VII. Rapport de l'inscription à la phratrie
des droits est subordonné à une double inscription: à la phratrie et au dème.
Il y a toute une période de la vie de PAthénien pendant laquelle il est d’une phratrie sans être d’un dème. Cette période cesse à 18 ans accomplis.! Mais, avant ce moment, certains droits peuvent s'ouvrir pour lui; il peut, par exemple, être appelé à une succession. Ces droits, il pourra évidemment les exercer, à condition qu'il soit membre d’une phratrie et, en cas de contestation, qu'il prouve sa qualité de citoyen.
X, mineur, est appelé à une succession; il a l’ayyroteia, comme dit Philippi, la vocation à l’héréditée. Pourquoi l’a-t-1l? Ce n’est pas parce qu’il est inscrit à une phratrie, c’est parce qu’il est citoyen athénien; mais les droits attachés à la qualité de citoyen, on ne peut les exercer que si l’on fait partie d’une phratrie. Donc, en cas de contestation, X doit prouver qu'il est citoyen et qu'il est membre d’une phratrie. L’affiliation à une phratrie est la condition de l’exercice des droits du citoyen pour X; comme X est mineur, on peut dire que pour lui, laffiliation à la phratrie est la condition de l’exercice des droits privés.
Mais à 18 ans accomplis, commence, pour lAthénien, une nouvelle période de la vie, durant laquelle, pour pouvoir exercer un droit privé ou public quelconque, il devra établir qu’il appartient à une phratrie ef à un dème.
Voilà la règle qu’il doit suivre. Comment se justifie-t-elle? Le débat n’a qu'un intérêt théorique, puisqu’en pratique, en tout cas, la double inscription est requise. La raison serait-elle que chaque inscription est la condition de l’exercice de droits différents? Non, puisque, pour les droits politiques, le citoyen doit faire partie d’une phratrie aussi bien que d’un dème. Par contre, la même chose pour les droits privés: l’adopté majeur sera affilié au dème et à la phratrie de son père adoptif.
Les deux inscriptions sont la condition de lexercice de tous les droits: théoriquement, l’inscription au dème aurait pu
1 Il y a encore quelques restrictions, comme celles provenant de l’âge d'éligibilité au sénat, de l’âge d'admission à la héliée, et c’est même une question que celle de savoir si la majorité civile et la majorité politique étaient acquises en même temps, Schômann-Lipsius, I, p. 378.
80 La réforme de Clisthènes.
suffire pour le majeur, et, en particulier, on aurait pu dispenser les naturalisés de se faire inscrire dans une phratrie. Mais Clisthènes n’a pas voulu qu’il en fût ainsi. Il rendait l'inscription à la phratrie, inutile pour les majeurs: il Pa néanmoins exigée. Pourquoi? Parce qu’on ἃ toujours fait, à Athènes, partie des phratries, parce qu’on a toujours demandé, à la dokimasie des archontes, si les élus honoraient Zeus Herkeios et Apollon Patroios. Nous rencontrons ici la véritable raison pour laquelle Ciisthènes à maintenu les phratries.
Cependant Clisthènes respecte, dans les formes plus que dans la réalité, les antiques traditions qui associent étroitement la religion et la politique. Si ce n’était commettre un anachronisme, je dirais qu'il est le premier qui ait eu HEAR idée de la séparation de l’Église et de l'État.
Dans l’époque primitive, le privilège politique des nobles est par essence, comme je l'ai déjà indiqué, un privilège relicieux. Le culte de la phratrie et celui du genos leur appartiennent en propre, et par là ils sont les maitres de la Cité. Tout droit dépend de la participation à ces cultes. Les non-nobles y sont admis par faveur. Dans la confrérie religieuse, ils sont subordonnés aux nobles: ainsi ils leur sont subordonnés dans la Cité. Peu à peu, leur émancipation progresse, mais en fait la Cité reflète leur infériorité dans la phratrie, et s’ils ont la loi pour eux, ils ont contre eux la coutume, l’usage.
Clisthènes donne à son droit de cité une base laïque; cependant il faut bien qu’il tienne compte des traditions et communique à ses nouveaux groupements quelque apparence religieuse: les dèmes auront leurs cultes,! mais le caractère politique l’emportera en eux sur le caractère religieux. D'autre part, il ne pouvait déclarer inutiles les cultes de la phratrie et du genos, consacrés par la tradition. Il les maintint donc tels qu’ils étaient avant lui.
Ainsi la Constitution athénienne présentait un aspect singulier: la phratrie ressemblait à un couloir par lequel toutes les générations passaient, comme elles avaient toujours passé, mais qui en somme ne menait plus nulle part.
1 O. Müller, De demis Atticis, p. 63.