III. CLISTHÈNES SUPPRIME LES GROUPEMENTS LOCAUX, PHYLAI ET NAUCRARIES
La raison de cette suppression saute aux yeux. Clisthènes méditait la création de nouvelles circonscriptions administratives, locales: par conséquent, il devait bien commencer par faire, sous ce rapport, table rase.
Sur cette double suppression, Aristote (chap. 21) ne laisse aucun doute; Clisthènes, dit-il, répartit tous les citoyens dans dix phylai, au lieu des quatre anciennes. En ce qui concerne les naucraries, le texte n’est pas moins précis: il affirme nettement que Clisthènes institua les dèmes à la place des naucraries.
Remarquons qu’un historien athénien du IVe siècle, Cleidèmos, attribuait par contre à Clisthènes la création de 50 naucraries: «Clisthènes, dit-il, ayant établi dix phylai au lieu des quatre, divisa les citoyens en cinquante parts, μέρη, que l’on appelait naucraries, comme aujourd’hui ils le sont en cent parts, que l’on appelle symmories».t Ces naucraries ne ressemblaient pas exactement aux anciennes: celles-ci étaient une subdivision du territoire; celles-là des groupes de personnes; mais les devoirs de leurs membres restaient les mêmes. Aristote et Cleidèmos peuvent donc avoir raison tous les deux, si, de notre côté, nous y mettons un peu de bonne volonte.?
1 Photius, Navxoaola. Le passage est cité plus haut p. 28 en note.
? M. Fränkel, Zur Drakontischen Verfassung, ΚΡ. Mus., 1892, p. 473 maintient les naucraries après Clisthènes, sur la foi de Cleidèmos.
Mème opinion, Wilamowitz, Arist. u. Ath, II, p. 166.
48 La réforme de Clisthènes.
IV. CLISTHÈNES CRÉE DE NOUVEAUX GROUPEMENTS SUIVANT LE PRINCIPE TERRITORIAL:
PHYLAI, DÈMES, TRITTYES.
Lisons d’abord le texte: «Clisthènes, dit Aristote, répartit tous les citoyens en dix phylai au lieu des quatre anciennes, voulant les mêler de façon qu’un plus grand nombre eussent part à la constitution. D’où vient ce dicton adressé à ceux qui recherchaient les genê: «Ne vous inquiétez plus des phylail!
Ensuite il constitua un sénat de cinq cents membres, au lieu de quatre cents, à raison de cinquante par phylaï; autrefois cent membres étaient pris dans chacune des anciennes phylai.
Il ne créa pas douze phylai, afin que sa division ne coïncidât pas avec les anciennes trittyes — car il y avait dans les quatre phylai douze trittyes — et qu’ainsi il n’échouât pas ans son projet de mélanger la population. Il partagea la contrée, d’après les dèmes, en trente parts, dix pour les environs de la ville, dix pour la Paralia, dix pour la Mésogie; il appela ces trente parts, trittyes, et par le sort il en distribua trois dans chaque phylè, de telle sorte que chacune des phylai fût représentée dans toutes les régions. Et il décréta que tous ceux qui habitaient dans chacun des dèmes seraient démotes tous ensemble (dans la vie publique), de façon qu’on ne désignât plus les citoyens par le nom de leur père, usage qui eût constitué un blâme indirect à l’égard des nouveaux citoyens, mais qu’on les désignât par le dème: d’où les Athéniens se désignent eux-mêmes par les dèmes.?
Il établit les démarques avec la même mission que les anciens naucrares, car il institua les dèmes à la place des naucraries.
1° Ὅϑεν ἐλέχϑη χαὶ τὸ μὴ φυλοχρινεῖν. Ne faut-il pas conclure de ce texte, dont la signification précise nous échappe, mais dont nous saisissons la portée générale, que Clisthènes supprima les phylai? Non, mais il en faut conclure, tout au moins, que les anciennes phylai n’existèrent plus guère que de nom. Clisthènes, dit-on, laissa subsister les phylai comme corps religieux; mais la phylè existait en tant qu’un ensemble de genè: si l’on détache les genè des phylai, que reste-t-il dans les phylai? Cf. infra.
2? Sur le sens de ce passage cf. Wilamowitz, Arist. u. Athen, 11, Ρ. 169: der athenische Name, et v. Schôffer, Pauly-Wissowa, 5. v. Demoi.