‹ La politique allemandeChapitre 42 sur 68 · LA TACHE DE · texte numérisé non relu

LA TACHE DE

(luit souvent, par des gens à cheval sur les principes du programme de leur parti.

Les années du bloc nous ont apporté un grand résultat et une importante leçon. Le front national a été élargi et la preuve fournie que la Social-Démocratie peut être refoulée. Tci comme là, gain considérable pour la solution des problèmes les plus importants de notre politique intérieure.

Depuis 1907, les libéraux radicaux sont incorporés dans le parti national. Les peUtes propositions de loi pour l'armée et la marine, du printemps de 1912, ont été acceptées par eux comme la grande augmentation de l'armée en 1913, avec les demandes pour les colonies. Pour apprécier l'aide des libéraux radicaux, il ne faut pas seulement se baser sur la question de savoir si les lois militaires et navales eussent trouvé une majorité au Reichstag même sans leur collaboration. Le bénéfice consiste en ceci : autrefois, il y avait bien une majorité en faveur des demandes nationales de l'Empire, mais il fallait généralement la recruter avec peine; maintenant, au contraire, tous les partis bourgeois sont groupés en face de la Social- Démocratie, des partis nationalistes et des fragments de partis. Les questions nationales de l'Empire ont cessé d'être un sujet de souci pour la politique intérieure. Et la force rigide avec laquelle s'exprime dans toute la bourgeoisie allemande l'idée nationale à propos des intérêts defensifs de l'Empire s'inscrira aussi comme un élément précieux ù l'actif du prestige de l'Allemagne à l'étranger.

Contribution à l'histoire de la politique défensive de l'Allemagne.

On n'a qu'à jeter un coup d'œil rétrospectif sur le sort des grandes propositions regardant l'armée et la marine pendant les dernières décades d'années, pour mesurer le progrès acquis. Cela est d'autant plus significatif que ridée nationale doit faire sentir aujourd'hui son action non seulement dans la direction de l'ancienne et glorieuse politique continentale prussoallemande, mais encore dans la direction de notre nouvelle politique mondiale qui, jusqu'à nouvel ordre, signifie plutôt l'avenir que le passé. Il s'agit aujourd'hui non seulement de l'armée, mais aussi de la flotte. Les partis bourgeois au Reichstag ont à pré- ■senter au pays des sacrifices matériels plus considérables pour les travaux nationaux, et voilà pourquoi ils doivent accorder plus de place à l'idée nationale.

Sans doute, c'est un fait étrange que, chez le peuple d'Europe qui connaît et apprécie le plus le métier des armes, les partis se soient si difficilement résignés aux demandes nouvelles pour la défense de l'Empire, -qu'après plus de trente-cinq ans seulement on ait pu parvenir à ce sujet à l'unanimité des partis bourgeois tout au moins. La faute en est moins à un manque de patriotisme qu'à cette politique de parti, à cette fidélité obstinée au programme de son parti, dont il a déjà été question. Au gouvernement incomba la tâche d'éveiller les sentiments patriotiques de tous les partis

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bourgeois, de les vivifier, de les fixer, dès qu'ils paraissaient assez forts pour collaborer pratiquement aux tûches nationales de L'Empire. Un gouvernement allemand qui, sous l'influence d'idées de parti préconçues, repousserait un parti empressé à servir les intérêts nationaux, qui trouverait moins précieux les sacrifices nationaux d'un parti, parce que la direction générale de sa politique ne lui agrée pas, ce gouvernement agirait contre le bien de la nation. Pour le gouvernement, ce qui a de beaucoup le plus d'importance, c'est l'intensité des bonnes dispositions nationales d'un parti. Avec un parti foncièrement sûr au point de vue national, on pourra et on devra travailler. En effet, malgré la difficulté qu'on a si souvent, en Allemagne, à choisir entre l'intérêt de la généralité et celui du parti, un parti de ce genre, dans les grandes questions, finira tout de même par se laisser influencer dans le sens national. C'est là un vigoureux optimisme, que nul ministre allemand ne doit se laisser enlever, quel que soit le scepticisme que lui inspirent les partis pour le cours habituel de la politique. La ferme croyance au triomphe final de l'idée nationale est la première condition préalable d'une politique véritablement nationale. Le mot superbe, lancé par Schleiermacher dans la sombre année 1807 : « L'Allemagne' est encore là, et sa force occulte reste intacte », devrait demeurer jour et nuit sous les yeux de tout homme politique chez nous. Celte croyance ne doit pas nous faire défaut, à nous Allemands, surtout dans los égarements et les imbroglios de nos querel-

les de partis, qui laissent elles-mêmes toujours encore transparaître spontanément, par échappées, leur sentiment national, comme une rare disposition de jour de fùte.

Un coup d'œil rétrospectif sur les destinées des projets de loi militaires et navals est en même temps un coup d'œil sur les transformations de l'idée nationale au sein des partis. Les conservateurs ont pleinement droit à la gloire de n'avoir jamais encore refusé un homme à la patrie; les nationaux-libéraux également n'ont jamais mis en question le sort d'une loi de défense. A ce point de vue national, la première place revient aux anciens partis du cartel, et ce fut une perte non seulement pour eux, mais aussi pour l'Empire, que les élections aient détruit leur majorité et, en même temps, la perspective de retrouver cette majorité. Le prince de Bismarck avait légué au nouveau Reichstag de 1890 un projet militaire, qui fut présenté alors avec des proportions plus réduites que ne les avait prévues le premier chancelier de l'Empire avant son départ. Le comte de Caprivi demanda 18.000 hommes et 70 batteries. Bien que le vénérable Moltke parlât en faveur du projet, son sort resta longtemps indécis. Eugène Richter vota contre au nom de tout le parti du peuple. Le projet fut adopté par les partis du cartel avec l'aide du Centre, mais le Centre rattacha à son adhésion la demande du service de deux ans pour plus lard.

Déjà le grand projet militaire de 1893, bientôt de venu nécessaire à raison de l'insuffisance des deman

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des du projet antérieur, montra combien était vacillante la majorité nationale des partis bourgeois. Le Centre manifesta sa mauvaise humeur, provoquée par l'échec de ses espérances de politique scolaire en Prusse, à l'occasion de ce projet. Bien que sa demande relative au service de deux ans fût accordée par le nouveau projet, il ne put se résoudre à le voter. Dans le parti du peuple (radical), l'idée nationale cherchait alors à se dégager. Cependant, six députés radicaux seulement se trouvèrent prêts à émettre un vote favorable. En 1893 se dessina un instant, seize années avant qu'il se réalisât, l'espoir d'une coopération des conservateurs et des libéraux. Le moment n'était pas encore propice. Le rejet de la proposition de loi par le Centre, les libéraux et la Social-Démocratie, fut suivi de la dissolution du Reichstag. Dans la lutte électorale, les radicaux amis de l'armée se séparèrent des progressistes, mais les élections n'amenèrent pas une majorité hors du Centre. La Social-Démocratie gagna des sièges. La plupart des radicaux persistèrent dans l'opposition. La majorité — 201 contre 185 — ne se forma qu'avec l'aide du parti polonais grossi de 16 à 19 membres. L'idée nationale avait sans doute gagné du terrain dans le parti radical, mais n'y avait pas obtenu la victoire et n'avait pas réussi à prendre le pas sur l'intérêt de parti dans le Centre.

Six années plus tard, le gouvernement dut subir de sérieuses réductions à son projet, et, malgré cela, il n'aboutit qu'après de vifs combats contre l'opposition

Bûlow. *'

des radicaux et des démocrates-socialistes avec le Centre. 11 ne fut pas question de l'adopter avec joie ou enthousiasme, et un conflit de politique intérieure faillit éclater. Pour renforcer l'armée de 10.000 hommes au printemps de 1905, je trouvai la majorité du tarif douanier prête, mais les radicaux boudèrent encore dans leur coin. Les choses se passèrent à peu près de la même façon pour les projets navals. De furieuses discussions étaient de règle, et le vote favorable sortait généralement de longs pourparlers entre le gouvernement et les partis. Après 1897, où pas même deux croiseurs ne furent accordés, on réussit à gagner l'année suivante, dans le même Reichstag, une majorité en faveur du premier grand projet de loi sur la flotte. Dans l'intervalle, il est vrai, un vaste travail explicatif avait été fourni. L'empereur Guillaume II avait engagé toute sa personnalité en faveur de cette grande cause nationale. De grands savants comme Adolphe Wagner, Schmoller, Sering, Lamprecht, Eric Marcks et beaucoup d'autres, firent alors et par la suite un précieux travail de propagande en faveur de la flotte, avant tout parmi les gens instruits. Le projet de 1898 fut accepté par une majorité de 212 contre 139 voix. Vingt membres du Centre, tous les radicaux et, naturellement, les démocrates-socialistes, se dérobèrent. L'importante proposition de loi sur la flotte en 1900 trouva les radicaux encore en rangs compacts du côté des adversaires. Cette fois-là, le Centre tout entier vota pour, après la réduction du nombre des croiseurs de 64 à 51. En 1906, la majorité

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du tarif douanier accorda ces constructions nouvelles supprimées. De même fut autorisé l'agrandissement des dimensions des vaisseaux de ligne, agrandissement rendu nécessaire par l'exemple des Anglais.

Sans doute, on a fini par réussir à obtenir des majorités bourgeoises pour tous ces projets. Mais le vote favorable ét-ait presque toujours le produit de débats difficiles, assez souvent de compromis gênants. Nous étions loin de pouvoir compter de prime abord sur l'existence d'une grande et sûre majorité nationale en faveur de projets défensifs justes et bien fondés. Plus d'une fois la décision ne tint qu'à un fil. Et quand il ne nous arrivait pas un secours inattendu, comme en 1893, de la part des Polonais, le succès et l'insuccès avaient régulièrement dépendu des bonnes ou mauvaises dispositions du Centre. Ce fait devait donner à ce parti non seulement une grande idée de sa puissance, mais aussi une très grande puissance effective. Le mot de « Centre tout-puissant », souvent entendu avant 1907, ne laissait pas que de se justifier. Un parti, de la bonne volonté duquel dépendaient toutes les questions vitales de l'Empire, n'était pas loin de posséder l'hégémonie, du moins dans les domaines ouverts par la Constitution à l'influence des partis et des représentants du peuple. Lorsque les débats sur les colonies, pendant l'hiver de 1906, finirent de montrer qu'on ne pouvait compter avec pleine certitude sur le Centre dans toutes les questions nationales, on vit nettement que le problème qui consistait à mettre ces questions à l'abri des luttes des partis n'était pas

encore résolu. La rentrée dans le rang du parti pragressiste. la victoire électorale de la nouvelle majorité, du bloc, mit fin à cette domination du Centre. Celui-ci apprit que le sort des questions nationales ne dépendait plus de lui seul, et aussi que l'attitude négative dans de telles questions pouvait devenir fatale à son autorité dans le Parlement. Bien que le bloc n'ait pu être maintenu en groupement que peu d'années, la possibilité existe toujours que ce groupement se reconstitue, si le Centre se dérobait dans une question vitale, et s'il devait, allié à la Social-Démocratie, faire échouer une loi d'utilité nationale. Le Centre ne s'avisera plus de sitôt, comme il l'a fait plusieurs fois dans les années précédentes, de tirer, d'une contra^ riété à propos d'incidents de la politique intérieure, des conséquences qui déterminent son attitude dans des questions d'intérêt national. Les radicaux, eux, considèrent comme durable leur changement de front de 1906; ils l'ont prouvé au printemps de 1912 et dans l'été de 1913.

Ce développement de l'idée nationale, une pareille modification dans l'attitude des partis à l'égard des questions d'armement, doivent remplir les cœurs patriotes de joie et de confiance. Il y a cinquante ans, le roi Guillaume se vit seul avec son ministère et une petite minorité de conservateurs dans sa lutte pour la' réorganisation de l'armée prussienne. La moindre demande militaire obligea un Bismarck à lutter avec acharnement contre les partis, après la fondation de l'Empire. L'année 1893 vit un nouveau et grave con-

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flit de politique intérieure provoque par une demande de crédits pour l'armée. En octobre 1899, rempercur Guillaume II dut se plaindre que le renforcement de la flotte lui avait été obstinément refusé pendant les huit premières années de son règne, « malgré ses instantes prières et ses avertissements répétés ». Lorsque l'idée de la flotte se fût enfin implantée dans le peuple, aucune loi navale ne put passer sans luîtes graves au Parlement.

Les propositions de loi sur l'armée et la marine en 1912 furent adoptées par l'ensemble des partis bourgeois du Reichstag. Celle de 1913 trouva les partis mieux disposés qu'ils ne l'avaient encore jamais été en faveur des armements sur terre et sur mer. La proposition en elle-même provoqua à peine une discussion sérieuse. Si la lutte s'engagea autour de la question relative à la couverture financière, c'est que, sur cette question, entraient en jeu des motifs de politique générale des partis et des considérations financières de nature grave. Aucun des partis bourgeois, depuis l'extrême droite jusqu'aux radicaux, n'a songé à faire dépendre son vole en faveur de la proposition elle-même des difficultés et des divergences d'opinion sur la question de la couverture financière. L'idée nationale a pris solidement racine dans tous les partis bourgeois. Une proposition de loi sur les armées de terre et de mer, devenue nécessaire et dûment motivée, pourra toujours, selon toute prévision humaine, compter avec certitude sur une majorité au Parle ment. L'ère du bloc a eu une part très essentielle à ce résultat.

Lutte électorale contre le socialisme.

Si le renforcement du front national peut être con sidéré comme le fruit durable des luttes parlementaires de l'hiver 1906 et de la' combinaison de 1906-1909, la grande victoire électorale remportée en 1907 sur la Social-Démocratie n'a malheureusement pas donné les fruits durables qu'elle aurait pu et dû donner. Malgré cela, le résultat de ces élections a été d'une importance de premier ordre. Le fait que le socialisme fut chassé de 81 sièges et put être rdmené à ■43 sièges, a une portée qui dépasse de loin chaque lutte électorale. L'expression de « victoire de hasard » est le fait de l'absence de sincérité chez les partis ou d'une déplorable irréflexion. De pareils hasards, il y en a aussi peu en politique que dans la vie. Dans la politique aussi, tout effet considérable a sa cause. Sans raison suffisante, un parti aussi solidement organisé que la Social-Démocratie ne perd pas 44 circonscriptions électorales et son compte de mandats ne se réduit pas de 36 sièges. En face de ses 44 pertes, le parti n'eut que S gains. Ce résultat ne pouvait être attribué exclusivement au mot d'ordre national. C'est avec le même mot d'ordre qu'eurent lieu aussi en 1893 les nouvelles élections après la dissolution, et elles donnèrent malgré cela à l'extrême gauche un sensible gain non seulement en voix, mais aussi en mandats, ce qui seul a une importance pratique pour le travail législatif. Les raisons des pertes du socialisme dans

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les élections de 1907 se trouvaient dans le travail préalable du Parlement et de la presse, des discours el des exposés, dans le choix du bon moment pour la dissolution du Reichstag, dans le maniement et l'appréciation exacts des impondérables, ainsi que dans la façon de tenir les rênes pendant la lutte électorale. Il est faux de considérer comme faible une victoire électorale remportée sur le socialisme, parce qu'à la perte du mandat ne correspond pas une perte équivalente de voix socialistes. Certes, cela vaudrait encore mieux, si on réussissait non seulement à gagner du terrain sur le socialisme dans le Parlement, mais en^ core à entraîner dans le camp national une partie de ses partisans et des moutons de Panurge qui y courent. Mais ce double résultat est difficile à atteindre jusqu'à nouvel ordre, et ce serait seulement dans des circonstances politiques qui, jusqu'ici, ne se sont pas encore présentées. Depuis 1884, le nombre des voix socialistes émises aux élections du Reichstag n'a cessé de croître. En voici le tableau :

Ces chiffres sont instructifs à un double point de

vue. Ils montrent l'inquictant accroissement du parti socialiste et la disparition, dans les milieux bourgeois, de la crainte de prêter une aide directe au socialisme dans les élections. Ces chiffres montrent aussi qu'un affaiblissement parlementaire du socialisme peut être atteint malgré la force de propagande de ce parti. Cela se voit dans le nombre des mandats obtenus par le socialisme de 1884 à 1912 :

Ces deux tableaux prouvent qu'une réduction du nombre des voix socialistes n'a pas été possible jusqu'à ce jour, mais le refoulement du socialisme au Reichstag peut parfaitement s'obtenir par une manœuvre habile. Une politique pratique raisonnable vise à obtenir le bien accessible, quand le mieux est inaccessible pour l'instant.

L'accroissement du nombre des voix socialistes est un phénomène très grave. Mais les bulletins de vote n'ayant d'autre but immédiat que celui de conquérir un mandat, l'accumulation des masses énormes d'adhérents et de partisans du socialisme n'ayant de l'influence sur la marche du travail législatif pratique

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