‹ La politique allemandeChapitre 25 sur 68 · ESPRIT DE PARTI, FIDÉLITÉ AU PARTI · texte numérisé non relu

ESPRIT DE PARTI, FIDÉLITÉ AU PARTI

tensc aversion pour les autres partis, et qu'il a tant de peine à oublier les vexations et les défaites subies de leur part. Ici encore, nous avons sous un déguisement moderne un retour des vieilles habitudes allemandes. De même que les peuples, les Etats, maintenaient leur cohésion intérieure et ne pouvaient pas se souffrir les uns les autres, ainsi en va-t-il aujourd'hui des partis. La proverbiale fidélité allemande profite en première ligne au p^tit cercle politique, en seconde ligne seulement à la grande communauté de la nation. Un gouvernement allemand briguera généralement en vain les multiples amitiés qui affluent d'elles-mêmes aux partis. Bismarck lui-même n'a pas échappé à cette constatation. Le dompteur du particularisme politique n'a pu se rendre maître du particularisme des partis. Bien qu'il se fût concilié comme pas un la confiance et l'affection du peuple allemand, le prince de Bismarck n'a que rarement ou jamais réussi à concurrencer l'attachement inspiré par le chef de parti. Treitschke dit quelque part que les cœurs des Allemands ont toujours appartenu aux poètes et aux généraux, non aux politiciens. C'est exact, sauf pour les chefs de parti. L'Allemand, il est vrai, les oublie assez vile après leur mort ou leur retraite, mais tant qu'ils agissent, ils possèdent le dévouement et les bonnes grâces de tous ceux de leur parti. Depuis que nous avons des partis, les hommes populaires ont été des hommes ou des chefs de parti; les partis les ont suivis, même contre Bismarck. Raison et tort, succès et insuccès jouent là un rôle singu-

lièrement réduit, La fidélité de l'Allemand ù son chef de parti est désintéressée, sans idée préconçue ni critique, comme doit l'être la vraie fidélité, qui dérive de l'affection. Peu importe que le chef de parti remporte des succès ou non, qu'il ait dans son passé des triomphes ou des défaites. Il n'est presque jamais arrivé en Allemagne qu'un parti ail refusé d'entrer en campagne avec son chef, quand bien môme il était palpable que celui-ci le conduisait dans une impasse, à plus forte raison quand il apparaissait que la tactique du chef de parti ne répondait pas aux visées de l'Etat. Il n'a jamais été très difficile en Allemagne d'organiser une opposition au gouvernement, mais il a toujours été très difficile de faire aboutir des mouvements d'opposition au sein d'un parti. Presque toujours a été déçue chez nous l'espérance qu'un parti d'opposition se désagrégerait au moment décisif. Après que notre vie de parti eût passé par les premières fermentations qui se produisent toujours à Taube de tous les partis, après qu'elle se fût clarifiée ù la suite de ses précoces agitations, les partis ont conservé une solidité intérieure des plus remarquables. Que de fois n'a-t-on pas prédit à quelques partis une scission entre une direction soi-disant plus moderne et une direction ancienne ! De telles prophéties ne se sont presque jamais accomplies. Nulle part dans notre vie politique, nous ne trouvons l'esprit conservateur aussi inébranlable que dans nos partis. Môme les partis les plus radicaux sont archi-conservalcurs dans leurs déclarations et leurs allures radi-

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