System of Consanguinity and affinity, p. 141; cf. p
Préliminaires. 99
comparaison trop loin. Un trait surtout est à retenir: à ce moment, l'autorité réside dans les cadres inférieurs. Tout le mouvement de l’histoire en Grèce travaille à l'en faire sortir.
Voici que s’accomplit la fixation sur le sol. La façon, dont les Grecs prirent possession de leur pays, fut déterminée par la nature même des lieux. La Grèce est couverte d’un réseau de montagnes; les plaines cultivables sont rares et étroites. Dans un semblable pays, il ne peut se former de grandes agglomérations humaines; d’autre part, il n’est pas plus favorable à l'occupation séparée par les familles.
Les villages se créent à une certaine distance les uns des autres, selon les nécessités de la mise en culture du sol. Par-ci par-là, en des endroits faciles à fortifier, des citadelles, qui servent de refuges, en temps de guerre, aux villageois et à leurs troupeaux: ce sont les πόλεις, car tel est le sens premier du mot «une forteresse» et non pas une ville, et nous en voyons les restes à Tirynthe, à Mycènes, à l’Acropole d'Athènes.
Peut-être est-il permis de se figurer la Grèce primitive, sous les mêmes traits que l’Inde à l’époque des Védas.i La première unité est le village, ou plus exactement la communauté villageoise composée d’un ensemble de parents, vrais ou supposés tels. La terre est la propriété commune; les habitants se réunissent à une même table. Les intérêts généraux sont réglés par le Conseil des anciens. Plusieurs villages constituent une unité supérieure répondant à un canton, et plusieurs cantons forment la tribu. Parfois plusieurs tribus s'associent et constituent un nouvel ensemble. Enfin par-ci par-là existent des lieux fortifiés où les villageois se réfugient quand l’ennemi envahit leur territoire? Comment ne pas rappeler ce passage d’Aristote? «La première communauté permanente est le village, κώμη, formé de plusieurs familles, et en réalité, pourrait-on dire, la κώμη est une colonie de la famille; quelques-uns même appellent homogalaktes (nourris du même lait) les enfants de la première famille et les enfants des enfants.» 8
1Leist, Gräco-ital. Rechtsgesch., p.103 5. d’après Zimmer, 4/tind. Leben. ? Aujourd’hui encore subsiste la communauté villageoise. Sumner Maine la décrit, Études sur l'histoire du droit, Paris, 1889 (trad.). 3 Pol., 1, 2: d'êx πλειόνων οἰχιῶν χοινωνία πρώτη χρήσεως 7Æ
100 Préliminaires.
Sous cet aspect, la race grecque est bien différente de ce qu’elle était au moment des invasions. Les différences se marqueront de plus en plus.
Tout d’abord, la nation. Les Grecs formaient de grands ensembles, que j'ai appelés des «nations».
Certains de ces ensembles se conservèrent intacts,! d’autres s’affaiblirent,? d’autres peut-être se constituèrent,5 et ceux-là mêmes qui subsistaient purent s’élargir ou se rétrécir. De toute façon, les nations remontent très haut dans l’histoire, soit qu’elles représentent les groupes mêmes qui pénétrérent en Grèce, soit qu’elles n'aient acquis leur consistance que plus tard. Les grandes lignes qui partagent la carte en quelques
1 En Attique.