NOTRE BILAN
Y oilà dix-huit mois que dure cette malheureuse guerre, qui aurait pu être arrivée à son terme en une semaine ; nous sommes donc en droit de poser la question des responsabilités, désagréable pour ceux qui nous ont entraînés à y participer bon gré, mal gré.
Avons-nous été bien gouvernés ? Je suis d’avis que non, car gouverner c’est prévoir, et nos gouvernants n’ont été rien moins que prévoyants. Tout le monde savait que cette guerre menaçait l’Europe depuis 190b et surtout depuis 1911. Alors, ils ont cru qu’il suffirait d’augmenter nos forces. M. Woeste était contraire à ces projets parce qu’ils nous auraient coûté horriblement cher, sans nous rendre jamais assez forts pour faire face ni à l’un, ni à l’autre de nos agresseurs probables, avec chance de succès.
Mais il estimait de plus qu’une armée très forte formerait une tentation périlleuse entre les mains d’un gouvernement dans lequel l’homme d’Etat expérimenté et habile n’avait qu’une médiocre confiance.
Pour ceux qui 11e cherchent pas midi à quatorze heures, notre situation dans
io Frédéric-Thomas Graindorge
cette guerre est facile à comprendre.
Notre pays a une position géographique malencontreuse entre la France et l'Allemagne ; elle est la cause primordiale de nos malheurs. Un historien a dit là-dessus : « La France et l’Allemagne n’ont cessé de se rencontrer dans nos plaines qui étaient comme les glacis communs de l’une et de l’autre ; c’est sur notre sol que ces deux nations sont venues vider leurs querelles. Pour la France, la Belgique était le chemin du Rhin, pour l’Allemagne celui de Paris. L’ Allemagne monte la garde sur les bords du Rhin, la France s’est retranchée derrière les Vosges. » Les puissances, en i8i5, ont bâclé ensemble un nombre de provinces de différentes nationalités et les ont nommé «Belgique».
Prévoyant cependant quelle deviendrait un objet de convoitise de la part de ses voisins, elles l’ont entourée d’une soi-disante neutralité perpétuelle en 1801, mais comprenant la difficulté de la stipuler d’une façon matérielle et efficace, elles en ont modifié la garantie, en 1809, de manière à la priver d’une base sérieuse. L’interprétation de notre neutralité était donc livrée au petit hasard des circonstances.
Notre peuple, 11’ayant jamais eu de vocation militaire, a trouvé commode de se bercer dans l’idée que sa neutralité le protégerait le cas échéant ; erreur funeste ! La Revue Catholique, du Ier juillet 1909. a très bien dit : « L’étranger ne nous secourra que dans la mesure de son intérêt. Si, en nous assistant, il croira encourir un risque supérieur à celui de l’abstention, il nous abandonnera à notre malheureux sort. Pourrons-nous, d’ailleurs, jamais oser affronter 4o millions de Fran-
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çais uu 60 millions d’Allemands ? i\ous ne vivons que par la grâce ou la rivalité de nos voisins. » Pouvait-on s’exprimer plus simplement et d’une façon plus prophétique, car ceux qui devaient nous venir en aide nous ont laissés seuls supporter le clioc' allemand.
D’après la plus grande autorité en droit international, notre éminent professeur Ernest Nys « la neutralité de la Belgique fut une idée d’hostilité contre la France, que les puissances voulaient empêcher de s’emparer un jour de la Belgique ». Les diverses tentatives de la France dans ce sens en i84o, 1 848, i855, 1866, 1868 et 1870 justifiaient celte crainte. En effet, nous la retrouvons dans une brochure intitulée : « Situation de la Belgique en prévision d’un conflit franco-germain », paru en 1911, de O. Dax : « La Belgique est tenue de repousser par les armes le belligérant qui, le premier, aura violé son sol. Elle devient ainsi par le fait même l’alliée de l’autre dont elle aurait à partager désormais la bonne ou la mauvaise fortune, quel que puisse être le résultat des entreprises particulières confiées à sa propre armée. »
Ces réflexions angoissantes de la logique la plus irréfutable (page n) sont suivies par les conclusions suivantes : « Cette neutralité octroyée par nos garants ne répond plus à aucune des nécessités de l’heure présente ; elle est caduque. Il reste à la débarrasser du dernier vestige de servitude qui en ternit l’éclat. Proclamons donc qu’il est de la dignité du pays d’adresser, sans plus tarder, une demande aux puissances signataires des traités de i83i, tendant à saisir une conférence diplomatique de
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la suppression pure et simple de l’état de neutralité perpétuelle, ce boulet devenu sans objet, que traîne la Belgique. »
Nos gouvernants n’ont pas tenu compte de ces observations si justes, et ils n’ont pas fait preuve non plus de bonne mémoire. Car, d’après le député Thonissen, en i84o le gouvernement français avait informé le gouvernement belge de ce que, si celui-ci ri était pas en état de défendre son territoire et sa neutralité, le gouvernement français, à son regret, pourrait se voir obligé de faire occuper lui-même les provinces belges en cas de conflit avec l’Allemagne ; puis on a trouvé dans le château du ministre de Napoléon III, Rouher, des documents contenant des instructions complètes en vue d’une annexion de la Belgique, datant de 1866 et Emile Ollivier a écrit après 1870 : « Si les Français avaient été victorieux, le monde entier eût trouvé juste que la Belgique devint française. » Voilà pour la France ; et l’Angleterre, par la bouche de ses ministres Grey et Asquith, a déclaré à la tribune du Parlement, dans un accès de franchise cynique, qu’elle est entrée en guerre contre l’Allemagne, non pas parce que celle-ci avait violé le sol belge, mais « for our own interests » . Cet intérêt, c’est le littoral belge, le pivot de la guerre actuelle. Il y avait donc lieu, pour un gouvernement ayant charge d’âmes et étant soucieux de notie indépendance, d’avoir peu de confiance dans les garants de notre neutralité qu’ils ont sabotée plutôt que de la protéger. Il y avait, en effet, notre armée. Mais, comme Napoléon III, notre Roi fut trompé sur la possibilité de soutenir l’effort de l’étranger. Le parti mili-
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taire qui s’était formé chez nous excitait l’opinion publique par des articles suivis : « Sommes -nous prêts? », aiguillonnant ainsi l’esprit d’aventure. En admettant même que nous fussions prêts, nous ne devions pas entrer en guerre qu’appuyés par les armées des Alliés, réellement sur place et soutenant le choc de l’ennemi, coopérant avec nous dès le 3 août.
On est en droit de se demander sur quelles données ce parti militaire s’est basé. Est-ce que nos généraux qui avaient suivi les manœuvres allemandes, comme les généraux Heimburger et Keucker de Watlet, auraient fourni des rapports défavorables ; est-ce qu’on a reçu ici des informations semblables sur les finances allemandes, sur ses armements, sur son esprit public, encourageant notre gouvernement, le cœur léger, à barrer le chemin à l’Allemagne ? Est-ce que — détail peutêtre insignifiant, mais caractéristique pour l’organisation dont elle est capable — on avait oublié qu’à l’Exposition mondiale de 1910, la participation allemande, ne comprenant pas moins de 4, 000 exposants, était la seule prête le jour de l’ouverture? Nos diplomates, en cela, nous avaient cependant mis en garde par leurs rapports sur la puissance allemande, le baron Greindl d’abord, puis son successeur Beyens qui avait écrit, entre autre : « Si la loi sur le service de trois ans en France échouait, cela contribuerait plus que toute chose à écarter de nos frontières une guerre dont nous aurions à craindre Vissue. »
O. Dax s’est posé (page 25) la question de savoir « lequel des deux adversaires détiendra le maximum de chances de succès »
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et opine « que notre gouvernement disposerait de toute la marge voulue pour adopter, au moment critique, les résolutions qui sauvegarderaient les intérêts vitaux du pays. Salus populi suprema lex esto. Il importe de faire abstraction complète de préférences et de sympathies personnelles. » Puis il conclut (page 27)
« qu’il est incontestable que jusque dans ces derniers temps il eût été notablement plus avantageux pour la Belgique d’épouser éventuellement la cause du puissant empire germanique plutôt que celle de la République française, divisée et livrée à une politique de haine et de discorde » ; et plus loin (page 38), il dit : « La France descend lentement mais sûrement au rang de puissance de second ordre, sous l’action d’un régime peu propre à s’accomoder des exigences de la politique extérieure de large envergure. Démocratie tendant de plus en plus vers la démagogie, mais se refusant néanmoins, jusqu’à présent, à pousser jusqu’à l’abdication de toute influence mondiale, elle 11e parvient pas à asseoir ses institutions militaires sur les bases de solidité suffisante. Pour nous, elle est inférieure à V Allemagne dans la plupart des domaines de l’art militaire, notamment en celui de la mobilisation, dont les rouages n’ont jamais fonctionné chez elle ... tandis que V Allemagne a atteint le faite de la puissance et semble bien n’avoir plus rien à désirer au point de vue de l’extension territoriale. »
Il faut reconnaître d’ailleurs, que si, contrairement à la Belgique qui n’avait aucun grief contre l’Allemagne, la France lui a fait la guerre, celle-ci avait au moins un motif, la reprise des provinces per-
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dues en 1870. Puis, c’est une nation aguerrie et qui s’est préparée pendant plus de quarante ans ; elle pouvait donc assumer un risque. Quant à l’Angleterre elle a, outre son but de ruiner l’industrie et la navigation allemandes, pour le maintien de son omnipotence sur mer, un besoin vital et essentiel de 11e pas voir s’installer un concurrent en face de Douvres. C’est aussi pour cela qu’elle s’est campée à Calais et à Dunkerque, comme si elle y était le maître, au grand déplaisir des Français. C’est là qu elle combattra jusqu’au dernier Belge. En attendant, elle met en ruines nos jolies plages du littoral en les bombardant sans oser faire une descente. Voilà comment elle entend son devoir de défendre notre territoire.
Notre gouvernement croyait évidemment que l’Angleterre nous soufiendrait pour protéger notre neutralité ; si telle était réellement son intention, une armée anglaise aurait dû débarquer chez nous le 3 août pour nous aider à repousser les Allemands, et non pas une pauvre division de 8,000 hommes à Anvers, ei qui s’est embarquée avant la capitulation de la forteresse. De même la France nous a laissé le soin de repousser les Allemands, au lieu d’accourir à notre secours, avant l'investissement de Liège, avec au moins cinq corps d’armée, selon l’opinion du général Ducarne. (1) Le gouvernement, nous voyant abandonnés, aurait dû tirer les conséquences de cette situation, car
(1). Le trajet de Bruxelles à Parie est le même que celui de Bruxelles à Aix-la-Chapelle, ou que celui de Douvres à üstende. Le général Dujardin a écrit que « en quelques heures après la déclaration de la guerre, les Français auraient pu occuper Courtrai, Tournai, Ath, Mons, Charleroi, Namur. »
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nous ne voulions et ne devions participer à une guerre ni en faveur des uns ni des autres.
De tout temps, notre territoire était un carrefour prédestiné à être le champ de bataille des armées qui s’y rencontrèrent. Emile Banning, notre - grand homme d’Etat, a cité dans un écrit de 1887 La Défense de la Belgique », l’opinion des militaires belges les plus réputés, que dans une guerre franco-allemande la vallée de la Meuse serait inévitablement l’objet des deux armées comme passage le plus couri, indiqué géographiquement. Banning ajoute que l’entrée des Allemands ne pourrait plus s’effectuer, comme en 1870, du côté de Metz, parce que, depuis lors, la France a fortifié énormément la ligne Bclfort- Verdun-Toul, etc., en dépensant deux milliards. C’était donc par la vallée de la Meuse que les deux armées s’efforceraient de pénétrer pour se rencontrer le plus vite possible. Qu’011 11’objecte pas alors que l’entrée des Allemands du côté de Liège était une surprise. Non seulement nos militaires devaient s’y attendre, mais aussi ceux qui voulaient nous soutenir contre une violation de notre territoire, avaient le devoir de se trouver à nos côtés dans cette vallée de la Meuse en temps utile.
Les événements ont pris une tournure rapide, une fois l’ultimatum allemand repoussé. L’artillerie puissante de l’agresseur a réduit ia forteresse de Liège à capituler et, par ce fait, les militaires auraient dû se convaincre que la résistance de nos places fortes — quelque modernes et coûteuses (on a dépensé rien que pour renforcer Anvers 200 millions!), leurs moyens de défense paraissaient être
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avant la guerre, quelque vaillante la défense — était impossible.
L’histoire des guerres ne mentionne aucun cas où une . forteresse, montée et défendue comme celle de Liège, soit tombée en une semaine. La conséquence devait donc être tirée immédiatement par le gouvernement ; résister inutilement, verser du sang sans résultat, risquer une défaite complète, exposer le pays à la perte de son indépendance, devenait désormais un acte coupable. Ce qui aujourd’hui était arrivé à Liège était réservé demain à Namur et à Anvers. L’honneur militaire était sauf, on avait combattu héroïquement, on avait succombé honorablement.
Le 9 août était la journée critique pour nous, le tournant de notre avenir politique. L’offre de Guillaume 11 était alors en présence : « Cessation des hostilités, garantie de V intégrité du territoire belge, paiement des fournitures pour V armée allemande , a condition de la laisser passer pacifiquement. » En acceptant cette proposition, la Belgique serait restée indépendante et entière. Nous avions sauvegardé l’honneur militaire et rempli notre devoir d’essayer de défendre nos frontières. Notre petite armée, bien qu’ayant combattu vaillamment, n’était cependant ^ pas en mesure de résister à une autre dix fois plus forte.
Avons-nous désiré entrer en guerre ?
Non. car nous ne voulions que protéger notre territoire. Ceux qui avaient le devoir de nous le garantir nous ont laissés dans le pétrin à l’heure du danger. Alors. l’ Allemagne, ne demandant qu’une " traversée rapide», sans nous faire du mai, et de garantir notre intégrité, il fallait, bon
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gré, mal gré, accepter, et le gouvernement agissant ainsi aurait été à l’abri de tout reproche. En définitive, les Belges devaient aussi éviter le soupçon de vouloir protéger les Français qui, évidemment, avaient compté sur une résistance de nos forteresses assez longue pour leur permettre de terminer leurs armements et; de marcher à notre secours. Ce mécompte était motivé par l’effet foudroyant des nouvelles pièces de siège allemandes. Mais, si les Français avaient mal calculé, ce n’était pas une raison pour nos militaires de ne pas comprendre la siluation, devenue subitement précaire, à laquelle nous étions acculés. Le Roi aurait alors dû passer outre, agir selon son propre discernement et faire la paix, au lieu d’attendre l’arrivée des Français et des Anglais pendant trois jours, et. de parler, dans sa réponse négative, de ses « engagements auxquels il voulait rester fidèle », tournure qui pouvait faire supposer qu’il y avait partie liée avec l’Entente. En acceptant par contré l’offre de l’Empereur, il aurait fourni la preuve qu’il n’était point engagé et que le bien-être du pays lui tenait plus à cœu»' que la gloire militaire.
Des personnes se donnant pour initiées assurent que le Roi a subi d’un côté l’influence du général Jungblulh, son mentor et précepteur, et du ministre de Rroqueville, plus avocat que militaire, tous deux amis dévoués de la France, et qu’il avait uue idée énorme de la puissance maritime anglaise, soutenue éloquemment par Lord Curzon. Ces sentiments, unis aux chiffres formidables des armées russes, auraient convaincu le Roi que 1* Ulemagne serait écrasée, qu’il y avait donc avantage de
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s’unir à l’Entenle. Un total de douze millions contre six, comme le Matin avait calculé quelques jours avant l’ouverture des hostilités, était en effet de nature à en imposer. Mais, pour la Belgique, la question n’était pas de prendre part à cette guerre ; elle était dans une situation délicate et risquait d’être sacrifiée par suiie d’une issue malheureuse du combat. Elle n’avait qu’à défendre ses intérêts froidement et sans parti -pris.
La Grèce, dans une situation bien plus difficile , vient de donner l’exemple de se tirer d’affaire jusqu’à présent, sans tirer un coup de fusil, vis-à-vis de la France et de l’ Angleterre, la menaçant brutalement. Elle a su maintenir sa neutralité avec sangfroid et ténacité, en dépit des efforts incessants de ces puissances et de la corruption de Venizelos. Aussi le ministre grec, Rhallis, a-t-il pu dire : « Nous ne voulons pas devenir une seconde Belgique », et le roi Constantin a bien mérité de son pays par sa compréhension du « sacro égoïsmo ».
Léopold II, dans notre situation, voyant la supériorité de l’artillerie allemande et le retard des armées anglo-françaises, n’aurait pas repoussé la main de Guillaume II. Ce monarque, à qui la Belgique devait tant, connaissait la perfide Albion et s^en était toujours méfié. Il savait que la campagne anticongolaise de Morell et du capitaine Burrow ne visait au fond qu’à le dégoûter du Congo pour l’amener à s’en défaire. Il savait que l’Angleterre avait bombardé Copenhague en pleine paix et lui avait volé sa flotte en 1807. Il connaissait sa politique froide et sans pitié aux Indes, en Egypte, au Transvaal, où des milliers
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de Boers ont péri dans les camps de concentration ; il savait qu’elle s’était emparée des clefs du coffre-fort à Gibraltar, à Malte, en Chypre. Il savait comment la France a été roulée en Egypte et à Fachoda et que l’Italie a été battue par Ménélik, parce que l’ Angleterre lui avait refusé le passage de troupes à travers Zeila. L’Angleterre qui a fait attacher des princes indiens aux bouches des canons et les mettre à mort pour servir d’exemple, avait néanmoins pour habitude de dénoncer, dans sa presse, des « cruautés » turques, bulgares, arméniennes et autres quand cela entrait dans ses visées politiques. Léopold II aurait vu clairement que maintenant c’était le tour de la petite Belgique de se sacrifier pour défendre Anvers et le littoral pour qu’ils ne tombent pas entre les mains de l’Allemagne, la concurrente sur mer de 1’ Vngleterre, et il ne se serait pas fait prendre dans son filet.
Pour résumer, nous allons énumérer les différents partis à prendre, une fois l’armée allemande entrée chez nous. On pouvait : i° La laisser passer sans coup férir. Ce parti n’aurait probablement pas trouvé l’adhésion de la nation.
2° On pouvait se ranger du côté de l’Allemagne, comme l’avait conseillé M. O. Dax, jugeant son armée la plus forte. Ce parti aurait probablement déplu également à beaucoup de monde.
3° Une alliance avec la France, qui aurait eu l’adhésion des Wallons et de l’entourage du Pioi mais qui devait avoir pour condition l’arrivée d’une armée française en temps utile pour protéger la Belgique contre le passage des Allemands.
4° En dernier lieu, et considérant que
nous possédions une armée de 200 à 3oo,ooo hommes et des places fortes capables de résister, on pouvait commencer par combattre, ce qui était notre droit. Il était même parfaitement compréhensible que la Belgique, en dehors de ses propres forces, s’appuyât, en cas de violation de ses frontières, sur les Etats garants de sa neutralité, et si le gouvernement, dans sa réponse à l’ultimatum allemand, a dit « qu’il considérerait comme ennemi l’envahisseur de son sol, de quelque côté qu il vienne », il était encore en conformité avec cette conception. Mais, une fois que, se voyant privé du secours des armées des Etats garants et la place de Liège tombée sous les obus irrésistibles de cm., il fallait cesser le combat et accepter les
propositions de l’adversaire.
Cette résolution, quelque pénible qu’elle fût, était dictée par l’esprit d’un véritable patriotisme et la volonté de sauver la liberté du pays, en présence d’une situation militaire changée à notre détriment ; la preuve qu’il fallait agir ainsi, était d’ailleurs fournie plus tard par le fait que même le 20 août, jour de l’entrée des
Allemands à Bruxelles, donc onze jours après l’offre de Guillaume 11, aucune armée n’était arrivée à notre secours. De cette façon, la guerre entre l’Allemagne et nous aurait été terminée, honorablement pour notre courage militaire et correctement pour notre devoir de rester neutres, en une semaine, tandis qu elle dure encore après dix-huit mois.
L’entêtement du Roi de continuer à
combattre, en dépit de notre infériorité des forces et délaissé honteusement par les Etats garants à l’heure du danger, a cou-
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duit la Belgique à la situation où elle se trouve maintenant : perte d’une partie de notre armée, perte de toutes nos places fortes, perte de presque tout le littoral, que la flotte de l’Angleterre toute puissante, cachée et soigneusement conservée, n’a su nous rendre, perte de presque tout notre territoire, occupation depuis dixsept mois, contribution de 5oo millions de francs (jusqu’à présent), quand le commerce belge aurait pu gagner pareille somme, si le 9 août 1914 la paix avait été conclue, sans compter les pertes que nous cause l’absence obstinée de 700,000 Belges qui dépensent leur argent à l’étranger, enfin, le trésor de la Banque Nationale, emporté à Londres et certainement dépensé et une augmentation de la dette belge de 1 1/2 milliard en emprunts. Voilà notre bilan !...
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