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V. L'ancienne organisation après Clisthènes

Ce qui précède rend compte d’une anomalie, à première vue bizarre, qui se révèle chez les orateurs athéniens: ceux-ci, discutant des questions d’état, invoquent régulièrement le temoignage des démotes, celui des phratères, mais très rarement celui des gennètes ou des thiasotes ou orgéons. C’est que, si linscription au dème et l’inscription à la phratrie se sont toujours accomplies, l'inscription au genos ou au thiase n’a pas été précisément omise, mais s’est faite en un seul et même acte, concurremment avec l'inscription à la phratrie. On pourra objecter le règlement des Démotionides (deuxième décret); là, il est vrai, le thiase se prononce à part, avant que l’ensemble de la phratrie vote; mais ce règlement montre comment les choses se passent dans cette phratrie-là, comment même, dans la rigueur, elles devraient se passer dans toutes les phratries.

Chez les Démotionides mêmes, quelle vie propre, quelle importance pouvaient avoir des thiases, trop peu nombreux pour fournir trois témoins? Ainsi, jusque dans cette phratrie, il se rencontrait des thiases qui n’existaient guère qu’en théorie.

Ce qui précède explique lanomalie signalée. Prenons quelques exemples. D’abord deux cas qui pourraient faire croire que tous les Athéniens ne font pas partie d’un genos ou d’un thiase.

Euxithée (Demosth., c. Euboulide) veut prouver contre Euboulide que celui-ci l’a fait injustement rayer du dème d’Halimonte; il est, soutient-il, issu d’un père et d’une mère d’origine athénienne; il cherche à établir la nationalité de son père et de sa mère. Il fait comparaître, pour son père, les phratères, les gennètes,! les démotes; pour sa mère, les phratères et les démotes. Donc, serait-on tenté de conclure, la famille de sa mère n’a pas de genos ni même de thiase.?

remarquer avec raison que si beaucoup de noms de genë ont une forme patronymique, d’autres, comme Σαλαμίνιοι sont empruntés aux lieux; d’autres, comme Κήρυχες aux professions.

1 Euxithée dit, 46, p.1313, qu’il est de famille noble: ὡς ὑπ᾽ αὐτῶν τούτων προεχρίϑην ἐν τοῖς εὐγενεστάτοις χληροῦσϑαι τῆς ἱερωσύνης τῷ Ἡραχλεῖ ὡς ἦρχον ἀρχὰς δοχιμασϑείς.

2? R. Dareste, Les Plaidoyers civils de Démosthène, Paris, 1875, I, ΡΟ. Θὰ. 106.

50 La réforme de Clisthènes.

Un cas non moins curieux se trouve dans Ps.-Demosth., c. Neaera. Il s’agit de prouver que Stéphanos donne à Neaera la situation d’une épouse légitime, contrairement à la loi qui défend le mariage avec des étrangères, plus simplement que Neaera usurpe la qualité d’Athénienne. Parmi les preuves: Stéphanos ἃ introduit les enfants de Neaera dans sa phratrie; il a poussé l’audace plus loin, il a donné en mariage Phano, la fille de Neaera, à un Athénien, Phrastor. Phrastor présente son fils au genos des Brytides dont il fait partie, et ici nous voyons un genos qui a conservé sa vie propre. Les Brytides refusent d'inscrire l’enfant, parce qu’il est né d’une étrangère. Si Stéphanos avait eu un genos ou du moins un thiase, n’y aurait-il pas introduit les enfants de Neaera? Le silence de l’orateur prouve, ce semble, que la présentation au thiase n’a pas eu lieu.

De ces deux faits et de quelques autres de même nature qu'on y pourrait joindre, ne résulte pas cette conclusion. Remarquez que, dans le cas d’Euxithée et dans celui de Phrastor, nous sommes en présence d’un ancien genos, dans lequel les choses se passent avec la régularité traditionnelle; ce genos se prononce réellement sur les -admissions. Mais, dans d’autres cas, et spécialement quand 1] s’agit de thiases, l’inscription se fait concurremment, et en un seul et même acte, à la phratrie et au thiase. Il n’y a donc lieu de relever que linscription à la phratrie.

Isée (De her. Apollod.) nous donne un exemple de ces inscriptions concomitantes: «Le jour des Thargélies, raconte Thrasyllos, δ 15 s., mon père adoptif, Apollodore (l’adoption dans l’espèce est contestée), me conduisit aux autels, au milieu des gennètes et des phratères. C’est une règle parmi eux que le citoyen qui introduit chez eux un fils naturel ou un fils adoptif, doit affirmer, sous serment, qu’il présente un enfant né d’une citoyenne et né régulièrement,! et cela, qu'il s’agisse d’un

Rappelons qu’à l’époque d’Aristote, pour l'inscription au dème, il suffit d'être né de deux Athéniens; par conséquent les enfants naturels reconnus et les enfants légitimes sont admis. Primitivement la condition du mariage des parents était exigée, comme elle l’était à la phratrie. Que faut-il déceder

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