ΠΙ. L'ORGANISATION. GENTILICE DES EUPATRIDES
Toute cette organisation en genè, phratries, phylai, appartient en propre aux eupatrides. Nous allons essayer d’en déterminer les caractères d’abord, l’origine ensuite.
A. Caractères des cadres gentilices.!
Le genos, dans la Cité, est un groupe de familles nobles qui descendent ou croient descendre d’un auteur commun et pratiquent ensemble un culte. A Athènes, l’idée familiale est particulièrement marquée par les mots ὁμογάλακτες et συγγενεῖς qui nous sont donnés comme synonymes de gennètai,? et par les titres des divinités propres aux genê, Zeus Herkeios, Apollon Patroios.% Comme tout groupement quel qu’il soit en Grèce, elle a pour premier objet la célébration d’un culte.
1 On consultera avec fruit le travail de Droysen, Die attische Kommunalverfassung, KI. Schriften, I.
? Pollux, HI, 52: ἐχαλοῦντο δ᾽ οὗτοι (oi ἐν ἑχάστῳ γένει &vdoes) καὶ ὁμογάλαχτες χαὶ ὀργεῶνες. — Phot.: ὁμογάλαχτες" οἱ τοῦ αὐτοῦ γάλαχτος οὺς χαὶ γεννήτας ἐχάλουν. — Hesychius: ὁμογάλακχτες" οἱ ἐκ τοῦ αὐτοῦ γένους. — Philochore, FHG, fr. 94. — Isée, VII, 27: ἐγγεγραφὼς εἰς τοὺς συγγενεῖς xai φράτορας. — Xen., Hellen., 1, 7, 8: Ἀπατούρια ἐν οἷς οἵ τε φράτερες καὶ οἱ ξυγγενεῖς ξύνεισι. — Cratinus (Athen., ΧΙ, 460 f.): συγγενεῖς χαὶ φράτερας καὶ δημότας εὑρὼν μόλις.
3 Demosth., LVIL 67: εἶτ᾽ Ἀπόλλωνος πατρῴου καὶ Διὸς ἑρχείου γεννῆται, et οἷς ἠρία ταὐτά, sig οἱ δημόται. À ces divinités était
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La phratrie est un groupe de genê. L’idée de parenté, vraie ou supposée, s'exprime par le mot même: φρατρία = bratija dans le vieux slave — «fratres».1 Les divinités des phratries sont Zeus phratrios et Athèna phratria. On les honore spécialement à la fête des Apatouries.?
L’aristocratie athénienne tout entière est comprise dans les quatre phylai des Géléontes, des Argadeis, des Aigikoreis et des Hoplètes, l'sAéovtec, Apyadete, Αἰγικορεῖς, Ὅπλητες.
Je ne m’arrête pas à l’opinion, depuis longtemps démodée, qui voyait, dans les phylai, des castes. Rien n'empêche cependant d'admettre que le nom de chaque phylè a été emprunté à la profession principale exercée par ses membres: dans ces termes mêmes, la question reste obscure et incertaine.ÿ
La phylè est d’abord un principe de classification des genè et des phratries. Aristote l’afhrme de la façon la plus positive,
joint Dionysos en l’honneur de qui étaient célébrées les Théoinies, T ôpffer, Attische Geneal., p. 12. Culte des ancêtres, ibidem, p. 4; Rohde, Psyche, Pa 157:
1 Schrader, Reallexikon der indogerm. Allertumsk., p. 772.
2 Schol. Aristoph., Ach., 146: Ἀπατουρίων — καλοῦσι — τὴν δὲ δευτέραν ἀνάρρυσιν ἀπὸ τοῦ ἀναρρύειν, τοῦ ϑύειν" ἔϑυον δὲ Ait φρατρίῳ χαὶ ᾿Αϑηνᾷ.
La phratrie des Démotionides honore Zeus phratrios.
La phratrie, Ephem. archaiol., 1901, p. 158, honore Athèna phratria et Zeus phratrios. (Catalogue de vingt membres d’une phratrie inconnue).
À ces divinités était aussi associé Dionysos, Etym. M., 118, 54: Anaτούρια" ἑορτὴ ἐπιτελουμένη τῷ Διονύσῳ τῷ Πυανεψιῶνε μηνί.
Les phratries pouvaient encore honorer d'autres divinités, comme dans 1G, IL, 3, 1652 — Dittenberger, Sylloge?, 442: [i]eoo[r Ἀπόλ]λων[ος Πατρ]ώιου gloatoials Θερρι[κλειδ]ῶν, et dans 1653, [Ἱ]Περὸν [Ἀ]πόλλωνος ἑβδομείου φρατρίας ᾿Αχνιαδῶν.
On peut encore citer IV, 1074e = Dittenberger, Syloge?, 444 qui concerne un genos ou une phratrie: Ὅρος τεμένους] Ἀπόλλωνος πατρώιο Ἐλασιδῶν, et dans la phratrie des Démotionides, le culte rendu à Lèto,
3 Bonne réfutation de l’opinion qui voit des castes dans les quatre phylai, dans Koutorga, ὁ. 1. — Busolt, Gr. St, p. 125: «die . .. Ansicht, da die vier Phylen Stände oder Berufskasten gewesen wären, hat sich als unhaltbar erwiesen.» Sur la signification douteuse des noms des phylai, Wilamowitz, Philol. Unters., 1, p. 122, n. 39. — Tôppfer, Pauly-Wissowa, s. v. Aigikoreis, met en rapport les noms des phylai avec des noms de divinités. Cf. MaaB, Gütt. gelehrte Anx., 1899, p. 806.
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nous l’avons vu, dans le passage où il pose quatre phylai comprenant chacune trois phratries, douze phratries comprenant chacune trente gené.
Elle est ensuite une subdivision locale et une circonscription administrative, car elle renferme trois trittyes et douze naucraries; en tout, dans les quatre phylai, douze trittyes, quarante huit naucraries. Aristote encore l’affirme. Voici ce qu’il écrit au sujet de Solon dans la Politeia des Athéniens, chapitre 8: «Il y avait quatre phylai, comme auparavant, et quatre phylobasileis: chaque phylè avait été divisée en trois trittyes et comprenait douze naucraries. L’autorité établie à la tête des naucraries, c’étaient les naucrares, chargés d’opérer la rentrée des impôts et de payer les dépenses. (C’est ainsi qu’il est dit dans les lois de Solon, aujourd’hui abrogées, puisqu'il n’y ἃ plus de naucraries, que les naucrares doivent faire rentrer les impôts et payer avec les fonds des naucraries», φυλαὶ δ᾽ ἦσαν δ΄ χκαϑάπερ πρότερον καὶ φυλοβασιλεῖς τέσσαρες. ἐκ δὲ τῆς φυλῆς ἑκάστης ἦσαν νενεμημέναι τριττύες μὲν τρεῖς, ναυχραρίαι δὲ δώδεκα καϑ' ἑκάστην. ἦν ὁ᾽ ἐπὶ τῶν ναυκραριῶν ἀρχὴ καϑἑστηκυῖα ναύχραροι, τεταγμένη πρὸς τε τὰς εἰσφορὰς καὶ τὰς δαπίάνας) τὰς γιγνομένας᾽ διὸ καὶ ἐν τοῖς νύμοις τοῖῖς Σ]ὄόλωνος οἷς οὐχέτι χρῶνται πολλαχοῦ γέγραπται τοὺς ναυχράρους εἰσπράττειν καὶ ἀναλίσκειν ἐκ τοῦ ναυχραρικοῦ ἀργυρίίου].
La naucrarie a un caractère local; car à propos de la réforme de Clisthènes, Aristote (ch. 21) nous apprend que ce législateur «institua les démarques chargés des mêmes fonctions que les naucrares, et qu’il établit les dèmes à la place des naucraries», κατέστησε δὲ καὶ δημάρχους τὴν αὐτὴν ἔχοντας ἐπιμέλειαν τοῖς πρότερον ναυχράροις" καὶ γὰρ τοὺς δήμους ἀντὶ τῶν γναυκραριῶν ἐποίησεν. Or, les dèmes étaient des subdivisions géographiques du territoire et des circonscriptions administratives, donc les naucraries l’étaient aussi.
Il en était de même des trittyes: Clisthènes a créé dix phylai et non pas douze, dit encore Aristote, afin de ne pas retomber dans les anciennes divisions; en effet, il y avait dans les quatre phylai primitives, douze trittyes. La division dont Aristote rapproche les phylai locales de Clisthènes, doit
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être locale: si Clisthènes n’a pas divisé le territoire en douze cantons, c’est qu’il le trouvait déjà partagé de cette façon.
Les naucraries sont des subdivisions du territoire instituées pour des raisons d’ordre militaire et financier. Chacune d’entre elles devait fournir un navire et deux cavaliers; les naucrares étaient chargés de la levée des impôts.?
Quand les naucraries ont-elles été instituées? Elles ne remontent pas à l’époque du synœcisme: cela est certain. Aristote en parle seulement à propos de la réforme de Solon, mais il semble résulter de son texte qu’elles avaient été établies auparavant. Hérodote d’ailleurs fait jouer un rôle
1 Ath. Pol., 21. Ce passage offre quelque chose de bizarre; Rühl, Rhein. Mus., 1891, p. 451, y voit une allusion aux douze phylai instituées postérieurement à l’époque d’Aristote, et en profite pour nier l'authenticité de la Politeia. La raison donnée est singulière, si l’on songe que quelques lignes plus bas, Aristote explique que le territoire de chaque phylè de Clisthènes ne formait pas un ensemble; par conséquent les douze phylai locales nouvelles n'auraient pu coïncider avec les douze trittyes locales anciennes.
2 Pollux, VIIL 108: ναυχραρία δ᾽ ἣν τέως φυλῆς δωδέχατον μέρος χαὶ ναύχραροι ἦσαν δώδεχα, τέτταρες χατὰ τριττὺν ἑχάστην" τὰς δ᾽ εἰσφορὰς τὰς κατὰ δήμους διεχειροτόνουν οὗτοι χαὶ τὰ ἐξ αὐτῶν ἀναλώματα᾽ ναυχραρία δ᾽ ἑχάστη Ovo(Wilamowitz, Arist. u. Athen, IL, p.163, n. 48, lit: déxa) ἱππέας παρεῖχε καὶ ναῦν μίαν. Sur l’étymologie du mot, cf. F. Solmsen, Ναύχραρος, ναύχλαρος, ναύχληρος, Rhein. Mus., LIL, p. 151. Cf. sur tout ceci Br. Keil, Anon. Argentin., p. 222, n. 3 et BasoltG.G., 11, ;:p. 191.
8 W. Helbig, Les vases du Dipylon et les naucraries, Mém. Acad. Inscript., 1898, ἃ montré que les naucraries sont très anciennes. Cf. De Sanctis, Afthis, qui les attribue à l’époque. des Pisistratides. Glotz a cru reconnaître dans les poèmes homériques une organisation analogue à celle des naucraries athéniennes, Les naucrares et les prytanes des naucrares dans la cité homérique, Rev. Et. Gr., 1900, p.137 (— Études sociales et iurid., 1906, p. 229/53). Gilbert, Die att. Naucrarienverf., Jahrb. f. kl. Philol., 1875, p. 9, a cherché à prouver que Solon avait institué les naucraries. Il s’est surtout appuyé sur le texte de Photius. L’4fh. Pol. montre que certains éléments de ce texte ne viennent pas, comme le pensait Gilbert, d’Aristote.
Photius, ναυχραρία — ναυχραρία μὲν ὅποῖόν tin συμμορία καὶ ὁ δῆμος, ναύχραρος δὲ ὅποῖόν τι ὃ δήμαρχος, Σόλωνος οὕτως ὀνομάσάντος, ὡς καὶ Ἀριστοτέλης φησί" χαὶ ἐν τοῖς νόμοις dé ἂν τις ναυχραρίας ἀμφισβητῇ" καὶ τοὺς ναυκράρους τοὺς χατὰ ναυχραρίαν" VOTEρον δὲ ἀπὸ λεισϑένους δῆμοί εἰσι καὶ δήμαρχοι ἐχλήϑησαν" ἐχ τῆς Ἀριστοτέλους πολιτείας ὃν τρόπον διέταξε τὴν πολιτείαν ὃ Σόλων" φυλαὶ δὲ ἦσαν τέσσαρες καϑάπερ πρότερον χαὶ φυλοβασιλεῖς τέσσαρες" ἐκ δὲ
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important aux prytanes des naucrares dans le massacre des Cylonides.!
Qui comprennent-elles? Tous les citoyens, ou tout au moins ceux qui, nobles ou non-nobles, possèdent la fortune nécessaire pour supporter les charges financières et militaires des membres des naucraries.?
La phylè est donc à la fois un principe de classification des genê et un principe de division territoriale.
Ces deux qualités ne s’excluent-elles pas? Non! La phylè les a-t-elle toujours possédées ensemble? Oui évidemment. Mais bien que locale dès le commencement, la phylè n’a été subdivisée sous ce rapport qu’à une époque relativement tardive.
La naucrarie est une division territoriale: c’est le sol qui est partagé en naucraries. Si la phylè comprend les naucraries, c’est qu’elle-même est une division territoriale; elle comprend la naucrarie comme l’arrondissement comprend le canton; mais si la phylè est territoriale, comment peut-elle comprendre la phratrie, à moins que celle-ci ne soit territoriale? Si la phratrie est territoriale, le genos l’est donc aussi. Telle est la conséquence que l’on pourrait vouloir tirer: est-il besoin de
τῆς φυλῆς ἑχάστης ἦσαν νενεμημέναι τριττύες μὲν τρεῖς, ναυχραρίαι δὲ δώδεκα za ἑχάστην. ὃ Κλείδημος ἐν τῇ τρίτῃ φησὶν ὅτι Κλεισϑένους δέχα φυλὰς ποιήσαντος ἀντὶ τῶν τεσσάρων, συνέβη καὶ εἰς πεντήχοντα μέρη διαταγῆναι αὐτοὺς, ἃ ἐκαλοῦν ναυχραρίας, ὥσπερ νῦν εἰς τὰ ἑχατὸν μέρη διαιρεϑέντες καλοῦσι συμμορίας. La fin d'après Wilamowitz, Arist. u. Athen, I, p.166. Voir Hesychius, s.v., ναύχλαροι. Bekker, Anecd., 283, 20. Harpocr., 5. v. ναυχραρία.
1 Hérodote V, 71, a exagéré ce rôle, cf. Thuc., I, 126.
? Busolt, Gr. St, p. 134: elles constituaient une circonscription locale déterminée, mais elles ne comprenaient, ajoute-t-il, que les citoyens aisés (Verbinde vermôgender Bürger).
8 Schômann, Verfassungsgesch., p. 13 avait déjà fait valoir cet argument pour montrer que les phylai devaient former des circonscriptions locales, puisqu'elles comprenaient les naucraries. Mais il n’en avait pas tiré, ce me semble, toutes les conséquences. De même Hammarstrand, Attikas Verfassung zur Zeit des Kônigtums, Jahrb. für kl. Philol., Suppl. VI, p. 788, soutient que les douze phratries comme les quatre phylai étaient locales; plus tard, les limites des phratries s’étant effaçées, on substitua aux phratries douze trittyes; mais la création même de ces trittyes locales, subdivisées en naucraries, montre que les phratries n'étaient pas locales, tandis que les phylai l’étaient.
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dire qu’elle est inadmissible? Elle est contraire à tout ce que nous savons de positif du genos.
Certes, personne n’admettra un partage du sol en 360 petits cantons administratifs: jamais ils n’ont existé. La phratrie non plus n’est pas une circonscription administrative; la seule circonscription de cette nature a été originairement la phylè, plus tard, dans celle-ci la naucrarie et la trittye.
Nous restons devant ce fait: la phylè est à la fois un principe de classification des genè et une circonscription territoriale. Nous voici devant un compromis du principe gentilice et du principe territorial: cherchons à voir comment 11 fut conclu.
Le genos n’est pas totalement indépendant du sol: une carte de l’ancienne Attique n’aurait pas présenté un damier divisé en 360 petits carrés, mais elle aurait porté 360 points montrant les lieux où les genê étaient situés, où ils avaient leur siège.! On n’est pas gennète, on ne le fut jamais, parce qu’on était domicilié sur un point du territoire. L’appartenance aux genê est réglée par la naissance, par le principe gentilice dans toute sa rigueur.
Un moment vient où il y a douze phratries: ce ne sont pas encore des cantons qui divisent le sol, mais on peut remarquer sur la carte douze points indiquant le siège des douze phratries: c’est encore, et dès l’origine, la naissance qui détermine l’appartenance à ces corporations.
La phylè, elle, divise le sol; mais elle ne tient pas compte des individus que porte le sol; elle tient compte des phratries qui ont leur siège dans les différentes parties de l’Attique. La qualité de membre d’une phylè ne s’acquiert point par le domicile de l'individu: c’est encore le principe gentilice qui prévaut.
À un moment, il est nécessaire de développer ladministration; pour cela, il faut diviser le sol. Apparaissent la trittye et la naucrarie: elles divisent la phylè, en tant qu’elle relève du principe territorial, la laissent intacte en tant qu’elle relève du principe gentilice.
1 Voir Tôpffer, Attische Geneal., p. 315, la liste des dèmes dont les noms paraissent avoir été empruntés à des gen.
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La qualité de membre d’une naucrarie se gagne--elle et se perd-elle par le domicile? S'il en est ainsi, le même homme peut appartenir à deux phylai: une fois en vertu de sa naissance, par la phratrie, une fois en vertu de son domicile, par la naucrarie. Cela est impossible. Il faut dire que sont membres de telle naucrarie déterminée, les membres des genê qui ont leur siège sur la partie du territoire attribuée à cette naucrarie. Celle-ci offre donc la même combinaison que la phylè entre le principe gentilice et le principe territorial. Pour les nonnobles qui entrent dans la naucrarie, c’est le même principe qui prévaut: ils suivent les gené, dont ils dépendent.
Le sol de lÉtat athénien s’est primitivement divisé en quatre phylai: existe-t-il dans la tradition quelque trace certaine de cette ancienne division? Les modernes ont cru en discerner l’une ou l’autre; mais il faut reconnaître qu'aucun souvenir précis des limites de chaque phylè ne s’était conservé. Pourquoi? Remarquez qu’il ne s’agit pas ici d’un fait antérieur à l’histoire; ces quatre circonscriptions existaient encore à l’époque de Clisthènes.
La raison pourrait être le peu d’importance de ces quatre phylai au point de vue politique et administratif et le rôle plus considérable des naucraries; mais le souvenir des limites des naucraries se perdit tout aussi vite.!
Il y a donc une différence entre le rapport des phylai, d’une part, et celui des phratries et des genê, d’autre part, avec le sol. Cette différence consiste en ce que la phylè est une circonscription administrative, divise le sol au point de vue politique, comme nos provinces, tandis que la phratrie et le genos ont bien une attache avec le sol, mais ne le divisent pas comme font nos cantons et nos communes.
B. Origine de l’organisation gentilice.
La Cité antique se présente avec la régularité symétrique d'un édifice créé de toutes pièces; on dirait d’une œuvre artificielle de l’homme sur un terrain vierge et à l’aide de matériaux façonnés à sa guise.
1 Bekker, Anecd., 274: le nom d’une naucrarie, Κωλιάς. Cf. Wilamowitz, Arist. u. Athen, I, p. 270.