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III. L'organisation gentilice des eupatrides

Parmi ces matériaux, il en est cependant qu'il a trouvés tout formés. Il les a fait entrer dans la cité, en les adaptant à leur nouvelle destination.

Posons d’abord quelques dates. Celles que nous possédons sont les suivantes: avant et après la fixation sur le sol; avant et après le synœcisme.

Avant la fixation sur le sol. Les Grecs, comme tous les peuples indo-germaniques, avaient une organisation familiale. On en retrouve, semble-t-il, le plan chez les Slaves du Sud: à la base, la communauté familiale ou zadruga; en se développant, elle donne le bratstvo qui répond à la phratrie; le bratstvo à son tour, en se développant, produit le pleme qui répond à la phylè.t

Reprenons chacune des parties de lédifice de la Cité athénienne et cherchons à démêler la double action qu'ont exercée sur elles la fixation sur le sol et la volonté du législateur, au moment du synœcisme.

D'abord le genos. Les nobles d'Athènes croyaient à leur origine supérieure: mais cette croyance elle-même était un résultat. La noblesse a des commencements plus humbles.? Dans toute société humaine, si primitive qu’elle soit, se font sentir les effets des inégalités entre les hommes. L’une des inégalités qui se font le plus tôt sentir est celle des fortunes. Certains hommes sont assez heureux ou assez habiles pour acquérir de grosses parts de butin, ils deviennent riches; 115 se sont aillé de vastes domaines; ils sont les grands propriétaires de troupeaux, les grands propriétaires de terres, les capitalistes du temps. La richesse ne circule guère, elle se crèe difficilement par l’agriculture, plus difficilement encore par l’industrie et le commerce encore rudimentaires. La fortune, qui se transmet héréditairement, devient de génération en génération la marque distinctive de certaines familles. Nous sommes à une époque guerrière; ces riches ne sont pas des oisifs. Les luttes, les aventures, une existence active, pleine de péripéties, d’imprévu, de mouvement sont leur idéal. Ils acquièrent dans les combats

1 Voir le mémoire qui suit.

2? Cf. spécialement Sumner-Maine, L'ancien Droit considéré dans ses rapports avec l’histoire de la société primitive . . ., trad. Courcelle- Seneuil, Paris, 1874.

92 L'organisation de la Cité athénienne avant Clisthènes.

la gloire militaire. Leurs enfants continuent à s’illustrer sur les champs de bataille. Mais, dans toutes les sociétés primitives, les liens du sang sont bien plus étroits, le souvenir de la parenté se garde bien plus longtemps que dans les sociétés modernes. Dans les classes inférieures, ce souvenir s’affaiblit, se perd par l'effet des années; dans la noblesse, l’action des années qui s’écoulent s'exerce dans un sens tout différent. Les nobles conservent pieusement la mémoire de leurs ancêtres; les degrés de la parenté qui les unit ne se comptent plus, mais ils savent qu’ils ont une origine commune. Pendant quelque temps, le domaine de chaque genos noble reste peut-être en commun, et enfin, tous ensemble les gennètes sacrifient à Zeus, protecteur des foyers, et à Apollon, auteur de leur race. Les nobles se groupent ainsi, en dehors du reste de la population, en un certain nombre d’unités familiales et religieuses. De tous les titres qu'ils ont à faire valoir pour établir leur superiorité, les plus décisifs sont tirés de l’ordre religieux; la barrière qui s'élève entre les nobles et les non-nobles, et que les efforts de plusieurs siècles auront à renverser, est une idée religieuse.

Le genos est donc antérieur à la fixation sur le sol, tout au moins dans son principe, puisque les inégalités sociales sont aussi anciennes que la race grecque; mais elles ont achevé de se marquer et ont donné au genos sa forme rigoureuse et exclusive.

Le législateur intervient à son tour: une préoccupation de la symétrie est très visible chez lui. Les quatre phylai sont divisées également en trois phratries.! Où s’est-il arrêté? D’après Aristote, chaque phratrie comprenait 30 genê. (Cela est-il vraisemblable? Les phratries sont des groupes de genè que tantôt le législateur a pris tels qu'ils existaient, que tantôt il a délimités, de manière que chaque phratrie eût la même importance. S’est-il contenté d’une égalité approximative ou at-il

1 De Sanctis, Afthis, p. 55, croit que le nombre de 12 phratries n’est pas certain; à plus forte raison les autres chiffres. — je m'étonne de ce que parfois l’on rejette si vite le témoignage d’Aristote, comme s'il contenait des énormités; mais ces constructions symétriques existaient à l’époque historique (à Cos, à Samos). Quoi de plus vraisemblable que de supposer qu’elles reproduisaient un type ancien?

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