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IV. Clisthènes crèe de nouveaux groupements

Il nomma les dèmes, les uns d’après le nom du lieu, les autres d’après leurs fondateurs; οὐ γὰρ ἅπαντες ὑπῆρχον ἔτι τοῖς τόποις, car toutes les localités n’avaient pas gardé le nom de leur fondateur. Quant aux genë, aux phratries et aux sacerdoces, il permit que chacun les conservât d’après la tradition de ses ancêtres. Aux phylai il donna pour éponymes ceux que choisit la Pythie parmi les cent anciens héros athéniens qu’on lui proposa.»

Les villages existaient dès avant Clisthènes: cela va de soi, mais ils n’avaient pas encore reçu d'organisation municipale. Il y avait des villages, il n’y avait pas encore de communes.l Supposons, pour rendre plus claire notre pensée, que - Clisthènes eut sous les yeux une carte de l’Attique; il y discerna, comme nous-mêmes nous le faisons encore aujourd’hui, un certain nombre de petits points qui marquaient la place des différentes localités habitées, hameaux, villages, bourgs. Il commença par choisir un certain nombre de ces points pour être le siège des administrations municipales futures; puis, tout autour de chaque point, il traça les limites de la commune; celle-ci comprit donc sur son territoire d’abord une localité qui en était le centre, puis des hameaux ou localités moins importantes qui en dépendaient. Autrefois la carte avait porté 48 circonscriptions, les naucraries: Clisthènes les effaça et, à la place, il en traça un nombre supérieur à l’ancien, mais inférieur à cent.’

Quand Clisthènes eut tracé sa carte, il remarqua que les communes étaient plus nombreuses dans certaines contrées que dans d’autres; ailleurs les limites étaient plus larges, mais il y avait trois contrées où les lignes se rapprochaient: Athènes et le voisinage, la Paralia et la Mésogie.® L’Attique se divisait

1 L'institution des δικασταὶ κατὰ δήμους, par Pisistrate, ne prouve rien: le tyran institua des juges qui allèrent, à la campagne, trancher, sur place, les procès des villageois.

? Le passage d'Hérodote, V, 69, qui donnait 100 dèmes, doit être lu, d’après Lolling: δέκα «χα! δὲ καὶ τοὺς δήμους χατένεμε ἐς τὰς φυλάς: il dit donc simplement que Clisthènes répartit les dèmes dans les dix phylai.

# Je dois signaler ici une difficulté: à l’époque de Pisistrate, trois partis locaux et une triple division de l’Attique; à l’époque de Clisthènes,

Francotte, La Polis grecque. 4

50 La réforme de Clisthènes.

ainsi naturellement tout autour de ces trois contrées, en trois régions d’inégale grandeur territoriale, mais de population à peu près équivalente; ces trois régions, appelons-les: arrondissements. Clisthènes les divisa chacun en dix cantons qu’il nomma: trittyes; il eut ainsi trente de ces cantons ou trittyes; par un tirage au sort, il répartit chacun de ces trois groupes de dix trittyes, en dix phylai, de façon que chaque phylè eût une trittye de chaque région. La phylè comprenait donc des parties distantes les unes des autres du territoire athénien.

Posons-nous cette question: qui faisait partie de chaque dème? Aristote nous fournit la réponse: ceux qui habitaient la circonscription du dème. Nous répondrions de même à la question: quels sont les membres de telle commune? Ceux qui y sont domiciliés. C’est donc bien le pur principe territorial qui règle l’appartenance des citoyens aux dèmes.

Il fut appliqué à ceux qu'Aristote appelle les néopolitai, et dans la naturalisation desquels il voit avec raison l’un des points les plus importants de la réforme; par leur seule intro-

le Pédion et la Diacria ne sont plus cités par la Politeia. On pourrait les retrouver, le Pédion dans la ville et ses environs, la Diacria dans la Mésogie (sur celle-ci, E. Curtius, Inscript. Atticae nuper repertae, Berlin, 1843, p. 1); mais il n’y a pas lieu de recourir à ces identifications si l’on admet qu'à l'époque de Clisthènes les trois partis avaient disparu. Bien plus, la façon dont Aristote décrit la topographie de l’Attique, lors de la réforme, ne prouve-t-elle pas cette disparition? En lui-même, d’ailleurs, ce rapprochement est contestable: les divisions de l’Attique ne sont pas établies d’une façon bien déterminée; il n’y a pas lieu de s’en étonner, celles dont il s’agit maintenant, n'étant pas des divisions politiques et administratives, mais reposant uniquement sur l’usage, ont dû varier et ont varié. Ce sont là des désignations arbitraires et changeantes. Ainsi, Sophocle, ap. Strab., IX, p. 392, divise l’Attique en Akte, Diacria et Paralia, et Schol. Aristoph., Guépes, 1223, et Lys, 58, entend par Aktè la banlieue de la ville: ἡ περὲ τὸ ἄστυ. Cf. Gilbert, “Πα. Komenverf., Jahrb. f. kl. Philol., Suppl. VII. Quant à la Mésogie, elle apparaît chez Pollux, VIII, 109, comme le nom d’une phylè: sous Kekrops, les quatre phylai s’appelèrent Kekropis, Autochthôn, Aktaia, Paralia; sous Kranaos: Kranaïs, Atthis, Mesogaia, Diakris.

Certains auteurs (sic Haase) se sont efforcés de ramener l’une à l’autre toutes ces divisions, les quatre phylai, les trois classes, les différentes régions, mais leurs efforts n’ont pas abouti. Les derniers historiens, comme Gilbert et Busolt, ont abandonné ces combinaisons compliquées.

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