‹ La Polis GrecqueChapitre 45 sur 83 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

On pourrait diviser l’histoire politique des Grecs en deux chapitres: avant la Cité et dans la Cité. Je me propose d’étudier le second; mais il faut bien que nous tentions de nous représenter l’organisation antérieure. (Cette première période se divise à son tour en deux époques: avant et après la fixation sur 1e SOL

Quand les Grecs pénétrèrent dans leur pays, ils étaient encore organisés sous une forme génétique: à la base, la famille; plusieurs familles constituent une phratrie; plusieurs phratries constituent la phylè ou tribu. Enfin, plusieurs tribus constituent la nation.

Essayons de justifier ces affirmations.

Et d’abord les groupes familiaux. Si nous considérons la cité grecque, nous la trouvons construite sur un plan, dans ses grandes lignes, toujours le même; elle offre, comme le dit Fustel de Coulanges,! l'aspect de cercles concentriques; le plus

(tirages à part, Vienne, 1901). — G. Fougères, articles Koinon et Komëé dans Dictionn. Antiqu. gr. et rom. — Ch, Lécrivain, articles Phylat et Phratries, ibidem.—Schôümann-Lipsius, Gr. Staatsaltertümer. — Freeman, History of federal Government, 2e édit., Londres, 1891. — Ajoutons parmi les documents les plus souvent cités, la lettre du roi Antigone réglant le synœcisme de Lébédos et de Téos. (Dittenberger, Sylloge?, 177 = Ch. Michel, Recueil, 17), l'acte du synœcisme de Magnésie du Sipyle (Ch. M. 19), celui de Stiris et de Médéon (Ditt., 426 — Ch. M. 24), celui des Mélitéens et des Péréens:(Ditt., 425 —Ch.'M,, 22);

1 Ceux qui ont lu la Cité antique de Fustel de Coulanges reconnaitront aisément ce que je dois à ce livre admirable. Je fais cette observation

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grand est la cité elle-même; à l’intérieur, un certain nombre de phylai, subdivisées elles-mêmes et ainsi de suite; nous entrerons tout à l’heure dans l’examen des différents types. Qu'il nous suffise, pour le moment, de faire remarquer que le plus ancien est, sans aucun doute, celui qui prend comme premier élément la famille. Ainsi à Athènes, plusieurs genè, composés eux-mêmes de plusieurs familles, forment la phratrie; plusieurs phratries constituent la phylè; enfin la Cité renferme quatre phylai; ou bien encore à Sparte, trois phylai subdivisées en phratries.

Les cités les plus anciennes ont été édifiées d’après ces principes; les fondateurs des cités plus récentes se sont pliés à la règle; les exceptions sont incertaines et, si elles existent, peu nombreuses.!

Ceci posé, demandons-nous si les Grecs, quand ils entrèrent dans leur pays, possédaient tous une organisation gentilice, c’est-à-dire basée sur la famille. Nous répondrons affirmativement. Sans doute, on peut concevoir la possibilité d’un développement ultérieur, qui, spontanément, donne naissance un peu partout en Grèce, aux éléments dont se composeront les premières cités; celles qui seront créées dans la suite, se conformeront au type consacré. Mais les analogies avec les autres peuples indo-germaniques, et surtout la diffusion de cette

surtout parce qu’il ne me paraît pas qu’on apprécie en Allemagne les travaux de Fustel autant qu’ils le méritent. C’est d’ailleurs ce que remarque Swoboda, Beitr. zur griech. Rechtsgeschichte, Weimar, 1905, p.253. — Une traduction allemande du livre de Fustel de Coulanges, par P. Wei avec une introduction par H. Schenkl a paru en 1907, Berlin et Leipzig, W. Rothschild.

1 En Béotie et, d’une façon plus générale, dans les cités éoliennes, il n’y aurait pas eu de phylai, affirme Szanto, Griech. Phylen, p. 37. L’a-t-il prouvé? Il a prouvé, à coup sûr, que nous ne connaissons pas, en ces cités, de phylai; rien de plus: il n’a pas prouvé qu’elles n’y existaient pas. J'avoue avoir beaucoup de peine à croire à la réalité de ces exceptions, quand je vois la fidélité de toutes les cités, dont les institutions nous sont bien connues, à suivre le modèle consacré: il semble qu’il y aït là, en attendant que de nouveaux documents tranchent la question, une forte présomption pour qu'il en ait été de même dans les autres. Remarquez d’ailleurs ce texte de Pausanias, IX, 34, 10, qui mentionne deux phylai établies à Orchomène par Étéocle: φυλὰς δὲ Κηφισιάδα, τὴν δὲ ἑτέραν ἐπώνυμον αὑτῷ κατεστήσατο.

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organisation dans toute la Grèce rendent plus vraisemblable la première solution.

Quelle était cette organisation gentilice? Le cadre supérieur en est la phylè; dans la phylè, la phratrie. L’une et l’autre ont les mêmes titres à faire valoir: si l’exemple d'Athènes peut être invoqué pour la haute antiquité de la phratrie, celui des cités doriennes peut l’être pour la phyle.

Comment la phratrie se subdivise-t-elle? Non pas directement en familles: on peut croire que les familles n'étaient pas isolées; elles se présentaient en groupes que nous appellerons des communautés familiales, c’est-à-dire plusieurs familles apparentées, qui continuent à vivre ensemble sous l'autorité d’un chef.? Aïnsi s’expliquerait que, si souvent, la cité possède trois étages, comme à Athènes: les genê dans les phratries, les phratries dans les phylai.

Plusieurs phylai forment une nation, c'est-à-dire que les phylai ou tribus ont une existence propre, mais en même temps elles occupent une place dans un ensemble; car les Grecs ne se répandirent pas dans leur pays, comme une poussière impalpable; ils possédaient une organisation, à certains égards semblable à celle des Indiens de l'Amérique du Nord: ceux-ci nous révèlent un type social très ancien que Morgan a décrit :5 d’abord, la sation, un ensemble d’individus parlant le même dialecte, sous un même gouvernement politique. Chaque nation se divise en plusieurs #ribus, de grandes familles de parents consanguins, le nom de la tribu proclamant le fait qu’ils sont les descendants de la même personne ou du moins se considèrent comme tels. Ainsi la nation des Seneca-[roquois se divise en huit tribus: le Loup, l’Ours, le Héron, etc. Enfin, dans certaines régions, au-dessus des nations, il y a la confédération, composée de nations parlant des dialectes dérivés de la même langue mère; les Iroquois forment une confédération de ce genre, /Ilne faut pas, cela valisans) dire /pousser/la

1 Voir l’Appendice.

3 On peut reconnaître quelque trace de ces communautés familiales dans ces mots que cite Aristote, Polit., I, 2, 25 (Bekker): ὁμοσίπνοι, ὁμόχαποι et dans Hesychius, s. v. ouocinvor, ὁμοτράπεζοι.

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