‹ La politique allemandeChapitre 39 sur 68 · LE CENTRE · texte numérisé non relu

LE CENTRE

tholiques. Les deux confessions ont toutes sortes de raisons pour prendre en considération cette belle parole de Gœrres : « Nous tous, catholiques et prolestants, avons péché en nos pères, et nous continuons à tisser la toile de l'humaine erreur, d'une façon ou de l'autre. Aucun n'a le droit de se mettre orgueilleusement au-dessus de l'autre,- et Dieu ne le permet à personne, surtout à ceux qui se disent ses amis. » Mon vieux colonel, plus tard maréchal baron de Loë, bon Prussien et bon catholique, me dit un jour que, sous ce rapport, les choses ne s'amélioreraient pas tant que le principe bien connu du droit français : la recherche de la palerniié est interdite (1), ne deviendrait nôtre sous cette variante : la récherche de la confession est interdite (1). C'est dans ce sens qu'il répondit à la question d'une princesse étrangère, qui lui demandait quel était le pourcentage des officiers protestants et catholiques de son corps d'armée: « Je sais combien de bataillons, descadrons et de batteries je commande, mais je ne m'inquiète pas de savoir à quelle Eglise appartiennent mes officiers. » Voilà comment on pense dans l'armée, dans la diplomatie, et celte façon de penser devrait être de règle partout. Le sentiment de l'humiliation, qui règne encore fréquemment dans les milieux catholiques, ne peut être surmonté que par une politique vraiment égalitaire, par une politique pour laquelle, ainsi que je l'ai dit une fois à la Chambre des dépu-

(1) En français dans le texte.

tés, il n'y a ni Allemagne catholique, ni Allemagne protestante, mais rien que la nation une et indivisible, indivisible au point de vue matériel, indivisible au point de vue de l'idéal.

Mais, d'un autre côté, on trouve de graves inconvénients à ce qu'un parti confessionnel exerce dans la politique une influence si extraordinaire et si prépondérante, comme ce fut de longues années le cas chez nous. Le Centre est et reste un parti maintenu par la confession, quoiqu'on puisse ergoter à Berlin et à Cologne sur l'idée de' parti confessionnel. Le Centre est la représentation de la minorité confessionnelle. Il se justifie comme tel, mais qu'il ne préteride pas à une position privilégiée. Certainement, tout parti qui, grâce à la majorité ou à son propre effectif, se sent uAe puissance parlementaire de premier ordre, se montre disposé à en abuser. C'est ce qui est arrivé aux progressistes pendant les années de conflit, aux nationaux-libéraux entre 1872 et 1875, aux conservateurs dans la Chambre des députés prussienne, lorsqu'ils firent opposition aux projets de canal, si bien motivés et qui tenaient un compte si juste de l'avenir (1); c'est ce qui est arrivé aussi au Centre. Tous mes prédécesseurs ont été forcés de se défendre contre les prétentions autoritaires du Centre. Nombre de conflits de politique intérieure sont issus, dans les dernières années, de cette nécessité

(1) Il s'agit du erand canal projeté à travers l'Allemagne qui devait joindre le Rhin avec l'Elbe et 1 Oder, et par conséquent avec la Vislule. (N. du Trad.)

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