‹ La politique allemandeChapitre 20 sur 68 · POLITIQLK MONDIALE DE I. AI.I.EM.U.NE · texte numérisé non relu

POLITIQLK MONDIALE DE I. AI.I.EM.U.NE

battirent et moururent dans les sables désertiques de l'Afrique — je ne nommerai que le comte Woltï-Werner d'Arnim et le baron Burkhard d'Erffa, partis volontairement et morts en héros — méritent de survi vre dans notre histoire, car ils ont prouvé que notre peuple n'a pas perdu ses vertus guerrières dans une longue période de paix. La révolte dans l'Afrique du Sud-Ouest marqua une crise de notre politique coloniale, mais aussi le retour à une situation meilleure Par la réorganisation de l'administration coloniale, par la transformation de la section coloniale de l'Office extérieur en minis<tère indépendant, avant tout grâce au vif intérêt éveillé en faveur de nos entreprises coloniales, on réussit, pendant la gestion du secrétaire d'Etat Dernburg, à faire enfin franchir le point mort à notre politique coloniale. Les choses se passèrent ici comme dans la question navale. A force de peines et de luttes, nous sommes parvenus finalement à convaincre tous les partis bourgeois de l'utilité et de la nécessité d'une politique coloniale positive, et à les y intéresser. En même temps que commençait la construction de notre flotte, nous nous installions pendant l'automne de 1897 à Kiaou-Tchéou; quelques mois plus tard se concluait avec la Chine le traité de Schantoung, un des actes les plus importants de l'histoire contemporaine de l'Allemagne, acte qui nous assurait notre place au soleil de l'Extrême- Orient, sur les rivages pleins d'avenir de l'océan Pacifique. Jusqu'à la fin du xix« siècle, l'Europe n'avait pu exercer son activité qu'à la périphérie de l'Empire

chinois. Cependant, les régions intérieures de cet empire se sont à leur tour ouvertes de plus en plus. Il y a de grands bénéfices à réaliser dans l'industrialisation d'un gigantesque empire de 400 millions d'habitants, et d'habitants laborieux. Il ne faut pas que nous passions à l'arrière-plan sur cet immense champ d'action, mais il faut que nous y maintenions et que nous y améliorions notre position. Le dénouement de la guerre hispano-américaine nous offrit en 1899 la possibilité d'acquérir, par l'achat du groupe des îles Carolines et IMariannes, un point d'appui en Polynésie. Un an plus tard, nous réussîmes à mettre fin à l'interminable litige de Samoa par un traité avantageux pour nous signé avec l'Angleterre et l'Amérique. En 1898, nous conclûmes un accord avec l'Angleterre, accord qui avait son importance, non seulement parce qu'il facilita nos relations avec l'Angleterre à un moment plutôt difficile, sans compromettre nos rapports avec d'autres puissances, mais encore parce qu'il nous assura de précieuses perspectives pour l'avenir. A l'occasion de la conclusion de cet accord, qui nous promettait des fruits abondants si nous attendions avec patience le moment de sa réalisation, moment qui devait forcément venir tôt ou tard, notre ambassadeur d'alors à Londres, le comte Paul Ilatzfeld, dont le prince de Bismarck disait un jour qu'il était le meilleur cheval de son écurie diplomatique, rendit de grands services. Le projet du chemin de fer de Bagdad, qui fut conçu à la suite du voyage impérial effectué à l'automne de 1898

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en Palestine, — voyage entrepris lui-même quelques mois après l'adoption du premier projet de loi sur la flotte et réussi en tout point, — ouvrit à l'influence et à l'esprit d'entreprise de l'Allemagne, entre la Méditerranée et le golfe Persique ainsi que sur les rives des vieux fleuves historiques de l'Euphrate et du Tigre, des domaines incomparables au point de vue de la fertilité et des espérances d'avenir, — si toutefois il est permis de parler en Mésopotamie de perspectives illimitées. Aujourd'hui, de par ses intérêts et aussi de par les ressources de sa puissance politique, l'Empire allemand est deven.u une puissance mondiale, en ce sens que le bras de l'Allemagne peut atteindre les régions les plus lointaines, et que nulle part un intérêt allemand ne peut être lésé impunément. C'est, en fait, grâce à la construction de notre flotte que le rayon de notre ^puissance s'est étendu sur le monde, pour la protection des intérêts allemands répandus sur toute la terre. C'est la constitution d'un instrument de protection nationale, le renforcement de notre sécurité nationale, que nous avons eus en vue en créant notre flotte, et nous ne l'avons jamais employée à autre chose.

La tâche de donner à la nouvelle puissance mondiale de l'Allemagne une base solide peut être considérée aujourd'hui comme terminée. Certes, l'Empire allemand n'a été accueilli dans ce domaine qu'avec déplaisir par les Etats qui, depuis des siècles, avaient l'habitude de trancher seuls les questions de politique d'outre-mer. Mais notre droit politique mondial est

reconnu maintenant par tous les pays où se montre le pavillon de guerre de l'Allemagne. C'est là le but qu'il nous fallait atteindre. Il était corrélatif à la création de notre flotte de guerre, et ne pouvait être atteint qu'en surmontant simultanément de grosses difficultés dans le domaine de la politique extérieure internationale, comme dans celui de la politique intérieure nationale.

Pendant la première décade d'années qui suivit le dépôt du projet de loi sur la flotte de 1897, nous eûmes à traverser une zone dangereuse au premier chef dans notre politique étrangère, car nous fûmes obligés de nous constituer une force navale suffisante pour assurer la représentation efficace de nos intérêts maritimes, sans posséder encore sur mer une force défensive suffisante. L'Allemagne est sortie de cette période critique sans dommage et sans atteinte à sa dignité et à son prestige. En automne 1897, la Saturday Review publia son article fameux dont le point principal consistait dans cette déclaration, que si demain l'Allemagne disparaissait de ce monde, il n'y aurait le lendemain pas un Anglais qui ne fût d'autant plus riche. L'article se terminait par ces mots : « Germaniam esse delendam. » Douze années plus tard, deux grands journaux anglais qui ne sont pas précisément germanophiles déclaraient que la position de l'Allemagne était plus élevée et plus forte qu'elle ne l'avait jamais été depuis la retraite du prince de Bismarck. Depuis 1897 s'est achevée une importante évolution, dont les contemporains ne se

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sont pas toujours rendu compte, mais que la postérité reconnaîtra et appréciera. Pendant ces années-là, grâce à la construction de notre flotte, nous avons complètement effectué notre passage à la politique mondiale. Cette ascension à la politique mondiale nous a réussi. Nous ne nous sommes laissés lancer contre aucune puissance et nous n'avons tiré les marrons du feu pour personne. Grâce au calme de notre altitude pendant la guerre des Boërs, nous avons émoussé la surexcitation qui régnait en Angleterre depuis le télégramme à Krûger, et par la suite des temps nous n'avons fourni à l'Angleterre aucun prétexte d'arrêter notre bras pendant la construction de notre flotte. D'autre part, l'attentif entretien de la Triplice nous a évité les heurts avec la Duplice, heurts qui auraient retardé la construction de notre flotte. Entre l'entente anglo-française et la Duplice, nous avons dû suivre un chemin étroit, qui se rétrécit encore, lorsque l'entente anglo-française s'élargit en Triple Entente; ce n'est que grâce à des précautions infinies que ce chemin resta praticable, lorsque l'Angleterre nous enveloppa d'un réseau d'alliances et d'ententes. Lorsque, enfin, pendant la crise bosniaque, l'horizon international s'éclaircit, lorsque la puissance continentale de l'Allemagne déchira le filet de l'encerclement, nous avions déjà franchi dans la construction de notre flotte la période de préparation.

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Le projet de flotte en Allemagne.

A côté des difficultés de la politique extérieure se présentaient, quoique plus faciles à surmonter, des difficultés de politique intérieure. Nous autres Allemands, nous ne savons pas répondre avec un empressement spontané et joyeux aux exigences d'un temps nouveau. Gœthe définissait le secret de notre force, mais aussi de nos défauts, lorsqu'il disait que c'était le caractère des Allemands de s'appesantir sur tout. La lutte proverbiale entre le nouveau et l'ancien temps a été moins interrompue dans notre histoire que chez les autres peuples et toute phase significative de notre évolution la voit reparaître avec une égale énergie. Mais si, chez nous, les nouveautés se heurtent à des résistances plus sérieuses qu'ailleurs, notre évolution n'a, en fin de compte, jamais été assez retardée pour nous causer un dommage durable. Nous pouvons même dire que l'accompagnement constant d'une critique hostile nous a, nous Allemands, préservés, mieux que maint autre peuple, d'innovations dangereuses, et nous a ménagé cette calme ascension, ce progrès sûr, dont nous avons le droit de nous féliciter aujourd'hui. C'était la pensée de Bismarck, lorsqu'il disait un jour que les gouvernants en Allemagne avaient besoin du fil barbelé de la critique, fil qui les maintenait dans le bon chemin en les menaçant de leur écorcher les mains, s'ils entreprenaient des mouvements trop excentriques. Evi-

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