretien d’un cheval. D'autre part, sur un lot de chevaux préparés pour obtenir du sérum antipoliomyélite, un tiers des animaux, tout au plus, fournit un produit riche en immunisines. Quant au prix d’achat des singes, il est très élevé; leur nourriture (pain, bananes, pommes, oranges, figues, carottes, lait) est onéreuse; le local qui les abrite doit être maintenu à 18° centigrades pendant les deux tiers de l’année.
L’inoculation périodique d’émulsions de centres nerveux d'homme ou de singe ayant succombé à la poliomyélite fournit un sérum dont A. Netter (1926) a «pu personnellement reconnaître l'efficacité déjà constatée par Étienne, Debré, Babonneix, etc. On n’est donc plus obligé de recourir au sérum des convalescents, dont l’approvisionnement, on le conçoit, n’était pas sans difficultés. Le sérum de cheval immunisé donne des résultats aussi bons que le sérum humain.»
Après vaccination, les singes peuvent recevoir impunément de fortes doses de virus; en quelques semaines, leur sérum acquiert un pouvoir immunisant élevé, et constitue ainsi un
LA POLIOMYÉLITE LÉ
agent thérapeutique très actif, incapable de transmettre au patient une maladie infectieuse. Cette technique nécessite l'emploi de cynocéphales pesant de dix-huit à vingt kilogrammes dont le prix d’achat est élevé, l’entretien onéreux. le maniement très laborieux et dangereux.
Les colonies françaises, où abondent les singes, rendraient service à la collectivité en faisant capturer et en expédiant à l’Institut Pasteur les animaux indispensables à l’obtention du sérum antipoliomyélite. |