L'ORGANISATION DE LA CITÉ ATHÉNIENNE AVANT CLISTHÈNES
La tradition attribuait à Thésée l’honneur d’avoir fondé l’État athénien: par le synœcisme, il avait instauré l’unité de gouvernement.
La population se divisait en deux grandes classes: celle des eupatrides et celle des non-eupatrides, laquelle se serait subdivisée en laboureurs, géorgoi, et artisans, démiurges.
L'unité du droit de cité était assurée par les cadres symétriques: 3 phylai, 12 phratries, 360 genè, 10800 adultes ἄνόρες, 12 trittyes, 48 naucraries.
Ce sont les trois points que je voudrais étudier dans cette première partie.
L LE SYNCŒCGISME:
Quel aspect présentait l’Attique avant le synœcisme? D'une part, il existait une certaine unité; d’autre part, une certaine division. Aussitôt que nous cherchons à préciser, les difhcultes surgissent; car nous nous trouvons devant des témoignages qui ne se concilient qu’imparfaitement.
Je m'arrèterai surtout à la version de Thucydide et à celle d’Aristote.
D’après Thucydide, il y avait un certain nombre d'états indépendants possédant chacun un gouvernement autonome. L’Attique était donc plus avancée que ne l’étaient, bien tard encore, l'Étolie ou l’Acarnanie. On n’en était plus à l’occupation du sol κατὰ κώμας, des villages, avec des châteaux-forts, sous une souveraineté politique rudimentaire. Il y avait des villes; Athènes était l’une d’elles; il y en avait d’autres encore, comme Éleusis, et elles étaient le siège d’un gouvernement, la capitale d’un État! Cependant, l’unité de la nation s’affirmait
, ra ᾽ ἐξ ἤν ᾿ ’ 1 II, 15: ἢ Artuxn . . . κατὰ πόλεις φχεῖτο novtravelt TE ἐχουσας “ » 4 , L “+ ’ Lu - a Ψ, € χαὶ ἄρχοντας χαὶ ὅπότε un τι δείσειαν, OÙ ξυνῇσαν βουλευσόμενοι ὡς τὸν βασιλέα.
déjà au point de vue politique: il y avait un roi qui régnait sur toute l’Attique, mais trop souvent mal obéi et impuissant, une sorte de roi féodal que ses vassaux ou les communes ne respectent que quand il se fait craindre. Thésée fut un centralisateur: il supprima ou réduisit les indépendances locales! et créa un gouvernement fort? Le souvenir de cet événement est gardé par la fête des synoikia que célèbrent tous les Athéniens.
Le synœcisme, tel que le conçoit Thucydide, se fait entre états constitués; c’est la circonstance qu’il importe de souligner. Si l’on entre dans les détails, on se heurte à des difhcultés: le rôle de Thésée consiste à achever le synœcisme, à resserrer l'unité. Cette unité, qui l’avait établie? Thucydide ne le dit pas, et il exagère l’unité, en supposant l’existence d’un roi régnant sur toute l’Attique. Dans son opinion, le synœcisme se fait en deux actes: il n’explique pas le premier.
Autre difhculté: l’unification est complète du premier coup: ne serait-il pas plus vraisemblable qu’elle eût mis un temps plus ou moins long à s'établir? Ébauchée par les premiers rois d'Athènes, elle prit toute son ampleur sous un grand prince, — appelons-le Thésée. Après lui, d’autres y travaillèrent et, pour finir, les frontières de l’État athénien coïncidèrent avec celles du pays occupé par la nation.
Aristote, semble-t-il, faisait intervenir dans le synœcisme, Ion et Thésée. Ion établit les quatre phylai, et dès ce moment, le synœcisme est fait, puisque tous les habitants de l’Attique sont entrés dans les mêmes cadres; mais il change de nature et prend celle du synœcisme de Sparte: ce ne sont plus des états qui s'associent, mais des tribus appartenant à une même nation ou peut-être, si l’on veut, à des nations différentes.ÿ
Après Ton, que reste-t-il à faire pour Thésée? Nous ne le voyons pas bien, et le texte d’Aristote n’est plus là pour
1 χαταλύσας TOY ἄλλων πόλεων TU TE βουλευτήρια χαὶ τὰς ἀρχὰς ἐς τὴν νῦν πόλιν οὖσαν, ἕν βουλευτήριον ἀποδείξας χαὶ πρυτανεῖον.
3 Ce système est particulièrement bien exposé par Koutorga, Essai sur l'organisation de la tribu dans l'antiquité. Paris, Didot, 1839.
ὃ L'organisation de la Cité athénienne avant Clisthènes.
l'expliquer; mais pouvait-il expliquer qu’il fût nécessaire de recommencer ce qu’ Ion avait déjà fait?!
Les deux versions laissent des points dans l’incertain: cela n’est pas pour faciliter le choix entre elles. Si on laisse tomber les détails, on se trouve devant deux formes du synœcisme, toutes les deux possibles et vraisemblables.
J'incline à donner la préférence à la version de Thucydide,? sans oser proscrire formellement celle d’Aristote.
Avant de continuer, je dois écarter une objection que l’on me fera peut-être: est-ce qu’en parlant de deux versions tout à fait différentes, je ne donne pas aux fragments d’Aristote une portée trop précise? Est-ce que je n’arrive même pas à forcer le sens des termes qu’il emploie? Cela est fort possible, car, il en faut bien convenir, les anciens n’ont pas ajouté à ces problèmes l’importance que nous leur accordons et qu’ils méritent; ils se sont contentés d’à peu près qui ne peuvent nous satisfaire. Il n’en est pas moins vrai que l’on peut concevoir le synœcisme d'Athènes des deux façons indiquées, maïs qu’elles ne sont pas possibles en même temps, qu'il faut choisir entre elles, et je demande, pour plus de facilité, à les placer, l’une sous le patronage de Thucydide, ce qui est justifié, l’autre sous le patronage d’Aristote, ce qui l’est peut-être moins.
1 On pourrait être tenté de chercher une preuve en faveur du synœcisme entre peuplades dans l’existence des quatre rois des phylai, les φυλοβασι- Let: au IVe siècle, ils siégeaient encore au Prytaneion sous la présidence de l’archonte Basileus, Arist., Ath. Pol., 57. C’est l'opinion de Busolt, G. G. I, p. 105; mais il n’est pas nécessaire de croire que ces quatre personnages aient jamais été autre chose que les chefs des phylai de l’état unifié. Et notez encore cette contradiction dans laquelle tombe Aristote, quand il fait d’Ion le premier polémarque, ce qui suppose la royauté établie sur tout le pays; cf. Ed. Meyer, Forschungen zur alten Geschichte, 1, 1892, Ὁ... 14; Ὧν 2:
? On pourrait, je le sais, combiner les versions de Thucydide et d’Aristote: on obtiendrait ainsi de nouvelles versions. Je ne vois pas Pavantage qu’elles offriraient. (C’est ainsi que certains auteurs modernes, se rappelant les douze phratries, les identifient avec les douze πόλεις de Philochore et les chargent d’opérer le synœcisme. Les auteurs qui ont défendu cette opinion sont cités par Philippi, p. 254, Kühn, Die Entstehung der Städte der Alten, Komenverfassung u. Synoikismos, Leïpzig, 1878. — Voir encore Leist, Graeco-italische Rechtsgeschichte, Jena, 1884, p. 103 5.