‹ La politique allemandeChapitre 33 sur 68 · CONSERVATISME ET LIBÉRALISME · texte numérisé non relu

CONSERVATISME ET LIBÉRALISME

et la plus réussie du travail commun du conservatisme et du libéralisme.

Actuellement, il est d'usage dans les deux camps de considérer le conservatisme et le libéralisme comme deux conceptions politiques radicalement dif- . férentes, et d'affirmer que chacune vit de son opposition à l'autre. C'est mal connaître le rapport entre les conservateurs et les libéraux allemands. S'il en était ainsi, les deux partis et les fractions adjacentes seraient d'autant plus forts que leur antagonisme, leur hostilité seraient plus prononcés. Or, c'est juste le contraire qui est vrai. Abstraction faite de quelques situations anormales, conservateurs et libéraux ont toujours eu le plus de force comme partis, le plus d'influence au Parlement, quand ils marchaient de concert. C'est dans le cartel et dans le bloc que tous deux ont eu le plus de puissance. Et les temps où ils marchaient de concert ont toujours été ceux où la satisfaction et la confiance régnaient le plus dans l'opinion de la généralité. Assurément, on ne peut attendre de la collaboration conservatrice et libérale le salut politique intégral et la solution de tout problème législatif. Le cas ne cessera de se représenter, où, dans quelques questions, même importantes, les voies conservatrices et libérales bifurqueront. Car les oppositions existeront toujours et avec raison. Ce serait aussi un très faux calcul de vouloir inscrire au compte de la collaboration des conservateurs et des libéraux tous les grands résultats acquis sur le terrain de la politique intérieure. Le Centre a pris une

part prépondérante et parfois décisive à notre législation sociale, à nombre de nos projets de loi militaires, surtout à faire admettre l'opportunité de la flotte. Mais les démêlés entre conservateurs et libéraux ont jusqu'ici toujours été nuisibles : aux deux partis eux-mêmes, à la marche de notre politique ÎHtcrieure, et, last not least, à l'opinion publique.

Les antagonismes entre conservateurs et libéraux ne disparaîtront jamais. Ils ont leur sens historique et leur sens pratique. Leurs froissements font partie de notre vie politique. Mais on ne doit pas enfler inutilement ces antagonismes et pousser les choses jusqu'à en faire d'irréconciliables courants d'idées. Ce faisant, on s'éloigne de la prosaïque réalité politique. Même l'antagonisme confessionnel, qui partage la nation depuis quatre siècles, et que la nation, d'après ses dispositions natives, a toujours pris au sérieux, cède la place aux exigences du moment dans la vie politique pratique. Dans le socialisme, nous avons en fait un ensemble d'idées qui diffère de notre conception bourgeoise du droit et des mœurs, de la religion, de la société et de l'Etat, et que Ton peut appeler une autre façon de concevoir le monde. J'ai parlé une fois d'une opposition dans la conception du monde, qui existe dans ce groupe même. Mais personne ne croira sérieusement que telle et telle façon de voir les choses puisse séparer un citoj^en libéral d'un citoyen conservateur. Pour cela, il y a trop d'idées et d'idéal communs, surtout au point de vue de la nation, et le vaste empire de la vie intellectuelle

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