LA RUSSIE
n'ont jamais été adversaires. L'reurre difficile du partage de la Pologne a sans doute pu occasionner des froissements passagers, mais non des antagonismes profonds. Ce sont précisément ces affaires de Pologne qui ont réuni souvent la Prusse et la Russie. Pour les deux empires, il y a dans le danger polonais un avertissement de ne pas se brouiller, mais de considérer la défense commune contre les aspirations ambitieuses des Polonais comme un pont sur lequel la Prusse et la Russie peuvent toujours se rencontrer. Pendant la première moitié du xix^ siècle, les relations entre les dynasties prussienne et russe étaient d'une intimité qui dépassait la mesure conventionnelle, de sort€ que la politique des deux empires s'en ressentit. Dans la période critique de la guerre de Crimée, l'attitude amicale de la Prusse facilita sérieusement la tâche incombant à la Russie, et cette attitude trouva son pendant dans l'attitude adoptée par l'empereur Alexandre II lors de la guerre franco-allemande. Lorsque, peu de temps après la conclusion de la paix de Francfort, en septembre 1872, les deux empereurs de Russie et d'Autriche se tendirent les mains dans la capitale du nouvel Empire allemand, en même temps qu'ils les tendirent au vénérable vainqueur de la lutte grandiose de nations qui venait d'avoir lieu, le prince de Bismarck avait véritablement créé une base nouvelle pour la politique européenne. L'union des puissances de l'Est agit comme une douche froide sur l'esprit de revanche de la nation française, et fut une garantie de paix de
premier ordre. Bismarck attendait aussi, d'un attachement plus étroit de la Russie aux tendances conservatrices de la politique extérieure de l'Allemagne et de l'Autriche, une influence modératrice sur le courant panslavisle qui grandissait à cette époque en Russie. « L'impétueux éléphant russe, disait-il, devrait marcher entre les éléphants api)rivniscs : l'Allemagne et l'Autriche. »
Le congrès de Berlin troubla en 1878 l'entente, jusque-là intacte, entre les puissances de l'Est. La Russie qui, après les pertes considérables d'une campagne longue et pénible contre toute attente, n'avait pas poussé jusqu'à l'occupation de Constantinople, dut se résigner à subir à Berlin quelques modifications sérieuses au traité de San-Stefano. Ces modifications étaient dues en substance à des conventions secrètes que le cabinet de Saint-Pétersbourg avait conclues avec l'Autriche avant la guerre contre la Turquie et avec l'Angleterre après l'armistice. Mais la presse russe, dont l'inQuence sur l'opinion publique en Russie avait considérablement augmenté au cours des vingt dernières années, attribua la responsabilité des résultats, peu satisfaisants pour le peuple russe, du congrès de Berlin au président de ce congrès, qui en était en même temps le membre le plus éminent, au prince de Bismarck, Le chancelier russe, prince Gortschakoff, dont les rapports personnels avec le prince de Bismarck n'avaient cessé d'empirer à la longue, non seulement lâcha la bride à la presse russe, mais exposa de sa propre bouche à un journa-