IV. Clisthènes crèe de nouveaux groupements
duction dans la Cité, Clisthènes opérait déjà, dans de larges proportions, le mélange de la population qui lui tenait tant à cœur. Sur la liste de chaque dème, à côté des anciens citoyens, figurait un fort contingent de nouveaux citoyens, et rien n’était plus propre que leur présence à déranger l’économie des groupements antérieurs et à en établir d’autres. Figurez-vous dans nos villages d’aujourd’hui, par exemple dans les villages de la frontière où la population indigène et la population étrangère se balancent presque, les effets d’une naturalisation en masse de celle-ci: quelles conséquences au point de vue électoral, quels changements dans la composition des corps élus se produiraient immédiatement!
Mais combien de temps le principe territorial demeura-t-il dans sa pureté? Son règne incontesté fut très court; car à peine installé sur le trône, il dut faire des concessions. La qualité de démote, acquise une fois par le domicile, devint immuable pour celui qui l'avait acquise et transmissible héréditairement à ses descendants; elle fut donc, dès le principe, personnelle, attachée d’une façon indissoluble à la personne présente et à ses représentants dans l’avenir.
Je n’entrerai pas dans les détails de l’organisation intérieure de la phylè et du dème.! Je veux seulement m’attacher à quelques points dont la connaissance importe, si lon veut avoir une idée exacte de l’organisation de la Cite.
Dans chaque dème se tient une liste des démotes, et cette liste est celle des citoyens. Auparavant, cette liste était tenue par les phratries; nous verrons dans quelle mesure elles continuent à être chargées de cette mission.
En ce qui regarde la liste du dème, Aristote va encore nous éclairer. Nous lisons au Chapitre 42 où il expose la Constitution actuelle: «Participent au droit de cité ceux qui sont nés de deux Athéniens. Ils sont ensuite inscrits parmi les démotes quand ils sont âgés de 18 ans, ὀχτωκαίδεκα ἔτη γεyovôtec. Lorsqu'il y a lieu de les inscrire, les démotes se
1 Cf. surtout Haussoullier, La vie municipale en Attique, Paris, 1884. La répartition des dèmes entre les dix phylai à été étudiée par Wilamowitz, Aristot. u. Athen, Il, p. 145; Milchhôfer, Untersuchung über die Demenordnung des Kleisthenes, AM, 1892 et R. Lôper, AM, XVII.
52 La réforme de Clisthènes.
prononcent sur chacun d’eux, διαψηφίζονται. Après avoir prêté serment, ils examinent d’abord si, d’après eux, les jeunes gens ont l’âge requis par la loi; s’ils n’ont pas cet âge, ils sont renvoyés parmi les enfants; en second lieu, ils examinent si l'intéressé est libre et s’il est né d’après les lois. S'ils votent qu'il n’est pas libre, il a l’appel au dikastère; les démotes choisissent parmi eux, comme accusateurs, cinq hommes, et s’il est constaté qu’il n’a pas été inscrit légalement, la Cité le vend. 51 gagne son procès, il est forcément inscrit parmi les démotes. Ensuite le sénat fait l'examen, δοκιμάζει, des inscrits, et si l’un d’eux parait âgé de moins de 18 ans, le sénat prononce une peine contre les démotes qui l’ont admis».
Ces données ne sont pas absolument nouvelles; mais nous les possédons maintenant dans leur ensemble et dans un texte sûr.
Ainsi l'exercice du droit de cité dépend de Paffiliation au dème, et le droit de cité lui-même s’acquiert par la filiation légale. La liste du dème s'appelle ληξιαρχικὸν γραμματεῖον." Après la réforme de Clisthènes, tous les citoyens y sont inscrits, même ceux qui n’ont pas de 17&c ou xA%o0c? Le nom même était antérieur: ἢ y eut probablement un temps où le document, ainsi appelé, ne portait que les seuls propriétaires. Dès l’époque de Solon et même dès celle de Dracon, il fut nécessaire de connaître les propriétaires qui devaient figurer parmi les hoplites de Dracon et dans les classes de Solon. La tenue d’un registre de cette nature doit remonter plus haut encore, au jour où l’on a cherché à poser des règles précises pour la perception de l’impôt. Avant Clisthènes, ce sont sans doute les naucrares qui ont tenu ce registre.
1 Harpocr., “ηξιαρχιχὸν γραμματεῖον" Αἰσχίνης ἐν τῷ χατὰ Tiμάρχου, εἰς ὃ ἐνεγράφοντο οἱ τελεωϑέντες τῶν παίδων, οἷς ἐξῆν 707 τὰ πατρῷα οἰχονομεῖν, παρ᾽ ὃ καὶ τοὔνομα γεγονέναι, διὰ τὸ τῶν λήξεων ἄρχειν" λήξεις δ᾽ εἰσὶν οἵ τε χλῆροι καὶ αἱ οὐσίαι, ὡς καὶ Δείναρχος, etc. Cf. Haussoullier, La vie munic. en Attique, Paris, 1884, p. 13.
2? Sur le sens de ces mots, cf. E. Koch dans Griechische Studien für H. Lipsius, 1894, p. 11, Tôpffer, Hermes, XXX, p. 391, De Sanctis, ANS 70: .32: πὶ 8.