II. Unité du droit de cité
Ils sont désignés dans cette loi des Éléens:1 à μράτρα τοῖς μαλείοις. Πατρίαν ϑαρρὲν καὶ γενεὰν καὶ ταὐτό. On peut supposer que conformément à la règle générale, πατρίαι εἴ yeveai étaient encadrées par des phylai. Elles ne pouvaient être que gentilices. Il serait bien oiseux de rechercher leur nombre: en 471, il y a autant d’hellanodikes qu'il y a de phylai; rien ne prouve qu'il en fut de même auparavant.? Tout ce que lon peut supposer, c’est que l’organisation gentilice était aristocratique comme elle le fut d’abord à Athènes.5
Par contre, d’autres documents nous offrent une image toute différente: au lieu de l’État éléen, des états ou des peuplades indépendantes: celle des Chaladrioi dans un décret du damos“ qui accorde à un certain Deucalion le droit de cité et le déclare εισοδαμιοργόν et μισοπρόξενον;5 celle des Anaitoi qui concluent un traité avec les Metapioi.5
Comment concilier ces témoignages? Malheureusement, les dates de nos différentes inscriptions sont loin d’être établies avec une entière précision, et nous sommes réduits à des hypothèses.
1 Inschr. von Olympia, 2 = IGA, 112, = Ch. Michel, 195. D’après Th. Reinach, Rev. archéol., 1896, p. 247, cette loi, dirigée contre les sacrifices humains serait antérieure à l’an 600. La patrie, c’est-à-dire le clan, et le genos du coupable seraient déclarés solidairement responsables du payement de l'amende. M. Glotz a repris la question dans son ouvrage sur la Solidarité de la Famille, Paris, 1906. On y trouvera la bibliographie qui est très fournie.
? Busolt, Die Lakedaimonier, p. 180, de ce qu’il y eut dix hellanodikes en 471 d’après les dix phylai, conclut à tort qu’il y eut aussi neuf phylai d’après les neuf hellanodikes, en 480. D’autres ont dit trois phylai, parce que les hellanodikes se divisaient en trois commissions.
3 Plus tard, le gouvernement prit une forme plus démocratique: cette réforme dut avoir lieu, non après le synœcisme de 471, mais dès le VIe siècle, comme le prouvent les inscriptions déjà rappelées.
4 IGA, 113 ΞΞ Inschr. von Olympia, 11 — Ch. Michel, 194.
5 Que faut-il entendre par ces deux mots? La politeia et la proxénie se rencontreraient-elles déjà ensemble dans un décret aussi ancien? N’est-il pas plus vraisemblable de reconnaître dans la démiourgie et la proxénie deux magistratures auxquelles Deucalion sera éligible? Voir d’ailleurs Inschr. von Olympia, 3, 4, 17, 10, 13.
6 IGA, 118 — Inschr. von Olympia, τὸ = Michel, 2.
132 Le synœcisme.
Les Éléens formaient de bonne heure une nation subdivisée en peuplades: la fixation sur le sol ne rompt pas l’unité supérieure; celle-ci subsiste à toutes les époques; elle ἃ en ellemême un germe de dissolution: les peuplades tendent à se rendre indépendantes, et, suivant les époques, l’ensemble des Éléens forme une masse plus ou moins compacte. Tantôt, les peuplades se détachent; tantôt, les peuplades sont rassemblées en un faisceau, groupées en un seul état. Ces vicissitudes diverses, par lesquelles passent les Éléens, tiennent à la nature même des choses; de plus, les guerres, longues et pénibles, qu’ils ont à soutenir, favorisent ou contrarient la désagrégation.1
Où en était-on, lorsqu’en 471, se fit le synœcisme dont nous parlent Éphore et Diodore? Sont-ce des états ou bien des peuplades qui se réunirent?’ Nous ne pourrons essayer de répondre qu'après avoir considéré préalablement quelques autres points.
Tout d’abord, ce que nous pouvons dire, c’est que ce synœcisme ne créa pas l’unité, mais la resserra, ne fonda pas PÉtat, mais le restaura et le fortifia, qu’il n’organisa pas la Cité, mais la réorganisa.
Dans quelles conditions se fit le synœcisme? Strabon et Diodore sont d’accord: la population se concentra en une seule ville, la ville d’Élis. Le synœcisme se serait donc extcuté à la lettre. Remarquons cependant que, d’après Xénophon,? Élis est une ville non fortifiée et qu’à l’époque de Polybe,ë les Éléens vivent à la campagne, absorbés par les travaux de l’agriculture. Il semble donc que le synœcisme de 471 ne fut pas autre chose qu’une unification politique plus complète des Éléens. La ville d'Élis y gagna un accroissement d’influence et une certaine augmentation de sa population.{
1 Il semblerait, si tout ce que l’on nous rapporte de la royauté d'Oxylos et de ses descendants est vrai, que l’unité politique fut plus étroite au début que dans la suite. Ed. Meyer dit excellemment, Geschichte des Allert., I, p.327: Der spätere Staatsbegriff mit seinen scharf umgrenzten Funktionen existiert hier ebensowenig wie in den mittelalterlichen Staatenbildungen; wie der einzelne, handelt auch jeder Gau und jede Gemeinde so weit selbständig, wie Umstände oder Interesse fordern oder gestatten.