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20 L'organisation de la Cité athénienne avant Clisthènes.
comme synonyme d’homogalaktes; c’est à ce dernier mot qu’Isée fournit un exact équivalent en employant sungeneis. Aïnsi Isée, dans la phratrie, aperçoit deux espèces de membres, les orgéons et les gennètes, et, en effet, il en était ainsi de son temps.
Il me reste à parler de deux textes assez obscurs d'Harpocration et de l’Etymologicon Magnum. Harpocrationt a tout à la fois sous les yeux Aristote, Isée et Philochore, il remarque les différences qu'il y a entre eux: il ne peut admettre, avec Isée, que gennètai soit synonyme de sungeneis; il reprend à Philochore les homogalaktes; il emprunte à Aristote, comme point de départ, l’idée que les gen sont factices, et n’apercevant pas que tous ces témoignages se rapportent à des époques différentes, il s’eflorce de les combiner et de les concilier. Sont gennètes, d’après lui, non seulement les parents, ceux qui appartiennent à la même race, mais encore ceux qui furent dans le principe répartis dans les genê. Il dit donc bien qu’il y a deux espèces de gennètes: les gennètes en vertu du sang et les autres; mais à tous il applique les mêmes noms: ils sont tous γεννῆται où ὁμογάλακτες; il supprime la distinction de Philochore, lequel, dans la phratrie voyait deux espèces de membres, les homogalaktes ou gennètes et les orgéons. Il tient avant tout à insister sur le caractère factice qu’il attribue au genos et à rectifier l'opinion d’Isée qui implique la parenté des membres du genos.?
1 Harpocration: l'evvrau, οἱ τοῦ αὐτοῦ γένους χοινωνοῦντες. Διῃρημένων γὰρ ἁπάντων τῶν πολιτῶν κατὰ μέρη, τὰ μὲν πρῶτα χαὶ μέγιστα μέρη ἐχαλοῦντο φυλαί, Exaotn δὲ φυλὴ τριχῇ διῴρητο xai ἐχαλεῖτο ἕχαστον μέρος τούτων τριττὺς καὶ φρατρία" πάλιν δὲ τῶν φρατριῶν ἑκάστη διήῴρητο εἰς γένη À, ἐξ ὧν αἱ ἱερωσύναι αἱ ἑχάστοις προσήχουσαι ἐχληροῦντο. Ἔστι δὲ παρὰ πολλοῖς τῶν ῥητόρων τοὔνομα ὡς καὶ Δημοσϑένης ἐν τῇ πρὸς Βυβουλίδην ἐφέσει. Ἰσαῖος δ᾽ ἐν τῷ περὶ τοῦ Ἀπολλοδώρου χλήρου, τοὺς συγγενεῖς γεννήτας ὠνόμασεν" οὐχ οἱ συγγενεῖς μέντοι ἁπλῶς καὶ οἱ ἐξ αἵματος γεννῆταί τε χαὶ ἐχ τοῦ αὐτοῦ γένους ἐχαλοῦντο, ἀλλ᾽ οἱ ἐξ ἀρχῆς εἰς τὰ χαλούμενα γένη χατανεμηϑέντες. Φιλόχορος δ᾽ ἐν τῇ τετάρτῃ φησὶ πρότερον ὁμογάλακτας ὑνομάζεσϑαι οὺς νῦν γεννήτας καλοῦσιν.
? En un autre endroit, Harpocration affirme que la phylè se subdivisait en 3 phratries, en 3 trittyes, en 3 classes ἔϑνη: il invoque l'autorité d'Aristote. Harpocr., τριττύς᾽ τριττὺς ἐστι τὸ τρίτον μέρος τῆς φυλῆς"
11. Les non-nobles et l’organisation symétrique de la Cité. 21
Ajoutons encore un passage de l’Etym. Magnum. D’après lui, les gennètes sont ceux qui ont en commun des associations religieuses, ὀργίων», familiales, συγγενικῶν, ou certaines divinités, d’où on les appelle orgéons, soit qu’ils appartiennent à la même race, soit qu'ils possèdent, depuis l’origine, des cultes communs. J'avoue ne pas bien saisir ce mot συγγενικῶν, qui me paraît en contradiction avec les derniers mots, mais, à part cela, l’idée est claire: gennètes et orgéons sont synonymes et le signe auquel on les reconnait est la communauté
αὕτη γὰρ dujontas εἰς τρία μέρη, τριττῦς καὶ ἔϑνη χαὶ φρατρίας, ὥς φησιν Ἀριστοτέλης, ἐν τῇ Αϑηναίων πολιτείᾳ.
Ce texte ne paraît pas provenir directement de la Politeia des Athéniens; la division en phratries et la division en trittyes venaient, chez Aristote, en des endroits différents et celle en ἔϑνη paraît lui avoir été étrangère. Le texte d'Harpocration repose donc sur une combinaison de plusieurs passages d’Aristote et d’autres auteurs. Même combinaison et même confusion chez Pollux: lui aussi est préoccupé d’affirmer le caractère factice des genê. Dans III, 52: ἐχαλοῦντο δ᾽ οὗτοι (les trente &vdoss de chaque genos) xai ὁμογάλαχτες καὶ ὀργεῶνες; il établit une synonymie qui a pour but de le débarrasser de la difficulté que crèent les deux noms: au lieu de désigner deux catégories différentes de membres des phratries, ils s’appliquent tous deux aux membres des genê. De même, VIII, 111. Voici le passage en entier: Ὅτε μέντοι τέσσαρες ἦσαν αἱ φυλαὶ, εἰς τρία μέρη ἑχάστη διῴρητο, χαὶ τὸ μέρος τοῦτο ἐχαλεῖτο τριττὺς χαὶ ἔϑνος χαὶ φρατρία' Exaotov δὲ ἔϑνους γένη τριάχοντα, ἐξ ἀνδρῶν τοσούτων, ἃ ἐχαλεῖτο τριαχάδες"͵ καὶ OÙ μετέχοντες τοῦ γένους, γενῆται, χαὶ ὁμογάλαχτες, γένει μὲν οὐ προσήκοντες, ἐκ δὲ τῆς συνόδου οὕτω προσαγορευόμενοι. Τρία δὲ ἣν τὰ ἔϑνη πάλαι, εὐπατρίδαι, γεωμόροι, δημιουργοί. Pour finir, Pollux mêle tout: les phratries, les trittyes, les classes. Que veut-il dire? Que dans la phratrie, les trois classes étaient représentées? C’est l'interprétation indulgente de Gilbert, Handbuch, 1, ἘΠ Ἐ1Π3..2:
Il y a ici une confusion, laquelle montre que Pollux n’avait pas, sur ce point, comme sur quelques autres, d’idée nette. Cf. Stojentin, De J. Pollucis . . . auctoritate, Breslau, 1875.
1 γενῆται" ἐπὲ γένους σύστημα ἐκ τριάχοντα ἀνδρῶν συνεστός" OÙ οἱ μετέχοντες ἐχαλοῦντο γενῆται, οὐ κατὰ γένος ἀλλήλοις προσήχοντες, οὐδὲ ἀπὸ τοῦ αὐτοῦ αἵματος" ἀλλ᾽ ὥσπερ οἱ δημόται καὶ οἱ φράτορες ἐχαλοῦντο νόμων χοινωνίαν τινὰ ἔχοντες, οὕτω καὶ οἱ γενῆται συγγεγνιχῶν ὀργίων ἢ ϑεῶν" dp ὧν ὀργεῶνες ὠνομάσθησαν" ἢ οἱ ταὐτοῦ γένους μετέχοντες" ἢ ἀπ᾽ ἀρχῆς κοινὰ ἱερὰ ἔχοντες" οἱ δὲ ὁμογαλάχτους φράτορας συγγενεῖς τοὺς γενήτας. Ce texte à peu près sous la même forme dans Bekker, Anecd., 1, 227.
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du culte. Encore une fois, l’auteur cherche à concilier et à fondre des témoignages qui s’appliquent à des époques différentes: il a trouvé, dans Aristote, le mot γεννῆται, comme un terme technique, ne concernant que les membres des anciens genê au moment où il n'y avait dans la phratrie, comme membres actifs, que des gennètes; d’autre part, il voit chez Philochore, Isée, etc. qu'il y a, dans les phratries, des orgéons. Il se tire de la difficulté en mêlant tout et en identifiant orgéons et yevvitau.!
On pourrait estimer que c’est perdre son temps que de vouloir tirer de ces deux derniers textes une idée précise: pas tout-à-fait! Leurs auteurs n’ont pas compris Aristote, pas plus que les autres écrivains dont ils lisaient les textes. Cette constatation est d’un certain prix. Ils ne les ont pas compris, parce qu’ils n’ont pas su faire la distinction des époques. C'est ce que nous avons tâché de faire et l'opinion que nous défendons ἃ au moins cet avantage de donner raison, quand il le faut, à Aristote, quand 11 le faut encore, à Isée, à Philochore, à Dracon: à chacun pour le moment dont il parle. Ainsi ces deux textes, en contredisant notre opinion, établissent, dans une certaine mesure, son exactitude.
Un grand changement s’est donc opéré dans la constitution de la phratrie, depuis l’époque primitive que nous ἃ décrite Aristote: les phratries ont perdu leur caractère purement aristocratique; les non-nobles font partie intégrante des cadres de la cite.
1 Orgéons désigne en général les membres d’une association religieuse, comme chez Photius, infra, et dans la loi de Solon citée par Gaïus, Dig. XLVIL, 22, 4. Thiase est synonyme d’association d’orgéons: il signifie en général une association religieuse quelconque, et spécialement une association de non-nobles en vue de participer au culte gentilice. Le mot dans son sens général: Isée, IX, 30: εἰς τοίνυν τὰ ἱερὰ ὃ πατὴρ ὃ ἐμὸς τὸν Ἀστύφιλον παῖδα ἦγε us ξαυτοῦ ὥσπερ χαὶ ἐμὲ πανταχῇ" καὶ εἰς τοὺς ϑιάσους τοὺς Ἡραχλέους ἐχεῖνον εἰσήγαγεν, ἵνα μετέχοι τῆς χοινωνίας. Cf. Foucart, Des Associations religieuses chez les Grecs, et Ziebarth, Griech. Vereinswesen. Le mot orgéons paraît plus ancien que le mot thiases. Phot. s. v. ὀργεῶνες" Σέλευχος δὲ ἐν τῷ ὑπομνήματι τῶν Σόλωνος ἀξόνων ὀργεῶνας φησὶ χαλεῖσϑαι τοὺς συνόδους ἔχοντας περί τινας ἤρωας ἢ ϑεούς.
II. Les non-nobles et l’organisation symétrique de la Cité. 23
A quelle époque s’est opéré ce changement? Nous ne pouvons la déterminer avec certitude; mais ce grand événement est bien antérieur à la réforme de Clisthènes. Peut-être réussirons-nous à dire comment il s’accomplit. Les non-nobles figurent d’abord dans les cadres comme membres passifs. Mais, premier progrès, ils entrent dans les naucraries, car l’État leur demande des services financiers et militaires. Alors surtout, ils peuvent mesurer toute leur infériorité. Ils sentent que les nobles sont au-dessus d’eux, non pas seulement par le prestige de leur nom, par leurs richesses, mais surtout par la consécration religieuse que leur impriment leurs cultes particuliers. La piété, comme le désir de se relever de leur déchéance, les poussent à chercher à obtenir leur admission à ces cultes. Ils y sont reçus par la faveur des nobles dont ils dépendent. Aussitôt le principe d’association si puissant à Athènes agit, secondé par l’esprit d'imitation: les non-nobles constituent des associations spéciales, des confréries, les thiases ou ὄργια. L'idée familiale n’est sans doute pas totalement absente de l’organisation de ces corporations; ce qui y prédomine, c’est l’idée religieuse; le lien principal des orgéons est la religion. Et ainsi le culte de Zeus Herkeios et celui d’Apollon Patroios sont devenus communs à tous les Athéniens. C’est ce que Socrate dit si nettement dans l’'Euthydème de Platon, ! quand il prouve sa nationalité athénienne en invoquant sa participation à ces deux cultes. C’est ce que montre encore la vieille formule de la docimasie des archontes: εἰ ἔστιν αὐτῷ Ἀπόλλων πατρῷος καὶ Ζεὺς ἕρκεῖος καὶ ποῦ ταῦτα τὰ ἱερα ἐστιν."
Il n’a pas été besoin d’un législateur pour créer les [Π|4568; son action n’est pas moins inutile pour hâter leurs progrès dans la phratrie; ceux-ci s’opèrent lentement, et quand la loi
2Arist., «0: Pol., ss.
Cratinus (Athen. XI, 460 f.): Ζεὺς ἔστι μοι Éoxetos, ἔστι φρατέouog, τὰ τέλη τελῶ. Harpocr.: ἕρχειος Ζεύς" Δείναρχος ἐν τῷ χατὰ Μοσχίωνος" εἰ φράτορες αὐτῷ καὶ βωμοὶ Διὸς ἑρχείου xai Ἀπόλλωνος πατρῴου εἰσίν. Tous ces témoignages sont postérieurs à la réforme de Clisthènes; mais la situation qu’ils visent est bien celle qu’occupaient les non-eupatrides, tout au moins depuis Dracon.
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accorde de nouveaux droits aux non-nobles, elle ne fait qu’acter ces progrès.
Les familles nobles s’éteignent, leurs richesses diminuent; les non-nobles sortent de leur misère, certains deviennent riches à leur tour. Le prestige des gennètes, dans la phratrie, s’affaiblit; les thiases prennent de plus en plus d'importance et ils finissent par devenir les égaux des genê. En un mot, l’œuvre aristocratique du législateur se dissout peu à peu et fait place graduellement à un régime démocratique. La réforme de Clisthènes n’accomplit pas cette transformation, mais elle facilite son achèvement.