‹ La politique allemandeChapitre 35 sur 68 · LE GOUVERNEMENT ET LES PARTIS · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT ET LES PARTIS

les cas, cela présente certainement des avantages et des agréments, mais aussi de grands dangers. En tout cas, ce n'est pas une panacée pour toutes les crises politiques. On a coutume de s'en référer à Bismarck qui prenait ses majorités où il les trouvait. Toujours, quand on invoque ainsi des événements de l'ère bismarckienne, on oublie que l'essentiel manque, c'est-à-dire Bismarck lui-même à la télc du gouvernement. Il tenait la direction d'une main de fer, de sorte que jamais elle ne courait le risque de passer même en minime partie à la disposition du Parlement, grâce à l'influence que Bismarck accordait à la majorité du moment. Avant tout, il ne songeait nullement à se prêter aux volontés d'une majorité, quand ces volontés lui paraissaient incompatibles avec la sienne. Il utilisait les majorités existantes, sans se laisser exploiter par elles. Bismarck précisément savait se débarrasser magistralement de majorités d'opposition et créer à son usage des majorités propices à sa politique. Placé dans l'alternative de laisser abîmer une loi importante par une majorité de raccroo, ou d'engager un combat gênant pour obtenir une meilleure répartition des voix, il n'a jamais hésité à prendre le second parti. Il tirait avantage de la possibilité de choisir ses majorités suivant les cas, mais il était le dernier à se soumettre à des majorités groupées occasionnellement. Sous ce rapport, on ne doit pas non plus abuser du nom de Bismarck. Ce nom ne peut être invoqué que si l'on fait allusion à une direction des affaires forte, résolue, inflexible, et non

point si Ton veut parler d'un gouvernement souple, accommodant, qui accorde aux partis plus de droits qu'il ne leur en revient.

Il est indubitablement plus commode de voir comment l'on trouverera telle ou telle majorité pour une loi, au lieu de se demander comment on fera passer une loi de la façon dont le gouvernement le juge convenable et profitable. Le procédé qui consiste à mettre une loi pour ainsi dire à l'encan et à la donner au plus offrant, n'est praticable que quand un gouvernement est aussi fort et en même temps aussi expert que l'était celui de Bismarck. Surtout cela ne doit se faire que quand la loi est acceptée par la majorité dans la forme désirée et proposée par le gouvernement, que quand le gouvernement dirige. S'il se laisse diriger, il verra bien vite sa loi rendue complètement méconnaissable dans la querelle des partis et les marchandages des partis de la majorité, devenue tout autre, sinon tout le contraire de ce qu'il désirait en réalité. De cette façon, les majorités ne se mettent pas à la disposition du gouvernement pour les lois qu'il propose, mais le gouvernement remet ses lois aux mains des majorités pour leur en laisser la libre application et la libre transformation. Tout en faisant semblant d'être au-dessus des partis, le gouvernement, à vrai dire, glisse sous les pieds des partis.

Précisément cette nécessité de changer de majorité suivant la situation des partis, exige une main vigoureuse dans la direction des affaires gouvernementa-

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