II. Unité du droit de cité
entre gens de la ville et gens de la campagne; entre citadins, ἄστοι, comme dit Théognis (191), et paysans. Ce n’est pas que les nobles aient tous abandonné la campagne où sont leurs richesses, leurs terres, leurs bestiaux, mais un bon nombre d’entre eux possèdent un palais à côté de celui du roi; tous fréquentent la ville, sy rendent pour prendre part aux délibérations du Conseil ou de lAgora. La ville est le siège du gouvernement; le roi y tient sa cour; plus tard, sous les constitutions républicaines, toute la politique y est concentrée. Pour prendre part au gouvernement, il faut être de la ville, et ainsi, à Athènes, il y a une certaine synonymie entre eupatrides et habitants de la ville.!
L'esprit égalitaire des Grecs ne se laisse pas longtemps arrêter par ces barrières: pendant toute une période, pour être vraiment citoyen, il faut être, à Athènes, membre d’un genos, comme à Rome, il faut être patricien. A l'inverse de ce qui se passe à Rome, les privilèges de la noblesse ne sont pas longtemps respectés. À côté d’elle, se placent certaines familles qui se sont enrichies: il se forme une classe supérieure dans laquelle peuvent entrer des gens de naissance modeste; et il faut croire qu’à Athènes encore, tout au moins depuis Dracon,? ils sont devenus éligibles sans avoir d’autres titres à invoquer que la possession de leur fortune. De même, le droit de suffrage n’est plus réservé aux seuls eupatrides. Il en résulte que de très bonne heure, l’organisation gentilice, exclusive dans son principe, ne répond plus à la réalité telle que l’ont faite les concessions accordées aux non-nobles. Elle suppose des privilèges et ceux-ci ne sont plus reconnus.
Cette raison n’est pas applicable à tous les cas; si à Athènes, par exemple, l’organisation gentilice est devenue aristocratique,
ΟΠ Πτ nas: Gilbert ΤΟ ΡΣ 112.. ἢ: 1:
3 Cette date évidemment n’est qu'approximative, puisque l’existence de la réforme de Dracon est contestée.
3 C’est ainsi qu'il faut comprendre la condition ἀριστίνδην xal πλουτίνδην, dans Aristote, Pol. Ath., 3, pour l'élection des archontes et dans Dittenberger, Sy/L?, 304, 1. 34, xai ὅτι œ@uoular αἱρήσεσϑαι ἐκ naf(v)rwv ἀριστίνδαν et dans la loi de Dracon IG, I, 61, 1. 19: non pas les nobles et les riches, mais les gens distingués et riches, les gens de la haute classe, de la bonne société.
il n’en est pas de même ailleurs: ainsi, dans les états doriens, en général, les phylai sont, dès le commencement, et restent ouvertes à tous. Il se constitue bien une aristocratie, mais elle ne réussit pas à accaparer les cadres gentilices.
Voici un second motif plus général: le fondateur de la Cité l’a établie sur une base gentilice, mais généralement en considérant les groupes familiaux qui existent sur le sol. Au fur et à mesure que les années passent, ces groupes se modifient par les changements de résidence. De Ià, la nécessité ou l'utilité de refaire des groupes qui correspondent exactement à la réalité et qui reprennent les hommes dans les relations créées entre eux par la cohabitation.
Enfin, au fur et à mesure que les années s’écoulent, on voit s’accroître le nombre des individus qui habitent la cité sans être citoyens: émigrés, bâtards, etc.
Pour finir, l’organisation est devenue trop étroite. La confection de cadres nouveaux sera une réforme franchement démocratique et une réforme généreuse: de toutes les réformes qui peuvent se faire, il n’en est pas de plus funeste au règne de l'aristocratie; au point de vue politique, elle nivelle toutes les distinctions sociales, et, par des naturalisations en masse, achève de déranger toute la hiérarchie des classes.
Sur quelle base vont s’établir les cadres nouveaux? Le plus simple est de considérer le sol, les groupes qui s’y sont créés, les villages, de les ériger en communes et d’adopter, comme condition de l'exercice du droit politique, l'inscription au registre d’un dème. C’est ainsi qu’on a procédé à l’époque de Clisthènes, à Athènes.
Mais, remarquons-le bien, linnovation n’est pas si considérable qu’on pourrait le croire: la qualité de membre d’un dème ne s’acquiert qu’une fois par le domicile; une fois acquise, 1 L'histoire du peuple juif présente de curieuses analogies: les douze tribus s’établissent sur le sol, chacune occupant une partie du territoire. Aussitôt l’unité nationale est brisée: chaque tribu est absorbée par ses intérêts particuliers. Cependant le sentiment de l’unité subsiste, et la royauté vient le satisfaire. Les rois cherchent à établir une unité plus complète. Salomon divise le pays en douze districts qui ne correspondaient pas aux
territoires des douze tribus. A la tète de chacun d'eux, un fonctionnaire (Nezib), Graetz, Gesch. der Juden, 1, p. 308.