V. L'ancienne organisation après Clisthènes
V. L’'ANCIENNE ORGANISATION EN PHYLAI, PHRATRIES, GENÉ, THIASES, APRÈS CLISTHÈNES.
Il faut ici, afin de procéder avec clarté, poser quelques faits:
1° Chaque citoyen continue à appartenir à une phratrie; ce point ne demande pas de démonstration.
2° Tout citoyen fait, dans la phratrie, partie d’un genos ou d’un thiase. En ce qui regarde les anciens genê, les orateurs (Jsée, Discours sur la succession d’Apollodore; Ps.-Demosth., c. Neaera; Demosth., c. Euboul.) ne laissent aucun doute. En ce qui regarde les thiases, l’inscription de Décélie est décisive; nous verrons que la phratrie des Démotionides contient un certain nombre de thiases qui sont dans la phratrie comme la partie est dans le tout.
Tout cela ne pourrait être contesté! que pour les naturalisés, et encore pas en ce qui touche leur affiliation à une phratrie. La formule des décrets le prouve: le citoyen sera inscrit dans une phylè, dans un dème, dans une phratrie, telle est sa portée.? Pourquoi n’y est-il pas question du genos ou du thiase? Ce n’est pas de dire que les nouveaux citoyens ne faisaient pas partie d’un thiase; mais en donnant la phratrie, on donnait implicitement le thiase. Le nouveau citoyen se choisit une phratrie; il choisit telle phratrie, mais son choix n’a d'effet que s’il choisit un thiase dans cette phratrie. Lui dire de choisir une phratrie, c’est lui dire de choisir en même temps un thiase. Il ne sera évidemment pas admis dans n’importe quel thiase: il ne pourra pas ἃ fortiori s'imposer à un genos noble; mais il trouvera bien un thiase où il compte des amis et qui le recevra dans son sein et, par voie de conséquence, l’affiliera à une phratrie.
1 Philippi, ο. Z L'opinion contraire avait été admise par Philippi lui-même en 1879, Jabrb. f. kl. Philol., d’après Buermann, ibid. Suppl. IX.
? Sur cette formule, voir Buermann, Jabrb. f. kl. Philol., Suppl. IX. Voici la formule en usage jusqu’en 320: εἶναι Αϑηναῖον αὐτὸν xai ἐχγόγους, καὶ εἶναι αὐτῷ γράψασϑαι φυλῆς χαὶ δήμου χαὶ φρατρίας ἧς ἂν βούληται κατὰ τὸν νόμον...
54 La réforme de Clisthènes.
Mais, objectera-t-on, cette explication, si elle était vraie, serait confirmée par le commencement de la formule. Pour faire partie d’une phylè, il faut faire partie d’un dème, donc il suffirait de donner soit la phylè, soit le dème. Il y a une différence capitale entre la phylè ou le dème d’une part, et le genos ou le thiase d’autre part. Les deux premiers sont des organes de l’État, des corps politiques: il est donc naturel que tous deux soient visés dans la formule. Le genos ou le thiase, au contraire, sont des associations privées.
La phratrie se compose donc de plusieurs thiases, au milieu desquels souvent il y a un ou plusieurs genè nobles.
A l’origine, le thiase et le genos ont été des organes vivants; mais, et cela est surtout vrai du thiase, ils tendent à s’atrophier. (Certains thiases, plus nombreux que les autres, ont pu se donner une vie propre, se choisir des jours de fête spéciaux, posséder des biens, se bâtir un sanctuaire. La plupart ont une existence peu active: plusieurs mème n'existent peutêtre que de nom. Il était convenu que dans la phratrie chacun appartenait à un thiase; mais pour bon nombre de thiases, les réunions se confondaient avec celles de la phratrie tout entière. Tous les genê n'avaient pas subi cette loi; ils n'avaient pas renoncé à leur vie propre; ils continuaient à se réunir isolément, à veiller à la pureté de leurs registres. Le sentiment aristocratique, leurs propriétés, l’administration d’un sanctuaire leur créaient des intérêts particuliers. Il y avait probablement aussi des genè qui avaient laissé s’éteindre peu à peu leur activité intérieure et qui, à l’exemple de maints thiases, n’avaient plus d’autre principe de vie que celui qu’ils puisaient dans la phratrie.!
1 Tous les genè nobles que nous rencontrons à Athènes, à toutes les époques de l’histoire, sont-ils nécessairement les héritiers des genè de l'époque primitive? Je ne le crois pas. Du jour où la noblesse perd ses privilèges politiques, elle revient à sa situation originaire; elle ouvre de nouveau ses rangs. (Certaines familles qui se maintiennent pendant quelques générations à la tête de la société, par la richesse ou par le talent, peuvent recevoir la noblesse de l’opinion publique, c’est-à-dire s’élever dans la considération générale. Elles peuvent prendre à la vraie noblesse son organisation, se constituer comme les anciens genè, se donner des ancêtres. Cette idée est indiquée par Tôpffer, Attische Genealogie, p. 5, lequel fait