‹ La Polis GrecqueChapitre 9 sur 83 · II. LES NON-NOBLES ET L'ORGANISATION SYMÉTRIQUE DE LA CITÉ · texte numérisé non relu

II. LES NON-NOBLES ET L'ORGANISATION SYMÉTRIQUE DE LA CITÉ

Le premier coup d’œil que nous jetons sur la situation primitive d'Athènes nous révèle l'existence de deux classes bien tranchées: ce sont, d’une part, les géorgoit et les démiurges, d'autre part, les eupatrides, rappelant l’opposition qui éclate à Rome, dès le début, entre les patriciens et les plébéiens.

A Athènes, il est vrai, la classe inférieure se scindait en deux groupes, les géorgoi et les démiurges. Je reviendrai sur ce point et je tâcherai de montrer quelle était au juste la valeur de cette distinction; mais, pour le moment, je ne relève que la distinction essentielle entre les nobles et les non-nobles. Si je les oppose les uns aux autres, je constate, d’une part, le droit politique complet, d’autre part, un droit restreint. Les eupatrides sont seuls citoyens dans toute l’étendue du mot; les non-nobles sont plutôt à côté de la Cité que dans la Cite; une double barrière, politique et religieuse, leur en ferme les portes. Les eupatrides ont fondé l’État, et ils en gardent la direction et comme la propriété; il est leur chose. Mais leur prédominance n’est pas seulement établie sur l’ancienneté de leur droit, fortifiée par une sorte de prescription: la Cité antique, comme l’a si bien montré Fustel de Coulanges, repose sur l’idée religieuse; les nobles sont les ministres du culte; ils ont la science des choses religieuses; 115 sont les favoris des dieux qui, d’eux seuls, acceptent les sacrifices faits au nom de l'État. Il n’y a pas seulement, entre les eupatrides et les noneupatrides, une infériorité politique, il y a une infériorité relgieuse qui frappe ces derniers et que, pendant tout un temps, ils reconnaissent. De là, la lenteur et les difhcultés de leur émancipation.

Par là même qu’à l’origine les eupatrides sont l’État, ils possèdent en propre une organisation régulière: l’État, c’est-àdire les eupatrides, se divise en phylai, phratries, genè. Pour être pleinement citoyen, il faut être dans ces cadres à la fois

1 J'ewoyoi, d’après Aristote, fr. cité infra — Γεωμόροι, Plut., Thes., 25. — ἄγροικοι, Ath. Pol., 13 (ἄποιχοι, Pap. de Berlin).

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politiques et religieux. Les non-nobles forment une masse non organisée: c’est la foule, la multitude (πλῆϑος — plebs), et elle ne possède de droits que dans la mesure où elle obtient accès dans ces cadres.

Nous touchons ici au point le plus important des anciennes institutions d'Athènes: quelle est la place que nous ferons aux non-nobles dans les cadres de la Cité?

Il y a une première solution et elle tranche d’un coup toutes les difficultés du problème: les non-nobles ont toujours fait partie des phratries et des phylai; les genê sont des institutions aristocratiques, qui existent dans les phratries, mais ne les subdivisent pas.

Sur quoi pourrait s’appuyer cette solution?

D'abord, les genè sont des institutions aristocratiques. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d’insister. Ensuite, les genè ne subdivisent pas les phratries;! nous devons nous représenter la phratrie comme un ensemble de familles, dont quelques-unes se sont élevées au-dessus des autres et se sont donné une organisation que ne possèdent pas les autres. L’argument principal à faire valoir serait la rareté, en Grèce, d’un régime semblable à celui d'Athènes: partout les phylai, du moins celles dont nous avons la connaissance la plus exacte, sont ouvertes à tous. Par ci par là, les genè jouissent de certains privilèges politiques, comme en Crète où, d’après Aristote, les cosmes se recrutaient, non dans l’ensemble des citoyens, mais dans quelques gené:? là même, on ne voit pas que les phylai se subdivisent en corporations exclusivement aristocratiques. Cependant, il se peut qu'il en ait été ainsi à Élis et à Théra.ë

Cette hypothèse, je l’avoue, est séduisante: je lui vois un premier inconvénient: c’est qu’elle va à l’encontre du témoignage d’Aristote. On en pourrait sauver une partie: les genè dans les phratries et même les privilèges politiques des genè; mais c’est la plus petite partie. Je sais bien qu’ Aristote 4 pu se

1 Telle est l’opinion de G. de Sanctis, Affhis; mais remarquez que pour lui, les phylai et les phratries ne sont pas antérieures à la formation de l’état.

2? Polit., 1, 25 (Bekker).

3 cf. le mémoire qui suit.

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tromper, tout comme nous pouvons le faire, et je ne professe pour sa parole aucun respect superstitieux; mais ce que nous savons de plus certain de l’ancienne organisation d’Athènes, c’est lui qui nous l’apprend, et il me semble qu’à moins de nécessité absolue, il est préférable de ne pas diviser son téemoignage.

J'attache plus d’importance à cette objection: les cités bâties suivant le principe gentilice ont d’ordinaire trois étages: cela est surtout vrai des cités ioniennes. Il serait extraordinaire que le plus ancien type qu’elles ont imité n’en eût que deux.

Puis encore, les faits de l’époque historique, particulièrement l’organisation de la phratrie des Démotionides, laissent supposer une époque où la phratrie se subdivisait en genê; c’est du moins en partant de cette donnée qu'ils s’expliquent le mieux.

Enfin, voici, ce me semble, l’argument décisif: les deux cultes nationaux sont ceux de Zeus Herkeios et d’Apollon Patroios; on reconnait le citoyen à sa participation à ces cultes. Or, ils appartiennent en propre aux genê. Il y eut donc une époque où seuls les gennètes, c’est-à-dire les nobles, étaient pleinement citoyens.

Nous concluons: primitivement, la Cité athénienne était composée de cadres qui étaient propres à la noblesse, et nous retrouvons la question de tantôt: quelle place accorderons-nous dans l’État aux non-nobles?

Commençons par délimiter exactement le terrain de la discussion. Après Clisthènes, comme nous le verrons, la phratrie renferme, à titres égaux, tous les citoyens: les nobles continuent à être groupés dans les genè; les non-nobles ont formé sur le modèle de ceux-ci des confréries appelées thiases ou associations d’orgéons. L’émancipation des classes inférieures est complète. Avant Clisthènes, cette émancipation a déjà commencé et les réformes de Dracon et de Solon attestent les progrès réalisés. Reste en discussion l’époque antérieure à Dracon, les premiers siècles de l’histoire de la Cité.

Allons-nous accorder aux non-nobles la même organisation qu'aux nobles? — Non! car alors cette distinction entre les deux classes n’aura plus de raison d’être, ne reposera plus sur

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rien. Les exclure des cadres de la Cité? — Non, encore; car la difhculté sera, alors, de les y faire entrer à un moment donné. Il ne reste qu’une dernière solution: les non-nobles furent toujours dans les cadres de la Cité, mais ils n’y étaient pas sur le même pied que les nobles. Leur situation peut se définir en deux mots: ils sont dans les cadres, donc dans la Cité, mais parce qu’ils ne sont pas parties intégrantes de la Cité, ils sont des citoyens de droit politique incomplet. Cette solution a pour elle de rendre clairement compte des faits connus de l’histoire athénienne: c’est beaucoup, si ce n’est pas tout. Comment ce régime, si contraire à l’égalité, s’est-il établi? Il est l’œuvre des circonstances et aussi celle du législateur: les circonstances, comme nous le verrons, ont développé les inégalités sociales, élevé certaines familles à un niveau supérieur à celui des autres, ont créé la noblesse. Le législateur est venu: il ἃ consacré les privilèges de l’aristocratie, en faisant des genê la base, l’élément premier de la Cite.

Cette solution s’harmonise-t-elle avec les témoignages des anciens? Les quelques textes que nous possédons ont été cent fois expliqués, interprétés et quelquefois torturés. On en a tiré les systèmes les plus divers, et il faut désespérer de leur faire dire plus qu’ils n’ont déjà dit. Il ne sera cependant pas inutile de les relire rapidement.

Commençons par le texte d’Aristote;! ce texte figurait

1 Nous le trouvons dans Schol. Plat. Axioch., 371 D, p. 465 (Müller, FHG, IL, 106; Rose, Aristot. pseudepigr., 408, 5; Moiris, γεννηταῖῦ) sous la forme suivante: Ἀριστοτέλης φησὶ, τοῦ ὅλου πλήϑους διῃρημένου ᾿Αϑήγησιν, 6 plupart des auteurs proposent d’intercaler ici εἰς te τοὺς εὐπα- Toidag) εἴς τε τοὺς γεωργοὺς χαὶ τοὺς δημιουργούς, φυλὰς αὐτῶν εἶναι τέσσαρας, τῶν δὲ φυλῶν ἑκάστης μοίρας εἶναι τρεῖς, ἃς τριττύας τε χαλοῦσι χαὶ φρατρίας, ἑχάστης δὲ τούτων τριάχοντα εἶναι γένη, τὸ δὲ γένος ἐκ τριάχοντα ἕχαστον ἀνδρῶν συνεστάναι. τούτους δὴ τοὺς εἰς τὰ γένη τεταγμένους γεννήτας χαλοῦσι.

Lex. Demosth. Patm., p. 152, éd. Sakkelion (BCH, I, 1887), donne une version un peu différente: γεννῆται᾽ πάλαι τὸ τῶν A9yγαίων πλῆϑος, πρὶν ἢ Κλεισϑένη διοιχήσασϑαι τὰ περὲ τὰς φυλᾶς, διῃρεῖτο εἰς γεωργοὺς καὶ δημιουργούς. χαὶ φυλαὶ τούτων ἦσαν δ΄, τῶν δὲ φυλῶν ἑκάστη μοίρας εἶχε γ΄ ἃς φατρίας χαὶ τριττύας ἜΝ τούτων δὲ ἑχάστη συνειστήχει ἐχ τριάχοντα γενῶν χαὶ γένος ἕχαστον ἄνδρας εἶχε τριάχοντα τοὺς εἰς τὰ γένη τεταγμένους, οἵτινες γεννῆται

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dans les premiers chapitres de la Politeia des Athéniens. Il venait probablement après la réforme de Thésée. Aristote suivait une tradition qui peut se résumer en quelques points: autochthonie des Athéniens, arrivée d’émigrés d’autres parties de la Grèce, et spécialement arrivée d’Ion, constitution de Thésée. Remarquez bien qu'Ion établissait les quatre phylai et rien d'autre; c’est ce que dit notre texte de la Politeia: ce fut Ion qui créa les quatre phylai; «alors les Athéniens furent répartis dans les quatre phylai et 115. établirent les phylobasileis; ce fut πρώτη. . . μετάστασις τῶν ἐξ ἀρχῆς. Le deuxième changement et la première Politeia fut celle de Thésée, qui s’écarta un peu de la pure monarchie»! Après lon, Thésée entrait en scène, puis commençait le passage cité: τοῦ ὅλου πλήϑους διῃρημένου, etc. Ce passage arrivait un peu brusquement, comme celui où il est question des trittyes et des naucraries: Aristote constatait l’existence dans les 4 phylai d’Ion, des 12 phratries, des 360 genë, des 10800 üävdpec; il ne disait pas, d’une façon expresse, qui les y avait introduits. La rédaction qui nous a été conservée ne contient aucune mention d'un législateur détermine, et je m’imagine que, si elle avait existé, les lexicographes l’auraient soigneusement recueillie.

Toute cette hiérarchie, dans l’opinion d’Aristote, était artificielle; les genè eux-mêmes étaient des groupes factices de trente hommes. Le caractère factice des genê résulte, dans la première version de son texte, des mots συνεστάναι et τοὺς εἰς τὰ γένη τεταγμένους. La seconde version n’est pas moins expressive.

Mais qui ces genè factices comprenaient-ils? C’est le point le plus important. Relevons le début du texte: Aristote n’y

ἐκαλοῦντο, « ἐξ" ὧν ai ἱερωσύναι «: αἱ ἑχάστοις προσήχουσαι ἐκχληροῦντο, οἷον Βυμολπίδαι χαὶ Κήρυχες καὶ Ετεοβουτάδαι, ὡς ἱστορεῖ ἐν -,) ! ! D # , “ A \ > τῇ Αϑηναίων πολιτείᾳ Ἀριστοτέλης λέγων ovtwg φυλὰς δὲ αὐτῶν συννενεμῆσϑαι δ΄ ἀπομιμησαμένων τὰς ἐν τοῖς ἐνιαυτοῖς ὥρας, ἑχάστην δὲ διῃρῆσϑαι εἰς τρία μέρη τῶν φυλῶν, ὅπως γένηται τὰ πάντα δώδεχα᾽ μέρη, χαϑάπερ οἱ μῆνες εἰς τὸν ἐνιαυτόν, χαλεῖσϑαι δὲ αὐτὰ τριττῦς , κ , , καὶ φατρίας" εἰς δὲ τὴν φατρίαν τριάχοντα γένη διαχεκοσμῆσϑαι χαϑάπερ αἱ ἡμέραι εἰς τὸν μῆνα, τὸ δὲ γένος εἶναι τριάκοντα ἀνδρῶν. Cf. Arist., Respubl. Athen., ed. Kenyon, Berol., 1903, p. 84 5. τ. Pol ar) 2

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parle pas des eupatrides. Gilbert veut intercaler avant εἴς te τοὺς γεωργοὺς καὶ τοὺς δημιουργούς les mots εἴς τε τοὺς εὐπατρίδας, et prouver ainsi que l’organisation était commune à tous les Athéniens. Mais d’abord le texte nous est transmis par plusieurs auteurs, sans cette addition.

Admettons cependant pour un moment que le mot eupatrides manque: où faut-il le placer? Si je le mets après εἴς te etc., je ferai dire au texte:1 tout le peuple était divisé en géorgoi, démiurges et eupatrides; ceux-ci avaient quatre phylai, etc., de telle sorte que les géorgoi et les démiurges seront exclus des phylai. Il faut en convenir, toute opinion, qui recourt à un remaniement toujours incertain du texte, est bien fragile.

Mais il y a d’autres preuves à invoquer pour montrer que organisation symétrique de la Cité, dans l’opinion d’Aristote, était propre aux eupatrides. En voici une qui paraît décisive: Aristote cite comme cadres inférieurs de l’État, les gené, dont les membres s’appellent gennètai. Les gennètai, pour lui, sont des eupatrides; l’exemple qu’il donne le montre: les Eumolpides, les Étéobutades, les Kérykes appartiennent aux genê les plus illustres d'Athènes, et il n’y a pas de doute que le passage où ils sont nommés se trouvait dans la Politeia; ὧν αἱ ἱερωσύναι (ai) ἑκάστοις προσήκουσαι ἐκληροῦντο, est-il dit dans le fragment; et dans le papyrus de Londres, à propos de la réforme de Clisthènes, on lit une mention de ces sacerdoces, ἱερωσύναι, qui se rapporte au début de la Politeia: «Clisthènes les laissa à ceux qui les possédaient, suivant la tradition de leurs ancêtres.»

Une autre preuve que telle est bien l’interprétation à donner au fragment de la Politeia, peut être tirée de la Politique: Aristote, on le sait, y sépare soigneusement l’homme et le citoyen; tout homme n’a pas la capacité voulue pour être pleinement citoyen. Il y a lieu de distinguer entre les fonctions nécessaires et les fonctions nobles; parmi les premières rentrent l'agriculture, l’industrie; les autres sont exercées par les individus, qui peuvent se consacrer entièrement à la fin de l’état. La relation de la classe qui exerce les fonctions nécessaires à

1 C. Schäfer, Altes und Neues über die ait. Phratrien, Naumbourg, 1888, p. 26.

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la classe qui exerce les fonctions nobles ne peut être qu’une relation de dépendance; la dernière remplit la fin de létat, donc ses membres sont l’état; la première existe seulement dans l’état.! Il en résulte une inégalité considérable dans la possession des droits politiques. Cette doctrine éclaire, ce me semble, le fragment de la Politeia: Aristote n’a pas pu mettre sur le même pied, dans une même énumération, des éléments aussi dissemblables que les géorgoi, les démiurges et les eupatrides, c’est-à-dire les véritables citoyens. Dans l’État primitif devait exister quelque chose de cette séparation profonde des classes qu’Aristote admet dans son État idéal. Et cette distinction des classes n’était-elle pas indiquée dans la Politeia par l’emploi du mot πλῆϑος, dans le sens de «la foule, la multitude»?? Si πλῆϑος a son sens ordinaire, tout le passage s'explique. Il signifie ceci: il faut d’abord distinguer entre la multitude, les classes inférieures, et les citoyens proprement dits, les πολῖται; ensuite les classes inférieures se divisent simplement en géorgoi et en démiurges; les πολῖται, au contraire, en quatre phylai, etc. La pensée d’Aristote s’exprime donc par l’opposition des mots πλῆϑος et πολῖται, et c’est cette opposition que les lexicographes n’ont pas saisie. De là les altérations qu’ils ont fait subir au texte.

Voici maintenant toute une série de textes de Dracon (dans ses lois sur le meurtre), Isée, Philochore, Pollux qui paraissent, à première vue, contraires à notre opinion, et mettre, dès l’origine, les non-nobles dans les genê, les phratries et les phylaï, sur le même pied que les nobles. Mais aucun, comme

1 Newman, The Politics of Aristotle, Oxford, 1887, t.I, p.97—120, expose parfaitement la doctrine d’Aristote.

2 Voici quelques exemples: πλῆϑος dans le sens de la foule, les classes inférieures 'Arist.; 4h. Pol. 2,1: Ὁ, 15 412,025 10, ἡ- 0NPnIUDE (Bekker), II, 13, p.81; tbidem, VII, 4, p.184. Ibidem, 11, 8, p.41, δῆμος dans le sens que l’on donne généralement à πλῆϑος dans le fragment de l’Ath. Pol. cité p.13 en note, c’est-à-dire non pas la foule, mais le peuple, l'ensemble de la nation; il s’agit de la constitution d'Hippodamos. Celui-ci divise la population en trois groupes, μέρη: .. -τεχνίτας... γεωργοὺς... τὸ προπολεμοῦν . .. δῆμον δ᾽ ἐποίει τὰ τρία μέρη τῆς πόλεως. Cf. Arist., Ath. Pol.: δῆμος opposé à οἱ ἐπιεικεῖς, ἃ οἱ γνώριμοι, εἴς., signifie les classes inférieures, dans $, 1; 11, 12, etc.

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on va le voir, ne s’applique d’une façon certaine, à la première période, la seule qui soit en discussion.

Pollux a écrit (VIII, 111): où δὲ φυλοβασιλεῖς ἐξ εὐπατριδῶν ὄντες μάλιστα τῶν ἱερῶν ἐπεμελοῦντο, συνεδρεύοντες ἐν τῷ βασιλείῳ τῷ παρὰ τὸ βουχολεῖον.' Si les chefs des phylai doivent être eupatrides, les phylai contiennent donc des non-eupatrides, qui, Pollux a voulu le noter, ne peuvent être élus φυλοβασιλεῖς. Soit! Cela ne veut pas encore dire que, pour tout le reste, les non-nobles étaient, dans les phylai, les égaux des nobles. D'ailleurs il faudrait savoir à quelle époque le texte s’applique: il se peut que ce soit à une époque très tardive, puisque la Politeia des Athéniens parle des phylobasileis comme de magistrats encore existants.?

On invoque ensuite le texte d’une loi de Dracon,ÿ pour prouver que l’organisation gentilice s’applique à toute la population. D’après cette loi, les 51 éphètes (dans certains cas) choisissent dix phratères: ἐσέσϑ[ο)ν dé[xa ‘ou φράτερες ἐὰν ἐϑέλοσιν" τούτος δὲ [ οι πεντέκο[ν]τ[α καὶ] ᾿ξς ἀρ[ιο[τίνδεν ‘agéσϑον)]. On a beaucoup discuté sur le sens d” ἀριστίνδην. Gilberti comprend que c’est parmi les seuls eupatrides que les 51 éphètes doivent choisir 10 phratères. Ed. Meyerÿ a traduit ἀριστίνδην par κατ᾽ ἀρετήν. Il importe assez peu: les deux traductions supposent que, parmi les phratères, οἱ φράτορες, il y a des non-nobles, ou plutôt que ceux-ci sont phratères, au même titre que les nobles. Mais la loi citée est une loi de Dracon, et on ne peut l’invoquer que pour l’époque de Dracon.

Venons-en aux fragments de Philochore. Fr. 94, περὶ δὲ τῶν ὀργεώνων γέγραφε καὶ Φιλόχορος" τοὺς δὲ φράτορας ἐπάvayxec δέχεσϑαι καὶ τοὺς ὀργεῶνας, καὶ τοὺς ὁμογάλακτας, οὗς γεννήτας καλοῦμεν. Ce texte signifie: il est nécessaire que les phratères reçoivent et les orgéons et les homogalaktes, que nous appelons gennètes. Meier? a cru que Philochore comprenait

1 ΠῚ 5π|186. duttexte est icitée plus-bas, p. 21, en note. 2 Chap. 57:

MG 6IE—=Dittenberser, Syloge, 5.2.1. 18: ct 'Demosth;; CPGE, 57, Ρ- 1060: POllux, 2 VIIL 12ς.

4 Handbuch, p. 118, ἢ. 2. 5 Rhein. Mus., XLI, p. 586.

6 Suidas, s. v. Ὀργεῶνες — Müller, FHG, I, 94.

7 Meier, De Gentil., p. 24.

Francotte, La Polis grecque.

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sous le mot gennètes: 1° les orgéons, 2° les homogalaktes. Mais la construction de la phrase grecque serait alors bien peu claire, et le fr. 91 ne permet pas de douter qu’il ne faille restreindre oùc γεννήτας καλοῦμεν au seul mot ouoyaAaxtec.! Nous apprenons donc que chaque phratrie renfermait deux éléments, les gennètes ou homogalaktes et les orgéons. D’où provenait cette distinction? Répondait-elle à une différence d’origine, pour les homogalaktes la naissance, pour les orgéons la communauté du culte? Quelle que fût sur ce point l’opinion de Philochore, les mots répondent pour lui: homogalaktes désigne clairement un ensemble de familles issues d’une souche commune;

1 Il est possible d’ailleurs que les trois derniers mots du fr. 94 constituent une addition au texte primitif; ils n’ajoutent rien à la valeur probante du passage: les deux χαὲ indiquent bien que nous sommes en présence de deux catégories distinctes de phratères. Schôll, Die kleisth. Phratrien, Ber. d. Bayer. Akad., 1889, IL, p. 5.

Fr. 91 de Philochore, Harpocr.: Φιλόχορος d'êr τῇ τετάρτῃ φησὲ πρότερον ὁμογάλαχτας ὀνομάζεσϑαι οὺς νῦν γεννήτας χαλοῦσιν.

Ainsi les fr. ΟἹ et 94 sont bien clairs: homogalaktes τ gennètai. Je ne reproduis que pour mémoire deux fragments qui ont donné matière à de nombreuses controverses.

Fr. 02, Suidas: Kai γεννῆται, où ἐκ τοῦ αὐτοῦ χαὶ πρώτου τῶν τριάχοντα γενῶν, OÙS καὶ πρότερόν φησι Φιλόχορος δμογάλαχτας καλεῖσϑαι.

Fr. 93, Suidas: Ὁμογάλαχτας" Φιλόχορος καλεῖ τοὺς γεννήτας τοὺς ἐχ τοῦ αὐτοῦ πρώτου γένους τῶν À γενῶν.

Comment faut-il traduire? Philippi, qui suit l’opinion de Platner, traduit: gennètes ou, comme les appelait Philochore, homogalaktes sont ceux qui appartenaient à un même genos et de plus à l’un des anciens genê, parmi les trente qui constituaient une phratrie. Il développe (p. 204, n. 47) le texte: οἱ êx τοῦ αὐτοῦ γένους xal οἱ ἐκ τοῦ πρώτου γένους ἢ ἔχ τινος τῶν τριάχοντα γενῶν. Il est bien difficile de voir tout cela dans le texte, et la traduction qui s'impose est: sont homogalaktes les gennètes qui appartiennent à un même genos ἐκ τοῦ αὐτοῦ, et, de plus au premier des trente genè qui forment une phratrie. Ainsi gennètai n’est pas synonyme d’homogalaktes; ce mot ne s’applique qu'aux membres du premier genos de chaque phratrie. Mais s’il en est ainsi, nous nous heurtons à une contradiction complète avec les fr. 94 et 91, où gennètai — homogalaktes. Nous concluons donc avec Lipsius et d’autres qu’il faut purement et simplement rejeter les fr. 92 et 93. Voir Lipsius, Bursians Jabresber., 1873, 11, p. 1358 et Stojentin, De Julii Pollucis ... auctoritate, Breslau, 1875, p. 42.

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orgéons, un groupe de familles à l’union desquelles la religion bien plus que la parenté a présidé. Il y a donc deux espèces de phratères, les gennètes ou membres des anciens gené, et les orgéons ou thiasotes.! Mais à quelle époque s'applique le texte de Philochore? Le livre (le quatrième) d’où il est extrait ne permet pas de croire qu'il concerne l’organisation primitive. Ce texte est emprunté aux mesures législatives prises après 403, pour assurer la pureté des listes des citoyens. ἃ cette époque, la phratrie comprenait comme des éléments distincts, les gennètes et les orgéons. Voilà tout ce qu'il est permis d’en conclure. Philochore ne parle donc pas de la même chose qu'Aristote.

Dans son discours sur la succession d’Apollodore, VII, en un endroit, 26, Isée invoque le témoignage des gennètai et, plus loin, il appelle ces mêmes gennètai, συγγενεῖς; notons que dans un autre discours (II, 14, sur la succession de Ménéclès), dans des circonstances identiques, là où on s’attendrait à trouver le mot gennètai, il emploie le mot orgéons; ainsi Apollodore fait partie d’un genos, Ménéclès fait partie d’une association d’orgéons.? Isée at-il donné à ces mots un sens technique différent, ou sont-ce des synonymes? Si Isée n'avait pas interprété luimême le mot gennètai par le mot sungeneis, le point serait douteux; mais cette interprétation montre que ce terme est pour lui un terme technique. La chose devient évidente quand on se rappelle le fr. 94 de Philochore, où gennètai est donné

1 L'existence des deux espèces de phratères remonte évidemment plus haut, plus haut même que l’époque de Clisthènes. C’est donc à tort que Schôll, Die kleisth. Phr., reconnaissait dans ce texte une loi de Clisthènes.

? I] s’agit bien ici des orgéons, membres de la phratrie, car ils se prononcent sur une question d’état civil. Philippi, o.1., remarque, après d’autres, qu'il y aurait lieu de se demander si les phratries renferment bien, comme deux espèces distinctes de membres, les homogalaktes et les orgéons, et si généralement il ne faut pas voir dans les orgéons les membres de simples associations religieuses. Telle est bien l’une des significations du mot orgéons, et de même dans Isée, IX, 30, le thiase est une confrérie qui probablement n’a rien de commun avec les phratries. Néanmoins il y a des orgéons et des thiasotes dans les phratries. Le doute qu’émet Philippi est levé par l'inscription de Décélie et le fr. 94 de Philochore ainsi que parisée, Il, 14.

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