II. Unité du droit de cité
avons vu avec quel soin, dans les états doriens, sont gardées les trois vieilles phylai des Hylléens, Dymanes, Pamphyliens: les aurait-on laissé périr à Sparte? Je ne puis le croire: elles continuaient sans doute à encadrer les phratries; mais dans la fête des Carnea, elles ne jouaient aucun rôle.
Viennent les documents épigraphiques, pour la plupart à l'époque impériale. Ils ont été récemment étudiés par M. Tod.t On peut en extraire ces deux listes:
Μιεοπολιτῶν ὃ [εσο]ατῶν ou [Πιταν]ατῶν ἴ Ἀμυκλαιέων ὃ
L'examen de ces listes fait apparaître deux difficultés: 1° la division en phylai a-t-elle quelque chose de commun avec celle en obai? 2° quel est le caractère des unes et des autres?
Disons tout d’abord que s’il y a une relation entre les phylai et les obai, la phylè, comme partout ailleurs, doit être le cadre supérieur. |
Pour trancher la question elle-même, nous n'avons aucune preuve décisive. Relevons un indice: l'identité des noms de deux phylai et de deux obai, Kovoovoëte et “ιμναεῖς. Supposons qu’elles n'aient rien de commun: on ne voit pas pour quelle raison la même dénomination leur aurait été appliquée. Par contre, il se conçoit que le tout et la partie soient dénommés de la même façon. Nous en avons un exemple, à
1 Teams of Ball-Players at Sparta, Annual of the Brit. School of Athens, 1904, X, p. 63.
2 CIG, 1272, 1347, 1386.
AZTod,'o. 7; p.76; CIG,/1377:
5 CIG, 1273, 1274.
8 BCH, I, p. 379, n° 2 et Rev. archéol., 1844, p. 705, n° 18.
F0, 0: 7, pe 04:
8 AM, IIL, p. 165. Pour la plupart des textes, il faut comparer les lectures de Tod avec celles des premiers éditeurs.
140 Le synœcisme.
Athènes, où Πειραιεῖς, pour nous borner là, sert à désigner la trittye et le dème.
On trouve, il est vrai, dans Hésychius: ὠβάτας᾽ τοὺς φυλέτας. Les deux mots seraient donc synonymes; il n’y aurait pas une phylè et une obè, il y aurait une phylè ou obè des Konooureis. Mais cet emploi simultané de deux mots, dans les documents administratifs, serait sans exemple.
Abordons le second point. Dans nos listes, nous relevons le caractère local des désignations. Πιτάνη, Mecoa, Aiuva, Kovoovpa, sont cités par Pausanias! comme des localités du territoire spartiate. Amyclées est aussi un nom de lieu: d’après Gilbert,? cette bourgade est située au dehors du territoire spartiate; mais Nieseÿ me paraît avoir, à juste titre, contesté cette aflirmation et avoir démontré que les habitants d'Amyclées étaient des Spartiates et non des Périèques.
De ce que les phylai et les obai portent des noms tirés des lieux, il ne résulte pas encore qu’elles soient des subdivisions du territoire, et les ΜΜιεοπολῖται pourraient prouver le contraire, si on comprenait «les nouveaux citoyens»; car leur obè aurait alors un caractère gentilice, et, par conséquent les autres l’auraient aussi. Mais on peut comprendre «les habitants de la nouvelle ville», et, dès lors, cette obè serait territoriale comme les autres. Rappelons ici cette glosse d'Hésychius: Δύμη, ἐν Σπάρτῃ φυλὴ καὶ τόπος. La régularité avec laquelle les désignations des obai et des phylai sont empruntées aux lieux habités me parait pouvoir être invoquée en faveur de la dernière interprétation.
Nous n’aboutissons à aucune conclusion bien nette. Nous avons vu que, dans certaines cités, on a substitué des cadres gentilices à d’autres de même nature. Cependant la règle générale est la substitution du principe territorial au principe personnel: j'incline à croire que cette règle fut suivie à Sparte. Le passage de la rhètra que Plutarque“ attribue à Lycurgue:
2 Handbuch, 1, p. 45.