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I. Motifs de la réforme de Clisthènes

programmes politiques, alors naissent, dans le sein du peuple athénien, non pas des classes, mais des partis.i

Les trois partis existaient-ils encore à l’époque de Clisthènes? Je n’ose pas l’affirmer. Le long règne des Pisistratides pouvait avoir eu pour effet de briser leur cohésion; on ne nous parle plus que de deux chefs. Mais qu’ils eussent ou non cessé d’exister, les partis avaient révélé la puissance de l'aristocratie; elle pouvait encore susciter des groupements semblables; en tous cas, elle relevait la tête. C’était l'ennemi

à combattre. Il fallait briser son influence.

D'où, dans le passé comme dans le présent, provenait cette influence? La puissance de Paristocratie ne provenait pas de sa force numérique; celle-ci avait dû s’affaiblir par l’effet du temps, tandis que celle du peuple s’augmentait: la puissance de Paristocratie était surtout morale; elle provenait de son influence sur les non-nobles.

Cette influence était double: elle était d’abord religieuse. Associés aux genè, les non-nobles voyaient dans les Eupatrides, les représentants par excellence de toutes les anciennes traditions de la Cité; par eux ils avaient été admis au culte gentilice, et cette subordination dans l’ordre religieux se reflétait dans l’ordre politique.

1 Ces trois groupes (Eupatrides, Géorgoi, Démiurges) si l’on y voit trois classes, crèent une difficulté spéciale à ceux qui reconnaissent dans les phylai quatre castes ou tout au moins quatre groupes constitués par la profession principale des membres. Je ne dis pas «dénommés d’après cette profession», ce qu’on pourrait admettre. Haase s’est particulièrement préoccupé de cette question; il cherche à ramener la division en trois à la division en quatre. Sa combinaison est certes ingénieuse, mais elle est purement artificielle. La même difficulté se présente à ceux qui voient dans les quatre phylai des circonscriptions locales et dans les trois groupes des groupes géographiquement délimités. Ces deux difficultés disparaissent dans le système proposé. Thumser, Sfaatsallertümer, 6e éd., p. 321, remarque justement que les trois classes (qu’il admet) ne laissent plus place dans la phratrie pour une distinction entre une classe de gennètai et une classe d’orgéons. Si l’on adopte, comme je l’ai fait, cette dernière distinction, il faut donc renoncer à garder les trois classes. Haase, Die athen. Stammuverf., Abhandl. der Philol.-histor. Gesellschaft zu Breslau, 1, 1856, p. 76.

44 La réforme de Clisthènes.

Elle était locale: en effet, l'aristocratie avait son centre dans le Pédion, mais elle avait encore des influences ailleurs; les genê étaient répandus un peu partout. Leur action rayonnait sur tout leur voisinage; cette action, semblable à celle des châteaux, par exemple en Vendée à la fin du XVIIIe siècle, était issue d’une longue cohabitation aux mêmes lieux et des relations de voisinage; c'était le patronage du grand propriétaire sur le petit métayer.

Cette double influence était mise en œuvre par Isagoras, l’adversaire de Clisthènes, comme elle l’avait été avant lui par Mégaclès, par Lycurgue, par Pisistrate. Clisthènes veut la briser.

Une autre question se posait encore: quelle attitude prendre vis-à-vis de ces individus dont nous parle Aristote, au chapitre 13, de ces μὴ xaÿaçoi, dont le droit de cité était contestable? Ils étaient venus, avant l’avènement de Pisistrate, renforcer le parti des Diacriens. La tyrannie qui avait remporte la victoire, grâce à cet appoint, les laissa dans la Cité; après la chute des tyrans, le parti des aristocrates les raya de la liste des citoyens. Ces individus vinrent implorer la protection de Clisthènes, et celui-ci les accueillit avec joie, voyant en eux des appuis solides de la démocratie.

Comme nous le verrons plus loin, à l’époque d’Aristote, pour être citoyen, il fallait être ne de père et de mère athéniens et la condition du mariage des parents n’était pas requise. La législation antérieure, sous Solon et sous Périclès, était plus rigoureuse;! à coup sûr, l’était-elle sous Clisthènes: l’exercice du droit de cité reposait sur l’appartenance à la phratrie; or, au IVe siècle encore, dans la phratrie des Démotionides, la condition du mariage des parents est exigée. Nous pouvons nous faire une idée de l’importance numerique des bâtards, νόϑοι, par ce fait que rapporte Philochore: sous Périclès, une revision attentive des listes, sur 19000 citoyens en fit rayer 4700.

1 Tous ces points sont très discutés: ils ne rentrent pas dans mon sujet. Je reviendrai tout à l'heure, sur la portée de la législation au IVe siècle. Pour les siècles antérieurs, je me borne à renvoyer à Beauchet, Droit privé de la Rép. ath., Paris, 1897, L, p. 70 s.; mais je dois signaler, d’une façon spéciale, les travaux de Schenkl, Wiener Studien, 11, V, VI.

IT. Points principaux de la réforme. 45

La mesure prise par Clisthènes devait donc avoir un effet très réel; mais il n’était point facile de l’appliquer. Ces individus rayés des phratries n’étaient plus citoyens; autrefois ils avaient usurpé le droit de cité, et par conséquent la qualité de phratères; on pouvait à la rigueur les faire rentrer dans les phratries par la naturalisation, mais ils étaient à la merci d’une loi avec effet rétroactif qui les aurait retranchés de la Cité. Le moyen le plus sûr était de modifier les bases du droit de cité et de créer une nouvelle liste officielle des citoyens, sur laquelle ils figureraient aussi légitimement que les citoyens de naissance! et seraient confondus avec ceux-ci.

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