II. Unité du droit de cité
s'applique pas sur la carte à la façon des dèmes; un genos est essentiellement une réunion d'individus et cela est vrai à Athènes où il a une origine naturelle, et à Samos où il ἃ une origine artificielle, et dans toutes les cités où à la base de l’organisation nous ne trouvons pas la commune. Celle-ci caractérise l’organisation territoriale, le village caractérise l’organisation gentilice.t
Un classement méthodique offre trois difhcultés: l’abondance des matériaux, puis leur diversité, enfin la différence des époques.
Tout d’abord, se représente la distinction posée tout à l’heure entre synœcismes de tribus, synœcismes de peuplades et synœcismes d'états. Des faits que nous allons étudier se dégageront ces règles: les synœcismes entre tribus et entre peuplades se font d’après le principe gentilice; les synœæcismes entre états sont obligés d’accorder une place plus ou moins large au principe territorial. Nous pouvons dès maintenant nous demander si ce sont là des lois absolues. Pour le premier cas, oui, il semble que cela aille de soi. — Pour les deux autres, je n’ose proscrire à l’avance toute exception. Cependant, je vois une raison pour qu'il n'y en ait pas. Les Grecs n’ont jamais possédé, comme nous le rappellerons plus loin, une idée tout à fait nette d’une souveraineté territoriale: cela est vrai; mais il faut ajouter que cette idée est surtout peu développée, quand 11 y a «peuplade»; qu’elle l’est plus quand il y a «état».
1 Remarquez que dans les cités organisées d’après le principe gentilice, il peut y avoir, comme à Cos, des communes, mais elles ne servent pas à déterminer l’exercice des droits du citoyen. Elles sont plutôt à côté de la cité que dans la cité. Une commune comprend une ou plusieurs agglomérations de maisons; un groupe qui est comme le centre et des groupes moindres répondant à nos hameaux. Ces hameaux peuvent avoir reçu une certaine organisation; cela paraît résulter de IG, II, ς, 778b, le dème de Phalère comprend plusieurs villages ou hameaux qui ont à leur tète un χώμης ἄρχων; à Rhodes, IG, XII, 1, 128, le quartier du port μέρος “ιμήν a une χώμα Ἄφεσις présidée par un χωμάρχας. M. Fougères, art. Kômé, Dict. Ant. gr. et rom., me paraît exagérer la portée de la distinction entre kômè et dèmos. Elle n’a, je pense, quelque netteté que dans le droit administratif: kômè — hameau ou village; dème — commune; ce qui est remarquable, c’est le fait que rappelle M. Fougères: les dèmes (ou communes) des Pélékes, Kropidai, Eupyridai forment une τρεικωμία, c’est-à-dire un groupement qui n’a aucune valeur administrative,
Francotte, La Polis grecque. 8
114 Le synœcisme,
Une peuplade n’est vraiment qu’un ensemble d'hommes envisagés indépendamment du sol. L’état, par contre, a des frontières nettement marquées, une cohésion plus grande entre ceux qui le composent, une conscience plus précise d’une autorité s’exerçant sur des hommes habitant un certain territoire. Cela étant, les circonscriptions administratives locales sont à leur place dans une union d’états, les groupements personnels, dans une union de peuplades.
Quoi qu’il en soit, les faits recueillis me paraissent justifier le classement qui va être adopté; si même 1] ne traduisait pas une loi absolue, il serait conforme à une règle généralement suivie. Donc:
A. Les synœcismes entre tribus ou entre peuplades d’après le principe gentilice.
B. Les synœcismes entre états avec application du principe territorial.
C. Mais il faut tenir compte encore des remaniements dont l’organisation de la cité a été l’objet, d’après l’un ou l’autre principe.
D. Quelques cas difhciles ou intéressants qui demandent un examen spécial.
E. Conclusions générales.
A. L'organisation de la Cité dans les synoecismes entre tribus ou entre peuplades d’après le principe gentilice.
À Sparte, trois phylai, celles des Hylléens, des Dymanes, des Pamphyliens. Elles représentent les trois tribus qui se fusionnent et fondent l’État spartiate. Ce sont les vieilles subdivisions de la race dorienne qu’elle a portées partout avec elle, et qui, partout, par leur association ont créé les cités. Un exemple curieux de leur diffusion nous est fourni par une inscription de Corcyra Mélaina, sur les côtes de la Dalmatie:t elle se termine par les noms des fondateurs de la colonie établie en cette île par les Isséens. Ils sont répartis en trois groupes: [δυμᾶ]νες, [Ὑλλεῖς), Πάμφυλοι.
1 Dittenberger, Sylloge?, 933.