LE CENTRE
gouvernementale, le conflit de 1887 comme celui de 1893, et enfin aussi la collision de 1906.
Pour un parti dans une position presque inébranlable comme le Centre, la tentation est naturellement fort grande de faire de la politique autoritaire pure. La séduction est double, quand le Centre est en mesure de former la majorité avec la Social-Démocratie et d'empêcher avec son aide l'aboutissement de la première loi venue. Une majorité composée du Centre et de la Social-Démocratie, qui fait résistance aux desiderata de la nation, constitue non seulement un inconvénient, mais encore un grave danger pour notre vie nationale. Avant 1906, le Centre s'est, à différentes reprises, laissé entraîner à utiliser l'attitude systématiquement hostile de la Social-Démocratie vis-à-vis des désirs de la nation, quand il pouvait avoir la majorité avec ce parti et jugeait conforme à sa politique autoritaire de gêner le gouvernement précisément en s'opposant aux desiderata nationaux. De même, avant la tempête purificatrice de 1906, le cas s'est présenté plusieurs fois que le Centre, pour donner son assentiment aux demandes nationales, ne posa que des conditions difficiles ou irréalisables, sachant bien que, sans son aide, la formation d'une majorité nationale était impossible. Depuis la défaite du cartel dans les élections de février 1890, jusqu'aux élections du bloc en 1907, après lesquelles le Centre ne s'opposa plus à aucune demande concernant l'armée, la marine et les colonies, le gouvernement n'a cessé de vivre sous la menace d'une coalition du Cen-
Ire et de la Social-Démocratie, formant une majorité d'opposition. Certes, pendant les dix-sept années qui s'écoulèrent entre le cartel et le bloc, le Centre a fort bien collaboré aux tâches nationales, avant tout aux lois sur la flotte, aux tarifs douaniers, et, d'une façon éminente, à la continuation de la politique sociale. Les incidents survenus sur le terrain de la politique coloniale pendant l'hiver de 1906 prouvèrent cependant que le Centre, après comme avant, voyait dans son opposition aux demandes nationales, et dans l'appui qu'il cherchait dans la Social-Démocratie, un moyen plausible et commode de pratiquer sa politique tyrannique.
La tâche de 1907.
On ne pouvait pas se contenter d'éliminer pour un instant le conflit provoqué par le Centre flanqué des démocrates- socialistes., des Polonais et des Alsaciens; il fallait le résoudre en songeant au passé et en ayant égard à l'avenir. La nécessité de former sans le Centre une majorité pour les questions nationales existait au fond depuis la rupture du cartel bismarckien; elle était née des conclusions que le Centre avait tirées de l'impossibilité où l'on était de se passer de lui pour mener à bien les tâches nationales. C'était donc un problème ancien qu'on avait à résoudre en 1907, problème redevenu actuel par les votes précédents, mais qui n'avait pas été posé par eux : une majorité nationale sans le Centre. Non pas une majorité contre le