CONSERVATISME ET LIBÉRALISME
des Allemands dans les sciences et les arts appartient aux deux en commun. Que de libéraux penchent absolument pour certaines façons de voir conservatrices ! Que de conservateurs ne sont nullement hostiles à toutes les pensées et à toutes les demandes des libéraux ! Cependant, tous ces hommes ne se considèrent nullement comme neutres en politique, et ils ne le sont pas. Quant aux ministres, les journaux de parti se disputent à intervalles réguliers sur la question de savoir si tel ou tel d'entre eux doit porter le sceau du conservatisme ou du libéralisme, et chaque parti cherche d'ordinaire à rattacher la plupart des ministres au parti adverse. La vérité est que la plupart des ministres seraient embarrassés pour donner une réponse précise à cette question : à quel programme de parti vous ralliez-vous ?
Pousser à l'extrême les antagonismes de parti est non seulement injuste, mais aussi peu pratique. Les partis ne marchent pas trop longtemps bras dessus, bras dessous, et l'alliance qu'ils trament entre eux n'est pas éternelle. Par conséquent, dès qu'ils rompent avec leurs amis de la veille pour se réconcilier avec leurs ennemis de la veille, ils finissent par se trouver dans la gênante obligation de démolir à nouveau le systématique édifice de leurs antagonismes avec la même peine qu'ils ont prise pour le construire. Cela est arrivé à peu près chaque fois que la composition des majorités s'est modifiée.
Si les antagonismes des partis étaient réellement si profonds et les moindres détails de la vie politique
si importants qu'on les dépeint dans les querelles des partis, il serait impossible de mener à bien le travail législatif, tant il y a chez nous de partis, dont aucun jusqu'ici n'a eu la majorité absolue. Or, en réalité, pendant les vingt dernières années, dans presque tous les domaines de la politique intérie'ure, on a achevé des tâches multiples et précieuses. Les partis se sont adaptés à tour de rôle, et ils ont pu annihiler, souvent avec une prodigieuse soudaineté, leurs antagonismes auparavant nettement accusés. Sans doute, d'autres antagonismes s'accentuent alors avec d'autant plus de vivacité. Ceux-ci également ne tiennent que jusqu'à la prochaine modification de la majorité, de sorte qu'en fait on n'a aucune raison de prendre très au tragique les oppositions entre les partis.
Le gouvernement et les partis.
Le gouvernement aussi devra prendre les antagonismes des partis pour une grandeur variable. Sans doute non seulement pour une grandeur variable en elle-même, mais aussi pour une grandeur sur la modification de laquelle on peut agir; sur laquelle il faut agir, quand l'intérêt de l'Empire et de l'Etat l'exige. Il ne suffit pas de prendre des majorités où on les trouve et telles qu'elles se présentent. Il faut que le gouvernement essaie de se procurer des majorités en vue des tâches qu'il doit accomplir.
Gouverner avec des majorités de rechange, suivant