VII. Rapport de l'inscription à la phratrie
Comment Clisthènes en est-il arrivé là? Très simplement. Avant lui, pour exercer tout droit, quel qu’il soit, l’Athénien doit faire partie d’une phratrie: il n’abroge pas cette règle. A côté, il inscrit celle-ci: à partir de 18 ans accomplis, l’Athénien devra faire partie d’un dème. Il ne supprime rien: il ajoute.
Pourquoi ajoute-t-il? Pour des raisons politiques. C’est, avant tout, pour l'exercice des droits publics que l'inscription au dème est requise; mais comme le droit privé repose sur le droit public, après 18 ans, l'inscription à la phratrie fait double emploi; mais qu'importe? Tout ceci est de la théorie, et Clisthènes ne s’en inquiète pas. Sa réforme offre le spectacle curieux d’institutions juxtaposées; l'édifice politique garde toutes les parties anciennes qui ne sont pas incompatibles avec les tendances auxquelles le réformateur ἃ voulu donner une satisfaction; 1] présente un ensemble qui pèche du côté de la symétrie et de la régularité, mais qui continue à parler aux générations qui se succèdent, des temps anciens. Clisthènes n’est pas un révolutionnaire, mais un réformateur, un esprit hardi, ouvert au progrès et en même temps un esprit respectueux de la tradition.
Si l'inscription à la phratrie reste obligatoire, elle n’en ἃ pas moins perdu de son importance. Désormais, l’État abandonne aux phratries tout ce qui regarde leur administration et notamment la tenue de leurs registres. Chacune fait, à cet égard, ses règlements.!
Mais quand il s’agit des dèmes, l’État se montre plus difficile: il ordonne des examens de la liste des dèmotes; 1] règle les principes à observer lors des admissions.
L'inscription à la phratrie après 18 ans n’est guère qu’une formalité respectable dont on s’acquitte, parce qu’il le faut bien, parfois sans empressement. De là, l’explication de la conduite de Léostrate, [Demosth.,] c. Leoch., lequel se fait d’abord inscrire dans le dème de son père adoptif, puis plus tard dans sa phratrie. Le dème lui a tout donné. De même Nicomaque (Lys.
1 Les orateurs parlent sans cesse du νόμος des phratries: «C’est une règle chez eux, leur serment régulier, νόμιμος, est...» et autres formules qui montrent bien que chaque phratrie arrête elle-même ses statuts. [sée, VII, 16; Andoc., I, 127.
Francotte, La Polis grecque. ; 6
82 La réforme de Clisthènes.
c. Nicom., XXX, 2, ὅσα ἔτη γεγονὼς εἰς τοὺς φράτορας εἰσήχϑη, πολὺ ἂν ἔργον εἴη λέγει»), semble avoir laissé s’écouler un temps assez long entre son inscription au dème et son inscription à la phratrie.t
Il ne serait même pas étonnant qu’une formalité de cette nature n’eût eu une tendance à tomber en désuétude, et c’est bien ce qui semble être arrivé en réalité. La règle que tout Athénien devait faire partie d’une phratrie subsistait; c'était le droit; en fait, il y avait des exceptions dont le nombre alla croissant?
Tout ce qui précède ne regarde que les hommes: les femmes, n’ayant pas de droits politiques, ne sont pas inscrites au dème; pour elles, la condition de lexercice de leurs droits privés est l'inscription à la phratrie de leur père, et, en cas de mariage, à celle de leur mari.
J'ai essayé d'établir que l’inscription à la phratrie et l’inscription au dème n’étaient pas les conditions de l’exercice de droits différents. Il y a à cela une objection, et M. Lipsius, Griech. Altert., 1, p. 385, veut bien me la faire:5 certains bâtards étaient admis dans les dèmes et ne l’étaient pas dans les phratries; ce sont les enfants illégitimes d’une Athénienne; ils sont exclus des phratries, car ils n’ont point part à l’héritage de leur père. «Im Gegenteil ist bis zur Mündigkeit die Ausübung der Bürgerrechte an die Zugehôrigkeit zu einer Phratrie gebunden; von da ab hat diese nur sakrale und familienrechtliche Bedeutung, letztere namentlich inbezug auf das Erbrecht, von dem die unehelich geborenen Bürger ausgeschlossen waren.» Cette objection ne m'avait pas échappé: je m’en étais tiré en adoptant les idées de Buermann sur le concubinat légal; mais jy ai renoncé.{
1 Voir encore dans Philippi, p. 133, les allusions d’Aristophane à l'inscription tardive dans la phratrie.
2 C’est ce que conclut Kôrte, Hermes, 37, p. 582, d’un catalogue des membres d’une phratrie, d’abord publié Ephem. archaïol., 1901, p. 157.
3 Cf. Att. Proceh, p. 533.
4 Buermann a cherché à établir l'existence d’un concubinat légal; les enfants issus de cette union entre Athéniens étaient légitimes, Jahrb. f. kl. Philol., Suppl. IX et Philippi, ibid., 1879. Cf. Hruza, Beitr. zur Gesch.