II. Unité du droit de cité
son idée est claire: le nombre des phylai est en rapport avec l'étendue du territoire et cela soulève plusieurs autres difficultés.
Quels sont les membres des phylai? Je ne sais trop si Pausanias ne se figure point parmi eux les Périèques aussi bien que les Éléens, car les conquêtes des Arcadiens se font dans la périoikis; cela est impossible; dans ce cas, les premiers seraient citoyens.
Donc les seuls Éléens; mais ceux-ci ne sont-ils pas concentrés pour la plupart dans l’Élide proprement dite? Ils ont sans doute des terres dans la périoikis; rien ne prouve qu’ils les cultivent eux-mêmes. Dès lors, comment les conquêtes des Arcadiens (OI. 104) auraient-elles pu amener la disparition du tiers des phylai? De plus, la phylè est; nous l’accordons, une subdivision géographique; mais elle groupe héréditairement les individus qui, au moment de la fondation de l’État, avaient leur domicile dans cette partie du territoire. Cette partie peut être conquise par l’ennemi, le groupe d'individus ne disparaîtra pas pour cela. D'autre part, si l’État grandit, pourquoi y aurait-il lieu d'augmenter le nombre des phylai? Lorsque les Athéniens s’emparèrent d’Orope, ils laissèrent ce coin de pays en dehors des phylai. Ce mouvement se comprend d’autant moins qu’il n’est pas régulier, il ne suit pas les accroissements et les diminutions successives du pays.!
En voilà assez pour montrer que l’opinion de Pausanias est pleine de confusions et d’incertitudes. Il y a certes quelque présomption à vouloir le mettre d’accord avec lui-même. Essayons cependant. Pendant un temps, le nombre des présidents des jeux a réellement été en rapport avec l’étendue du territoire, chaque peuplade ou certaines peuplades étaient représentées dans les deux collèges. (C’est la vieille règle que les Éléens n’abrogent pas tout d’abord. Chaque peuplade possède un siège: quand les Éléens soumettent cette peuplade, ils lui gardent ce privilège en théorie, mais l’exercent à sa place.
Pour les présidents des courses des jeunes filles, les seize sièges sont d’abord attribués aux seize πόλεις de la Pisatis et de l’'Élide. Après la soumission des Pisates, on partage leurs huit
1 Voir les preuves dans Busolt, Die Lakedaiïmonier, p. 185.
186 Le synœcisme.
sièges entre les huit peuplades des Éléens. Le synœcisme fond ces huit peuplades dans l’État: on continue à leur attribuer théoriquement, comme si elles existaient encore, les seize sièges. Il ne s’agit plus ici de phylè en tant que subdivision de l’État éléen, mais de phylè dans le sens de peuplade, comme dans le mot «Triphylie».1
Pausanias ἃ donc trouvé dans ses sources le mot avec ces deux sens et ne les ἃ pas sufhsamment distingués; ainsi tombent les huit phylai, dont il parle en cet endroit,? en tant que subdivisions de l’État éléen.
Les deux hellanodikes représentent d’abord les Éléens et les Pisates,® puis, après la conquête de la Pisatis, ne sont plus choisis que parmi les Éléens. Le nombre ancien de deux est cependant conservé. Après le synœcisme, les choses changent. Les Éléens, devenus plus forts, s’attribuent ouvertement les sièges et en règlent le nombre d’après celui de leurs phylai. Cela est exact, mais ce qui ne lest plus, c’est que le nombre des phylai dépend de l'étendue du territoire. En effet, ici, phylè ne signifie plus «peuplade». Le nombre des phylai «subdivisions de l’État» varie à la suite de réorganisations de la Cité, d’après des circonstances diverses parmi lesquelles il n’y a aucune raison d'admettre les pertes ou les gains de territoire.
Quel est donc, pour nous résumer, le caractère des phylai éléennes? Il faut distinguer: avant et après 471. Avant 471, Pausanias est muet, mais elles étaient gentilices, si réellement, { elles encadraient les genê et les patriai dont il est question dans l'inscription citée. Après 471, il y aurait eu d’abord, d’après Hellanicus, dix phylai, puis d’après Pausanias, successivement douze, huit et dix. Pausanias les considère comme locales: il est permis de croire que les dix dont parle Hellanicus avaient le même caractère. Par conséquent, avant 471, union de peu-
1 Strab., VIII p. 337 cite les trois φῦλα de la Triphylie: Épéens, Minyens, Éléens.
2 Car plus tard, en 364, l’État éléen fut subdivisé, pour quelques années, en huit phylai.
3 Donc de la 1ère à la 28e OI., ou tout au moins à partir de celle-ci. Cf supraip 135, 043:
4 Car ἢ n’est pas certain qu’il existât des phylai. Cf. supra, p. 131.