LA POLITIQUE DU BLOC
Il faut distinguer entre la cause occasionnelle directe et les raisons profondes qui ont conduit à la combinaison de 1907. Les événements qui rendirent nécessaire la dissolution du Reichstag, en décembre 190G, sont encore dans toutes les mémoires. L'attitude du Centre avait créé une situation intenable et rendu nécessaire une résolution du gouvernement d'une portée plus que passagère. Les tentatives d'immixtion du Centre dans l'administration coloniale avaient peu à peu atteint un degré intolérable dans l'intérêt même de la discipline. Le Centre et les démocrates socialistes avaient repoussé une demande en faveur des troupes combattant héroïquement, au milieu de grandes privations, un ennemi cruel, dans le pays même des révoltés. Vint enfin la tentative d'empiéter sur les droits de commandement de l'Empereur. Il s'agissait de principes d'Etat, qu'on ne pouvait sacrifier. Un gouvernement qui, en pareil cas, ne sait pas appliquer les mesures extrêmes pour sa protection, ne mérite pas le nom de gouvernement. Dès l'abord, je savais parfaitement que je me préparais de grandes difficultés en rompant, par la dissolution du Reichstag, avec un parti aussi puissant, aussi tenace que le Centre. Ma vie politique aurait pris une allure plus agréable, si j'avais consenti à un compromis plus ou moins boiteux. Mais il s'agissait d'un de ces motifs où le combat s'impose dans l'intérêt du pays. Un gouvernement qui, en pareille occurence, recule devant la lutte, pour ne pas se rendre la vie plus difficile, met sa propre cause au-dessus de
celle de la pairie. Là s'applique l'adage militaire^ que l'offensive passe avant la défensive. Le gouvernement est là pour l'intérêt de la nation, et non l'intérêt national pour le gouvernement. J'avais prévenu à temps le Centre des conséquences de son attitude. Si on a affirmé après coup que le Centre ignorait ce dont il s'agissait en fin de compte, je n'ai qu'à rappeler mes discours au Reichstag et mes déclarations dans ces jours d'agitation, pour réfuter plus qu'il n'est nécessaire de pareilles affirmations. Si, après mes discours du 28 novembre et du 4 décembre 1906,. je n'avais pas prononcé la dissolution ou si j'avais renoncé à mes fonctions, je n'aurais plus pu me montrer dans la rue. Le Reichstag fut dissous, lorsque sa majorité, composée du Centre, des démocrates socialistes, de^ Polonais et des Alsaciens, prétendit réduire le crédit supplémentaire pour l'Afrique du Sud- Ouest de 29 à 20 millions et diminuer le nombre des troupes coloniales dans le territoire africain en révolte et qu'on venait à peine de pacifier. Il fallait,, dans les nouvelles élections, conquérir la majorité aux conservateurs et libéraux de toutes nuances qui avaient appuyé le gouvernement.
L'attitude du Centre et de la Social-Démocratie dans la politique coloniale, surtout la tentative de porter atteinte au droit de l'Empereur de fixer, en vertu de ses pouvoirs constitutionnels, l'effectif des troupes nécessaires à l'époque dans l'Afrique du Sud- Ouest, étaient par elles-mêmes des raisons suffisantes pour rendre nécessaire une modification de la ma-