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II. POINTS PRINCIPAUX DE LA RÉFORME

Ainsi, briser le pouvoir de laristocratie, tel est le but de Clisthènes.? Ce pouvoir provient des relations religieuses et politiques que l’organisation gentilice établit entre eupatrides et non-eupatrides; il provient encore des rapports de voisinage. Ensuite, Clisthènes veut introduire dans la Cité, d’une façon définitive, des éléments nombreux qui viennent d’en être exclus.

Plaçons-nous dans la pure théorie et demandons-nous quels étaient les moyens les plus simples et les plus efhicaces pour réaliser ces réformes. La dernière pouvait être obtenue en donnant au droit de cité une nouvelle base, en en réglant l’exercice non plus d’après le principe gentilice mais d’après le principe territorial. Le meilleur procédé pour rompre les anciens rapports de voisinage était de créer de nouveaux groupements, de faire un peu de géométrie électorale. Enfin, pour briser sûrement l'influence religieuse et politique de lorganisation gentilice, le moyen le plus expéditif, à coup sûr, était

1 I] faut ajouter aux nothoi, les étrangers, etc., dont parle Aristote, Politique, I, I, 10: πολλοὺς γὰρ ἐφυλέτευσε ξένους καὶ δούλους μετοίχους (= des esclaves devenus métèques, Meier, De Gentil., p. 6). Cf. Thumser, Staatsallertümer, p. 404.

? Hug, o. Z., range aussi parmi les motifs de la réforme de Clisthènes le désir de faire disparaître l'opposition de la ville et de la campagne, et explique par là la division de la ville en plusieurs dèmes. Il n’existe aucune trace de semblable opposition; il n’en est pas moins remarquable que les mesures de Clisthènes ont eu pour effet de la prévenir.

40 La réforme de Clisthènes.

de briser cette organisation elle-même; mais peut-être devait-il sufhre de lui ravir son importance, tout en la laissant subsister comme un souvenir inoffensif du passé.

Maintenant, toujours dans la pure théorie, quelle réforme Clisthènes a-t-il dû faire? Je puis répondre, la réforme la plus efficace, mais aussi la moins semblable à une révolution. Clisthènes était certes un homme d’état d’un jugement droit et de ferme décision, comme le fut Solon, mais il n’avait rien d’un démagogue. Il en différait profondément par le respect du passé, par des égards pour la tradition. Ce n’était pas la main brutale d’un révolutionnaire, c’était la main respectueuse d’un réformateur qu’il portait sur l’édifice qui avait abrite les génerations antérieures. Supprimer le moins possible, conserver tout ce qui pouvait être conservé, pousser cet esprit de conservation jusqu’à lui sacrifier la symétrie et la régularité, jusqu’à admettre des disproportions, même des parties inutiles dans l'édifice politique, tel est le plan qu'il dut s'imposer et qu’il s’imposa en réalité.

En effet, sa réforme consiste essentiellement dans les points suivants :

1° Suppression des groupements locaux;

2° Nouveaux groupements des citoyens d’après le principe territorial;

3° À côté de ces nouveaux groupements subsistent les groupements anciens d’après le principe gentilice.

Le tableau qui précède fait bien, ce me semble, ressortir la difficulté, comme aussi l'intérêt du sujet: Clisthènes ἃ sous les yeux la population athénienne, groupée suivant le principe gentilice; il ne touche pas à cette organisation; mais, à côté, 1] constitue un nouveau groupement suivant un autre principe. Voilà donc la population d'Athènes groupée d’après deux procédés: ces deux procédés donnent-ils des résultats différents, ou Clisthènes les a-t-il harmonisés de façon à leur faire produire un seul et même résultat? Plus simplement encore: les citoyens font partie d’une phratrie et ils font partie d’un dème: la phratrie est-elle dans le dème? Alors comment Clisthènes s’y est-il pris pour faire entrer la phratrie qui est du principe gentilice dans le

HI. Clisthènes supprime les groupements locaux, phylai et naucraries. 47

dème qui est du principe territorial? Ou bien, la phratrie estelle à côté du dème, le dème à côté de la phratrie? Pourquoi alors cette double organisation, et vraiment Clisthènes n’a-t-il pas cherché à jeter un pont de l’une à lautre?

Reprenons chacun des points de la réforme, dans l’ordre

où ils ont été indiqués tantôt.

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