LA RUSSIE
liste français le plan d'une alliance franco-russe, plan qui d'ailleurs, à celle époque, n'était encore qu'une chimère. Lorsque l'empereur Alexandre II, lui aussi, parut céder au courant d'hostilité contre l'Allemagne, Bismarck conclut en 1879 le traité d'alliance avec l'Autriche-Hongrie, traité 'qui devint la base de la Triplice. Après la conclusion de cette alliance, un homme très habile, M. de Blowitz, correspondant du Times à Paris, me dit : « Voilà sans doute le meilleur coup diplomatique que Bismarck ait encore fait. » Mais le prince de Bismarck n'en déploya pas moins son énergie habituelle pour rétablir les relaUons d'autrefois avec la Russie. Effectivement, il réussit non seulement à améliorer sensiblement les rapports russo-allemands, mais encore à amener, en 1884, un nouveau rapprochement des trois empires, lors de la rencontre des trois empereurs à Skierniewice. La paix européenne était assurée d'une façon presque idéale par l'existence de la Triplice d'une part, et de l'autre par l'entente des puissances de l'Est. Mais cette situation idéale était menacée d'avance par la diversité des buts contraires poursuivis par la politique de l'Autriche et par celle de la Russie en Orient. Ce n'était qu'une question de temps, pour que vînt à réapparaître un antagonisme qui ne dépendait pas de la bonne ou de la mauvaise volonté des hommes d'Etat, mais de la, différence des intérêts politiques très réels des deux empires. Ce fut la question bulgare qui ébranla de nouveau les relations entre la Russie et l'Autriche. L'entente des trois puissances
impériales ne survécut pas à l'orageux été de 1886. Le prince de Bismarck a déclaré lui-même, comme on le sait, qu'en présence de cette situation nouvelle, il s'efforça, tout en s'attachant fermement à la Triple Alliance, de conserver au moins pour l'Allemagne une entente amicale et sûre avec la Russie. Dans ce but, il avait, disait-il, en arrière de la position défensive de la Triplice, ménagé encore à la politique allemande comme une position de refuge dans ce qu'on a appelé le traité de contre-assurance avec la Russie. Le prince de Bismarck s'est encore expliqué par la suite, à différentes reprises et d'une façon détaillée, sur les motifs qui le guidèrent dans la conclusion de cet accord, sur sa valeur et sa portée. Il a blâmé son successeur de ne pas l'avoir renouvelé. Il a fait remarquer que ce non-renouvellement a eu pour résultat la conclusion de l'alliance franco-russe. La Russie, dégagée de toute stipulation contractuelle, et la France isolée s'étaient rencontrées après la suppression du mur qui les séparait. Le prince de Bismarck voyait, dans cette orientation de la Russie vers l'irréconciliable ennemi do l'Allemagne, un grand renforcement de la puissance de la France, et par suite un .sensible accroissement de difficultés pour la politique allemande.
La Double Alliance.
L'alliance franco-russe accusait en tout cas une profonde modification de la situation internationale.
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Dans les années 1890-1900, nous avions, nous autres Allemands, si je puis me senir d'une image empruntée à la vie militaire : sur notre front, la rivalité britannique éveillée par le rapide développement de notre commerce extérieur et par la création de notre flotte; sur nos derrières, la Duplice, que la France avait l'intention d'exploiter de son mieux au profit de ses espérances. C'est dans cette situation que nous dûmes chercher et trouver un passage vers la politique mondiale. Ce fut d'abord un chemin étroit, sur lequel nous ne pûmes avancer qu'avec précaution. Pendant la guerre russo-japonaise, nous réglâmes notre altitude à l'égard de la Russie comme nous l'avions fait vis-à-vis de l'Angleterre pendant la guerre des Boërs. Sans manquer à notre devoir de correcte et stricte neutralité envers le Japon, nous eûmes une attitude très amicale vis-à-vis de la Russie. Notre neutralité à l'égard de la Russie fut même d'une nuance plus bienveillante que celle de la France. La guerre russo japonaise laissa derrière elle, comme une sorte de dépôt, un refroidissement des relations franco-russes et une élévation de température dans les rapports russo-allemands. La Duplice avait peu à peu perdu de sa rigueur première, non pas tant par suite de l'affaiblissement de la Russie, qu'on a exagéré, après la guerre d'Extrême- Orient, comme on l'avait fait jadis après la guerre de Crimée, que par suite du rétablissement de relations confiantes entre la Russie et l'Allemagne, rétablissement dont les différentes étapes furent marquées par
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plusieurs rencontres entre les monarques des deux empires. Après la crise bosniaque également, les rapports normaux entre la Russie et nous se rétablirent rapidement, ainsi que le prouva la rencontre particulièrement satisfaisante qui eut lieu en juin 1909, dans le golfe de Finlande, entre l'empereur Guillaume et l'empereur Nicolas. Il n'était pas au pouvoir ni dans l'intention de la politique allemande de détacher la Russie de la France. Depuis qu'entre la Russie et la France a été conclu un traité d'alliance qui a pénétré dans les sentiments nationaux des deux peuples, il nous sera pour longtemps impossible d'arracher la Russie à l'alliance française et de nous l'attacher par les liens d'un traité. Mais ce que peut l'Allemagne, c'est émousser la pointe hostile pour elle de la Duplice, en assainissant les relations germano-russes. Cette tâche était réalisable et nous l'avons réalisée, grâce surtout aux rapports personnels qui existent entre notre empereur et le tsar Nicolas. Les espérances inspirées aux chauvins français par l'alliance russe ont été déçues. Les hommes d'Etat russes ont même, à l'occasion, donné à entendre à la France cjue la politique russe n'était pas disposée à se mettre au service d'une politique française de revanche. Les grandes espérances conçues en France lors de la conclusion du traité durent insensiblement se mettre à un diapason plus bas.
La politique française dut finalement chercher, dans la direction des aspirations dominantes en France, une compensation à la déception des espé-