II. Unité du droit de cité
φυλὰς φυλάξαντα καὶ ὠβὰς ὠβάξαντα, rappellerait donc la réorganisation de la cité d’après le principe territorial.t Céos2 A l’époque où le décret, IG, IL, 5, 54b, (en 363/2), a été porté, l’ile de Céos comprenait plusieurs villes: Carthaia et lulis sont nommées; en outre Poiessa et Coressos. Ces villes formaient encore des cités indépendantes, tout comme dans les décrets, IG, Il, 546, rendus par les viüles de Iulis, de Coressos et de Carthaia vers la même époque, et assurant aux Athéniens le monopole du commerce du vermillon. Entre ces villes, y avait-il un lien politique quelconque? Dans le premier décret, les Céiens sont considérés comme formant une unité: 1] est question des Céiens que les Athéniens ont ramenés dans l’île, des serments prêtés par les Céiens, de l'engagement des Athéniens de faire le silence sur le passé pour tous les Céiens et de respecter la vie de tous les Céiens qui resteront fidèles.
Une inscription de Delphes? de 360 environ, où sont portées des souscriptions en faveur du temple, note celles de plusieurs particuliers Κγεοι.
Ce n’est pas là une expression‘ géographique; elle a une portée politique. Mais en quoi consiste le lien qui unit les cités? Supposons une confédération: comment n’apparait-elle pas dans IG, 11, 5, 54b? Les Athéniens prêtent serment aux villes situées à Céos πρὸς τὰς πόλεις tlale ἐν Κέωι et réciproquement. S'il existe une confédération, cela ne sufht pas: c’est la confédération qu’il importe le plus de lier vis-à-vis d'Athènes. Aussi, pourrait-on croire que l'expression οἱ Κεῖοι désigne une ligue, comme «les Magnètes» dans la ligue que préside
1 On trouvera un exposé des anciennes opinions sur ce point diffcile dans Neumann, Die Entstehung des spartiat. Staates, Histor. Zeitschr., 1906, p. 40.
? Pridik, De Cei insulae rebus, 1892. Diss. Les inscriptions de Céos ont paru IG, XII, 5, 1. Remarquez qu'à Amorgos, il existe aussi une désignation collective, «les Amorgiens», et, d’autre part, des cités indépendantes. Cf. Delamarre, Rev. de Phil., 1904, p. 106.
8BCH; 1903, ΡῈ 15, DL, 1. 40, p. 31, IL 10—26. 4 Cf. Pridik, o./., p.34. Cette désignation collective, οἱ Κεῖοι, se
rencontre à des époques antérieures: Pridik en tire la preuve qu’il existait une sympolitie, maïs il ne dit pas ce qu’il faut entendre par là.
142 Le synœcisme.
Démétrias, «les Béotiens» dans la ligue où Thèbes exerce l’hégémonie.
Cependant cette considération n’est pas décisive: dans hypothèse d’une confédération, les cités continuent à subsister, comme des états indépendants et il se peut que les Athéniens, pour des raisons que nous ignorons, avaient préféré ne traiter qu'avec eux seuls.
C’est encore au quatrième siècle qu’appartient un traité d'Histiée et de Céos! qui accorde à tous les Histiéens le droit de cité à Céos et réciproquement. L’Histiéen qui voudra exercer ses droits à Céos, [βούληται ἐγ Κέω]ι πολιτεύεσθαι, s’adressera aux magistrats qui lui assigneront une phylè et une trittye: οἱ [δὲ ϑεσμοφύλακες ἀναγραψά)ντων φυλὴγ καὶ τριπτὺν [αὐτῶι].
Ce document n’exclut pas d’une façon absolue la possibilité d’une confédération; mais le cas serait unique. Ce qui caractérise la confédération, c’est l’existence d’un droit de cité fédéral: on ne voit pas que son exercice dépende de l’inscription dans des cadres semblables à ceux qui procurent l'exercice du droit de cité dans un état particulier. Aussi je crois préférable d'admettre qu’à ce moment, il y a eu un synœcisme analogue à celui de Rhodes, que les cités ont perdu leur indépendance et qu’un nouveau droit de cité, celui des Céiens, a été constitué avec des cadres nouveaux et communs à tous.?
Les liens de la confédération auraient donc été resserrés, l'unité qu’elle établissait aurait été développée au point que les
1 Ephem. archaiol., 1898, p. 243, — Dittenberger, 934, = IG, 594. Dittenberger attribuait ce texte au Ille siècle: Hiller von Gärtringen le reporte avec une entière certitude au IVe.
5 Peut-être, comme me le suggère M. Paul Graindor, la φυλή et la τριπτύὺς seraient-elles les cadres propres à lulis: on les aurait choisis parce que ce seraient les cadres de la ville principale de la confédération.
Remarquez encore que Strabon, X, p. 486, mentionne un synœæcisme de Carthaia et de Poiessa, de Coressos et de Iulis: Κέως δὲ τετράπολις μὲν ὑπῆρξε, λείπονται δὲ δύο, ἢ τε Ἰουλὶς καὶ ἡ Καρϑαία, εἰς ἃς συνεπολίσϑησαν αἱ λοιπαί, ἡ μὲν Ποιήεσσα εἰς τὴν Καρϑαίαν ἡ δὲ Κορησία εἰς τὴν Ἰουλίδα.
Peut-être ces synœcismes sont-ils de la même époque (IIIe --- 18 siècle) que celui de Myconos, Dittenberger, Syloge?, 615: ὅτε συνωιχκίσϑησαν ai πόλεις.