I. UNITÉ DU DROIT DE CITÉ
Il est possible de pénétrer plus avant dans l’étude du synœcisme. Il a, comme condition essentielle, un droit de cité unique. Souvenons-nous que l’État ancien ne se trouve pas en présence des individus isolés. Il garde toujours les traces fort visibles des vieilles organisations contemporaines des temps nomades. À ce moment, les nations se décomposent en groupes familiaux. La cité grecque prend cette organisation et y reste fidèle, sauf à y apporter les changements que les circonstances imposent. L’appartenance à ces groupes est exigée pour l’exercice de tous les droits du citoyen.
La condition du synœcisme est donc, en dernière analyse, l’établissement d’une organisation une.
Ici encore, les Grecs nous apparaissent beaucoup plus conservateurs qu'on ne se les imagine d’habitude. Une idée claire,
Strab., XIV, p. 655: πρότερον μὲν οὖν xa$ αὑτοὺς ἐπολιτεύοντο οἱ “ίνδιοι, χαϑάπερ καὶ Καμειρεῖς χαὶ Ἰαλύσιοι, μετὰ ταῦτα δὲ συνῆλθον ἅπαντες εἰς τὴν Ῥόδον.
112 Le synœcisme.
une règle précise une fois entrée dans leur esprit, ils ne l’abandonnent plus. Celle-ci ne se présente pas toujours et partout sous le même aspect. On peut ramener les types à deux classes: d’une part, le principe gentilice ou personnel; d’autre part, le principe territorial ou local.
Dans le premier type, les hommes sont envisagés indépendamment du sol sur lequel ils sont groupés; dans le second type, on considere les hommes en tant qu’ils sont groupés sur le sol.
Cette définition est exacte, si on la prend d’une façon abstraite. Elle ne suffit plus, si on veut l’appliquer à la Grèce; car, ainsi que je l’ai montré dans l'étude précédente, nos deux principes n’y apparaissent pas dans toute leur pureté. En effet, à Athènes, originairement, une phratrie se composait d’individus habitant aux mêmes lieux; plus tard, un dème se composait des descendants — donc le principe de la naissance — des citoyens que Clisthènes y avait inscrits. On dirait, à première vue, que le principe qui a servi à la constitution du dème est le même qui a présidé à la formation de la phratrie, c’est-à-dire la présence d’un certain nombre d’individus au même lieu, puis la loi de lhérédité entre en vigueur. Il y a, cependant, une différence: un Athénien, du temps de Clisthènes, l’aurait lue sur la carte de l’Attique. La carte nouvelle porte des lignes comme celles qui séparent nos communes: plusieurs dèmes ou communes forment une trittye ou canton: plusieurs trittyes forment une phylè ou arrondissement. Qu’y a-t-il d’essentiel dans tout cela? C'est la création des communes, c’est-à-dire, d'unités administratives, géographiquement délimitées. Qu’importe que ce soit le domicile, puis la naissance qui déterminent l'appartenance des citoyens aux différents dèmes: à la base de tout, la commune, voilà ce qui caractérise essentiellement le système.
Et l’ancienne carte? Elle portait aussi des noms de lieux et, si elle avait pu remonter aussi haut, autant de localités habitées, autant de genê et de phratries. Un genos, c'était un groupe de familles résidant au même endroit; une phratrie, un ensemble de genê voisins; mais c’est par la base aussi que se caractérise le système. Un genos n’est pas une communes; il ne